Jouer

27/05/2010 Dean27 58 commentaires

Voilà ce qu’a été mon parcours. Il s’agit d’un parcours, d’une carrière qui est sur le point de toucher à sa fin… je pèse bien ce mot, malheureusement trop souvent employé pour parler d’une carrière professionnelle. Ma révélation ultime ? J’y arrive.

Ce parcours, il a été semé d’embûches, de doutes et de retournements en tout genre. Remise en question après remise en question, succès après échec et échec après succès, ce qui devait arriver arriva, et ce qui ne devait pas arriver arriva aussi. De 1994 à 2008, plus 14 ans sont passés, mais je suis arrivé à un point où je ne peux que regarder vers l’avant. Le passé, en position de relégable, est derrière moi, et il est ce qu’il est… dit autrement, je sais et tu sais que je ne serai pas pro, ça, c’est bien admis depuis longtemps. Mais dorénavant, méme maintenant, l’avenir m’appartient. Je dois voir les choses comme ça, et avancer.

Je dois t’avouer quelque chose pour que tout soit clair : après mon opération du genou, revenir au basket n’a jamais été quelque chose de très clair. Car si la période de convalescence et de rééducation a été plus longue (17 mois) que prévu (9 mois), c’est tout simplement parce que je n’ai jamais cru qu’après 9 mois de rééducation assez intense je serais enfin prêt, que mon genou serait bien opérationnel et que je pourrais suivre les indications du chirurgien et du kiné les yeux fermés. Suite à cette première grosse blessure de ma carrière, j’ai été fébrile et hésitant, et je n’ai pas su avoir une confiance aveugle en mes capacités jambières et genouisques. Rien à voir avec mes misérables et risibles foulures de la cheville des années cadet et minime pendant lesquelles je n’écoutais jamais vraiment le doc, reprenais le basket aussi vite que possible et savais que mon corps était suffisamment fort pour tenir le coup. Membre différent, et état d’esprit forcément différent. Le genou, je l’ai compris en étant handicappé, c’est comme les Cavs sans LeBron : sans lui, on ne vaut plus rien. Quand mon genou était inopérationnel à 97%, à cause de l’arthroscopie et de l’affaiblissement soudain de mes muscles de la jambe, même des mouvements très simples m’étaient tout bêtement impossibles. Lever le pied pour enfiler ma chaussette ou extension complète de la jambe : tout ça m’était trop dur, et la confiance en a pris un gros coup.

Je n’ai donc jamais eu le courage de prendre le taureau par les cornes et ma genouillère pour reprendre le sport de ma vie. J’ai eu trop de doutes après avoir vu ce à quoi ressemblait ma jambe presque complètement inerte. Assez inattendu pour quelqu’un qui a pratiqué le basket aussi intensément que moi, et assez incompréhensible pour quelqu’un qui n’a jamais hésité à affirmer sa confiance comme qualité sportive première… Je l’admets.

En fait, j’ai dû attendre qu’on me pousse, qu’on me remette sur les rails. Comme à plusieurs moments de ma carrière, j’ai eu besoin d’une prise de conscience venant de l’extérieur : à PLU, à Marian ou en France, j’ai souvent eu besoin qu’on me donne une petite claque pour que je prenne conscience de ma nécessité d’aller de l’avant et de ne pas avoir peur de l’échec.

Je n’ai donc pas été seul, et j’ai été poussé par des gens qui ont cru en moi, qui ont su que j’avais des moments de faiblesse et de cowardise et/ou qui ont senti que je me devais de prendre une bonne décision. Comme tout basketteur. Qu’on me fasse tort, si on veut, mais j’ai le courage de le dire car j’en suis persuadé : tout basketteur pro, aussi bon soit-il, a eu besoin d’être poussé, coupdepiedauculé par un aîné, un coach, un parent, peu importe son implication et sa volonté personnelle. Chris Paul, Johan Petro, Dwight Howard, malgré tout le respect que j’ai pour vous, avez-vous toujours bien été seuls dans votre commitment, hard work et determination ? Avez-vous toujours eu la force et le courage de travailler dur et de ne jamais abandonner en solitaires purs et durs ? Avez-vous toujours été déterminés, dans un gymnase vide, à prendre des shoots seuls et à vous dire I’ve got to keep pushing myself ? J’en doute… et je ne suis pas dupe. C’est trop facile de faire aduler de jeunes basketteurs-rêveurs comme moi que les valeurs de travail et de motivation sont les seuls facteurs nécessaires à la réussite. Je veux bien croire qu’il y a des joueurs qui ont de grandes facultés de persévérance et de détermination, mais je veux surtout croire qu’on n’est jamais seul.

Si mes parents et mon grand-père ne m’avaient pas offert ces séjours courts et long aux USA, je n’aurais jamais participé à des camps ni joué en équipe varsity, et ne serais bien sûr jamais devenu le joueur que je suis devenu.

Si Coach Whalen n’avait pas écrit « dribbling » dans la colonne weakness de ma fiche évaluative de PLU, je ne serais jamais devenu le bon dribbleur que j’étais en cadet.

Si Peter ne m’avait pas dit la phrase qui tue (your chance is nothing, but you have to take it), je n’aurais jamais autant réfléchi à mes chances d’accession au monde professionnel.

Si Coach Tucker ne m’avait pas répété quelques demi-douzaines de fois que je ne travaille pas assez dur (you don’t work hard enough), je n’aurais jamais été allé puiser les miettes d’énergie qu’il me restait lorsque j’étais à deux doigts de laisser tomber les sprints, les drills et les entraînements par pure fatigue.

Si Nabe du Yayoi Club de Tokyo ne m’avait pas donné une tape sur le cul un soir d’entraînement où j’avais enfin réussi à jouer mon jeu en scorant un nombre conséquent de points, je n’aurais jamais compris que j’étais sur la bonne voie des retrouvailles avec mon niveau d’antan.

Et surtout, si mon pote Gilles ne m’avait pas poussé à venir m’entraîner avec lui un soir de juin 2008, je n’aurais probablement pas rejoué de si tôt, je n’aurais peut-être pas eu tout le courage nécessaire pour reprendre le basket. Je n’aurais peut-être pas eu confiance en mon genou et en mes capacités générales. Et je n’aurais jamais eu la révélation ultime qui sera le point d’orgue de cette histoire. Une révélation, et qu’on en finisse. Une fois pour toutes.

Gilles m’invite à le suivre. Il pense que le basket vaut le coup d’être joué et a un lien avec l’essence du basket que j’ai eu tendance à perdre avec les années de pratique, la compétition et la frustration.. Il me pousse et il a raison.

Il me pousse à revenir. A aller concrètement de l’avant en reprenant contact avec le plaisir, faisant de tous mes doutes qu’une simple histoire ancienne. Après quelques hésitations, je me décide enfin à accepter son invitation en me disant que je ne serai pas au niveau, que je ne pourrai pas jouer à fond ou que je serai chanceux si j’arrive à marquer un ou deux shoots.

Le jour du come-back est un jeudi, dans un gymnase de Tokyo ; ce sera le jeudi le plus révélateur de ces 10 dernières années.

Pour baliser cet ultime moment charnière de ma présence dans l’Histoire du basket, je donne encore toute l’importance qu’il se doit à mon équipement. J’emporte mes Zoom Lebron 2 basses. C’est avec elles que mon genou est allé faire le tour du monde en novembre 2005, mais c’est elles qui me feront revenir ; le deuil a été fait et je n’ai plus peur des symboles. Comme je l’ai dit, je dois aller de l’avant. Fidèle à moi-même, mes chaussettes sont des soquettes mi-longues qui ont la longueur idéale pour le basketteur que je suis. J’ai enfin trouvé la longueur idéale. Mes mollets ne sont pas devenus affutés avec l’âge, mais j’ai appris à vivre avec ce que j’avais. Mon short est noir, comme ceux que j’avais reçus en 1994 de Seattle pour entrer dans l’arène des camps américains. Mon tee-shirt est bleu royal et blanc, couleurs qui rappellent l’Université de North Carolina… sauf qu’il s’agit du maillot de l’OM de Ribéry.

Par grande précaution, je porte à mon genou gauche ma grosse genouillère. Je ne peux reprendre sans elle. J’ai encore trop peur de me faire une hyper-extension ou une entorse, je crains la sensation très désagréable puis exagérément douloureuse d’une entorse du genou.

Je sors du vestaire frais et dispo, tel un basketteur que j’ai toujours été. Je ressens à nouveau la nervosité qui m’envahissait avant chaque match du Crès, en benjamin, en minime, en cadet : le club n’était pas bon, mais c’était comme si toute ma vie dépendait de ces matchs grandioses, pour moi et moi seul. Arrivé sur le terrain, mes automatismes réapparaîssent ; je prends une balle dans un rack, tape quelques dribbles au sol et fais quelques courses avec la balle. Et je réalise que c’est la première fois depuis déjà quelques mois, voire quelques années, que je touche un ballon dans le seul but de jouer pour moi-même. Tout ça, le jeu, les craintes, a tellement été vécu, mais tout ça me semble tellement loin… Jouer pour soi ? Sentir le stress et l’adrénaline monter en soi ? toutes ces sensations que j’avais oubliées… Et dans ma tête, les questions qui s’enchaînent : Comment vais-je shooter ?…Est-ce que je vais être complètement à la rue ?… Comment vais-je vivre le statut d’ancien joueur ?… Ce joueur vient de mettre 3 shoots à la suite… aïe… et moi qui n’arrive pas encore à ajuster mon geste… est-ce que je viens bien pouvoir tenir le coup ?…

Je commence mes échauffements avec de gros papillons dans l’estomac… mes jambes sont fébriles, et mon sourire forcé masque tant bien que mal les litres d’incertitude que je transpire en tentant de suivre les aller-retours des joueurs qui enchaînent machinalement lay-up après lay-up.

Puis nous passons très rapidement aux matchs tout-terrain. Pas de drills, on attaque de suite, sans transition, et voilà que je me retrouve dans la même équipe que mon pote frenchy. Le match débute doucement, lorsqu’arrive une opportunité de contre-attaque. Je me lance sur la droite, en avance. Gilles, qui est en possession de la balle, me l’envoie, je me retrouve face à un défenseur, feinte mon shoot, fais un dribble vers le milieu de la raquette, prends un jump-shot, et marque.

Et voilà le moment charnière, la 2e clef de voûte de mon histoire. C’est le 2e jour. Le 2e jour où je ne suis pas passé pro. Sauf que cette fois-ci la perspective n’est plus la même, l’angle de vue a radicalement changé, comme moi. Un évènement apparemment anodin, une même prise de conscience, mais tout qui prend une forme complètement différente.

Le 1er jour, c’était lorsque Bertrand Van Butsele a annoncé solennellement que je ne pouvais pas faire partie du groupe espoir de Montpellier Basket. Suite à cet appel, je n’ai pas pris le bon chemin, me suis retrouvé dans les abîmes du basket français et n’ai pas pu prendre la voie professionnelle qui m’était si chère.

Le jour où je ne suis pas passé pro, beaucoup de choses ont subitement commencé à s’écrouler.

Le 2e jour c’est le jeudi où je réussis ce jump-shot. Un shoot au beau milieu du Japon, dans un gymnase municipal, parmi des amateurs de basket qui jouent pour le plaisir et dont la vie ne se joue pas à 30 points marqués. 10 ans plus tôt, ce contexte et ces circonstances m’auraient désespéré. Je ne prends plus la voie professionnelle. Je suis avec des joueurs de niveau très moyen alors que je pourrais essayer de rentrer dans la ligue pro. Je n’ai plus la forme olympique. Je pourrais être désespéré, mais je ne le suis pas. Je ne le suis plus. Et ça, je le comprends en un seul shoot. Je reprends et garde ma place dans le monde non-pro et me sens bien.

Le jour où je ne suis pas passé pro, je me suis senti en paix avec mon genou, avec le basket, avec moi-même, avec les autres.

Je parviens à marquer un shoot. Je peux encore entendre les crissements de mes chaussures sur le parquet, mes mains applaudir mon propre tir et Gilles crier « ouaiiis ! » comme un « tu vois, tu y arrives encore ! » ou « tu vois, tu es basketteur ! », voire « tu vois bien que tu aimes jouer ! ».

Personne ne le sait, mais moi je le sais, et Gilles le sait. Ce shoot est le premier que je rentre en match depuis novembre 2005. 3 ans passés sans jouer, ni shooter, ni rien. Ce shoot anihile subitement tous mes doutes concernant mon genou, mais ce n’est pas tout : d’un point de vue mental, tout devient clair, limpide à présent. Enterrés, les doutes. Finie, la frustration, qui n’a plus lieu d’être : je peux courir et je marquer, je peux jouer pour le plaisir de jouer.

Cette fois-ci, la frustration, l’impatience ou la compétitivité parasite ne peuvent plus venir parasiter mon retour dans le sport. Pour de bon. Il n’y aura pas de retournement de situation désespéré ni d’hésitations comme il y en a tant eu dans cette histoire à la progression improbable.

Tous mes sens en ébullition, j’ai su en un instant que j’étais là, encore apte. Mais surtout, j’ai compris le plaisir que procurait le basket et j’ai retrouvé mon lien fondamental avec l’essence du sport.

Jouer. Quel soulagement… quel plaisir… quelle satisfaction ! Je redécouvre ce que signifie aimer jouer. Le shoot, avec le cri d’encouragement de mon pote, débloquent tout. Je me sens libéré, et pour une fois depuis bien longtemps, je comprends que mon amour pour le basket n’est jamais mort. Il s’est simplement égaré de temps à autre, il m’a joué des tours, mais il a toujours été là. C’est exactement l’amour du jeu qui est décrit dans le petit encart que Reverse a consacré à mon blog dans un de ces magazines de 2009. Tel un artiste de jazz, j’ai fait semblant de me perdre en improvisations en tout genre sans jamais m’eloigner du thème principal : l’amour du jeu. Que c’est bon de voir son ballon rentrer dans le cercle, de réussir un geste qu’on ne pensait plus pouvoir réussir…

Je repense à William Gates, mon frère de toujours. Dans les commentaires en voix-off du DVD du film, 15 ans après le tournage, il parle de son entrée à Marquette, de son lien toujours difficile et compliqué avec le basket, de ses errances, de son abandon et de son retour à Marquette, puis de son nouvel abandon, puis de son ultime retour quand il prend conscience de son amour pour le jeu. Il parle des séances d’entraînement effectuées avec le roster des Wizards au début des années 2000, séances pendant lesquelles il a subitement compris que son heure était venue, que le basket était sa vie et que sa chance était maintenant. Puis il cite cette remarque que lui a faite Juwan Howard qui restera à jamais gravée dans ma mémoire, cette remarque qui symbolise tout le très long parcours alambiqué de William Gates comme celui de ton ami Dean27 :

Why did it take you so long ?

Why did it take you so long… Pourquoi m’a-t-il été si laborieux et si long ? Pourquoi comprendre m’a-t-il été si long ? Pourquoi ai-je dû attendre que je me blesse pour enfin ressentir le plaisir de jouer ? Pourquoi avoir laissé le doute et la contrariété me noyer dans le noir quand j’aurais pu profiter de chaque geste, de chaque panier et de chaque victoire ?

Je repense à Kimiko Date-Krum, cette joueuse de tennis japonaise qui atteint le 4e rang mondial à 26 ans mais qui laisse tout tomber. 12 ans après, elle reprend le tennis professionnel et se permet de gagner des matchs WTA, des tournois en appréciant chaque moment et en jouant littéralement chaque match comme si c’était le dernier. Je me met à sa place de joueuse qui voit la fin et qui ne peut que savourer toutes les minutes passées sur un court. Les blessures, l’âge, le mode « je ne sais pas où aller », elle ne connaît plus, car elle n’a plus le temps. Elle a compris le rapport profond et sain qui la liait à son sport.

Et je revois toute ma carrière. Je me revois découvrir le basket américain. J’entends les paroles que j’ai prononcées à moi-même dans la cantine de mon collège, lorsque j’ai décidé d’essayer de devenir professionnel. Je me revois pleurer mes mauvais matchs, engueuler mes coéquipiers de ne pas jouer assez sérieusement. Je repense à mes victoires, mes défaites, mes claques dans la gueule. Je repense à tout le temps passé à ne pas avoir su être en paix avec ce sport que j’ai toujours aimé.

Je revois la NBA. Mike, Mahmoud, Paul. Je revois ma NBA : mon année à Marian, où j’ai vécu les moments les plus durs mais les plus intenses de ma vie.

C’était ma NBA.

Image de prévisualisation YouTube

Je revois toutes ces longues années pendant lesquelles je n’ai jamais vraiment su faire de ma passion pour le basket un lien affectif sain et équilibré.

Mais la suite de cette saison est limpide. Tout coule de source dès à présent. Gilles me propose de faire partie de son équipe pour deux matchs officiels que son club doit jouer dans la même journée. Les matchs ont lieu une semaine après le premier entraînement que je viens de te décrire. Tout ce que j’ai dans les jambes, ce sont les exercices de rééducation et les séances de jogging que j’ai effectués depuis mon opération. Niveau basket, c’est le quasi-néant. Mais je veux me lancer, car je n’ai plus rien à perdre. Et je sais maintenant que je vais aimer ce sport, autant pendant les entraînements que pendant les matchs, autant pendant les victoires que pendant les défaites, et autant pendant les moments intenses que pendant les moments supposés chiants.

Le premier match officiel a lieu un jour de juin, en milieu de matinée. A ma grande surprise, je marque une vingtaine de points, dont 3 paniers à 3 points en début de rencontre qui nous permettent de prendre de l’avance. L’équipe adverse est lente, âgée, inconfiante, et nous gagnons. Improbable, baby ! Je suis cuit, mais quel plaisir… Le deuxième match est plus dur pour toute l’équipe, évidemment. Après la mi-temps, je n’ai presque plus rien dans les jambes, tout juste assez pour attaquer le cercle. Mon endurance, celle que je vantais en discutant la lenteur de mes pulsations cardiaques, me fait évidemment défaut. Nous perdons, mais en guard, je parviens à reproduire assez fidèlement les gestes qui me caractérisaient en cadet : feintes de shoots, jab steps, aiguillages en ligne de fond, dribbles en pénétration à la Steve Nash. Je retrouve mon feeling pour le sport. Quelle satisfaction…

Je sors du gymanse en fin d’après-midi vidé, les muscles douloureux comme si j’avais pris des béquilles partout pendant 80 minutes. J’ai chaud, le ménisque du genou opéré me fait un peu mal, mais que je me sens bien… Je pousse un gros soupir de soulagement comme jamais. Et je te dis ceci : n’oublie jamais, jeune basketteur, que la satisfaction que tu ressens à la sortie d’un match où tu as donné tout ce que tu avais dans le ventre est une des meilleures sensations qui soient. Le sac sur l’épaule, les muscles tirés, le souffle long et la sensation confirmée d’être basketteur est le mélange de sensations le meilleur du monde. C’est pour des moments comme celui-là que j’ai toujours joué.

A ce propos, je me suis toujours demandé pourquoi est-ce que je veux devenir pro ? et chaque fois que je me posais cette question, l’imagerie mentale qui dominait mes pensées était celle de moi-même, après un match, en survêtement, en train de marcher en boîtant légèrement et en signant des autographes. Ce sont ces moments de satisfaction et de soulagement que j’ai voulu vivre en atteignant le basket pro. Je n’ai jamais vraiment pu me visualiser pro sur un terrain, mais en dehors, ça oui.

Je m’engage donc avec l’équipe « Paul Star » limité, mais déterminé et enfin persuadé que le basket fait partie de moi et que je fais partie du Basket. Un soir d’entraînement, nous faisons un 3×3 et je suis pris par le meneur de l’équipe, un gars pas très technique mais très athlétique ; il a passé un an en NCAA division 2 et a dû faire du bench press au moins 3 fois par semaine. Ce soir-là, il m’arrive encore une fois quelque chose de déterminant : j’essaie plusieurs fois de le déborder, mais je n’y arrive pas. Je décide alors de prendre la position en bas, lui mets quelques moves dans la bouche et réalise petit à petit que mes limites ne sont plus un handicap : si je ne peux courir vite, je peux jouer intelligent, si je ne peux contrôler la balle comme avant, je peux la demander en prenant de la place. J’ai toujours joué selon le principe selon lequel plus on est près du panier, plus il est facile de marquer, et là vu mes limites techniques et physiques, je n’ai pas d’autre choix que de jouer près du cercle si je veux espérer dominer. Et ça marche.

Ce changement de rôle est fondamental pour la suite de cette dernière saison de basketteur au Japon : je vais pouvoir jouer intérieur, prendre des rebonds, taquiner les moves down-low.

Je consacre aussi alors plus de temps avec l’équipe de l’école. Cette fois-ci, je ne conseille plus seulement les jeunes lors de leurs drills, je leur montre comment exécuter, je les challenge, je teste leur engagement physique, puisque je participe aux drills avec eux. Je conserve ce rôle de joueur intérieur, et me range du côté des « grands ». Les jeunes semblent aimer jouer avec ou contre moi, eux qui m’ont souvent entendu expliquer les X and O’s mais qui ne m’ont jamais vu être un X ou un O. Je participe à tous les drills, mêmes les plus éprouvants. Je joue le jeu, rien ne m’arrête. Tous les drills de Toppa (le head-coach du club de l’école) que je pensais chiants à mourir et totalement inefficaces deviennent un moyen comme un autre de jouer et de retrouver la forme: le footwork d’une demie-heure, les drills 3-men tout-terrain, les 1 contre 1 tout-terrain où il faut zigzaguer sur 20 mètres avant de pouvoir déborder et attaquer le cercle. Tout ça n’est plus qu’une partie de plaisir. J’ai la chance de m’entraîner, j’en profite littéralement.

Le 3e match officiel de Paul Star a lieu quelques semaines plus tard, et là c’est la confirmation. Je marque 37 points, prends 15 bons rebonds sinon plus, en jouant simple. Je sais que je suis limité. Je sais que je ne suis pas aussi technique, physique et que je suis loin du niveau polyvalent que j’avais à la fin de mon adolescence. Mais ce sont justement mes limites qui me font subitement réussir.

J’ai appris à me connaître, à savoir et à appliquer des choses simples. Je ne suis plus un bon dribbleur ? Alors je limite mes dribbles un maximum, je n’essaie pas de monter la balle et je dribble seulement une ou deux fois pour prendre un shoot. Je ne saute pas aussi haut qu’avant pour les rebonds ? Alors j’essaie de mieux me placer et de travailler mon timing.

La blessure m’a appris à connaître mes limites pour tenter de me développer au sein de ces limites, et c’est un immense pas en avant que je viens de faire. Je ne cherche plus à exceller partout et à savoir tout faire, car maintenant tout ce que je peux entreprendre c’est un développement à l’intérieur du cadre bien délimité de mes possibilités physiques, tactiques et techniques. Aaah, si seulement j’avais compris cela quand j’étais en phase non-problématique de progression !

Je m’entraîne exclusivement dans des domaines où je sais que je peux être encore bon malgré tout ce qu’il m’est encore impossible de réaliser. Je suis comme un peintre. Je pense aux dimensions du cadre d’abord, puis je concentre toute mon énergie dans ces limites. Je ne cherche plus à tenter l’impossible en visant la toile grandiose. Quelque chose de réussi, même minuscule, me satisfera.

Je me fixe donc des objectifs très précis, sur le court terme. Tout est noté sur un bloc de petites cartes de 8 cm x 4 cm que je garde constamment avec moi (conseil qui était écrit dans la brochure du camp de PLU que j’avais reçue quand j’avais 14 ans). C’est mon pense-bête de choses simples. Le voici tel quel.

Pense-bête basketballistique

Mes 34 (comme le département de l’Hérault) commandements pour demeurer un joueur correct pendant les quelques 5 à 10 années qu’il me reste à jouer avant de ne plus avoir les qualités physiques suffisantes pour rester un joueur correct. Le 1er point est F.O.N.D.A.M.E.N.T.A.L.

1. Connais-toi toi-même

Realistic goals / must be able to accept both his strong points and his weaknesses / not dwell on (s’attarder sur, NDLR) his weak points ; be aware of them and use them as the cornerstone for building success [PLU]

2. Mes points forts ► en abuser

L’agressivité offensive / pénétrer / provoquer des fautes / la prise de position intérieure / le shoot / l’agressivité défensive / le rebond

3. Si quelque chose marche, en abuser, même si je fais 10 fois la même chose

Ex : en 1c1, partir du même côté / faire la même feinte / shooter de la même manière peu importe si les autres pensent que je ne sais rien faire d’autre

4. Aiguillages et mouvements pour avoir la balle !

Je ne peux pas rester immobile / aiguillage en angles / lire la défense

5. Lecture des mouvements : de la balle / des coéquipiers pour un meilleur placement

Ne pas se perdre et perdre mes automatismes offensifs

6. 1c1 : le temps de décision doit être plus rapide

En triple menace, je dois choisir le plus rapidement possible entre : le départ en dribble / le shoot / la passe

7. Je peux encore réaliser ce que je n’ai pas réalisé avant

Etre un meilleur passeur / être un meilleur défenseur / être un meilleur coéquipier

8. En-dessous des 45º = ma meilleure arme est ma pénétration / au-dessus des 45º = ma meilleure arme est mon shoot.

Je dois attaquer là où je suis le plus efficace

9. Stick en défense quand le porteur de balle arrête son dribble !

Se souvenir de PLU ! / c’est une des bases de la défense que j’ai apprise en minimes et en cadets

10. Est-ce que je suis plus fort en départ arrêté ou après avoir posé mon dribble ?

11. Si un joueur pénètre de l’aile et que je suis en poste haut, je dois couper vers le cercle en même temps

12. Drill 1c1 : je ne dois plus être fatigué après 5 paniers à la suite

Attention à conserver une bonne condition physique pour ne pas perdre mon agressivité

13. Le basket est un sport (1)

Basketball is a game that cannot be played properly unless you are in the very best possible physical condition – Sandro GAMBA

14. Le basket est un sport (2) : être athlétique signifie aussi être musclé

Continuer la musculation, en faire régulièrement : pompes / abdos / dumbbells / élastique

15. Travailler et abuser du jump-step à la Lebron

Explosivité et contact !  J’y arrivais bien en séniors, il faut que je m’y réhabitue et que j’en abuse pour passer les défenseurs rapides

16. Ne plus râler systématiquement quand je rate quelque chose ; je dois aller de l’avant

Penser à la prochaine action ; ce que je rate est fini, et tout ce que je peux faire est de jouer mieux la prochaine action 1

17. 29/9/2008 : BILAN

(à améliorer) : vitesse, explosivité, saut / arrêter de râler après une erreur / shoot à stabiliser [lock] comme Chauncey Billups / domination en 1c1. Positif : les lancers-francs (meilleurs que jamais) / jouer en poste haut ou bas / puissance et agressivité en attaque et en défense / pas de relâchement… je suis à fond / j’apprécie le basket plus que jamais

18. Lancers-francs = routine

1. Je fais tourner la balle dans ma main gauche 2. Je dribble 4 fois 3. Je plie mes jambes 2 fois en expirant un grand coup

19. Corriger mon shoot dès que la mécanique n’est pas la mienne !

Attention : à la main gauche trop devant la balle / aux doigts de la main droite qui pointent vers l’intérieur ou vers le bas en follow-through

20. Je ne progresserai pas, dominerai pas et ne gagnerai pas en jouant à moitié

Peu importe l’adversaire, qu’il soit meilleur ou moins bon que moi, je dois être efficace, rapide, agressif… bref, je dois jouer mon jeu

21. ATTAQUE LA LIGNE DE FOND !

Je le sais depuis Marian Catholic ! en attaquant vers le milieu, je risque de m’emfermer, de me faire prendre à 2 et de perdre la balle

22. Il n’y a pas de défense facile !

Believe in it / Play it aggressively / Get high on your man [PLU]

23. Buts des shoots pour ma routine d’entraînements = 16 3’s d’affilée et 92/100 aux lancers-francs

But réalisable : en cadet, j’ai déjà rentré 90 shoots sur 100.

24. VITESSE en contre attaque !

Je dois provoquer la longue passe en sprintant vers l’avant = c’est en allant vite que le meneur me lancera la balle  Et si je suis le passeur, je dois lancer le joueur vers l’avant

25. A mistake is not a fault : PATIENCE

Devenir bon demande du temps, beaucoup de temps, et des erreurs, beaucoup d’erreurs

26. Montrer l’exemple

Surtout si je coache… / on peut être meilleur que moi physiquement ou techniquement, mais sur la hargne, je dois être #1

27. Rush back on defense!

Transition! / ne pas laisser tomber, même si l’adversaire est en surnombre

28. Positive imagery

Je mets plus de shoots quand je visualise la balle rentrer dans le panier, surtout aux lancers-francs

29. En défense, je dois toujours uiliser mes bras

Je dois tenter l’interception ou le contre : même si j’effleure la balle, la simple déviation peut permettre de la récupérer

30. En contre-attaque, lorsque j’arrive du côté gauche et qu’un défenseur est là, je peux :

- ralentir ma course, fixer le défenseur et continuer sur la gauche pour un lay-up main gauche

-ralentir ma course, faire des petits pas sur place, et aller vers le couloir central pour un lay-up main droite

- faire un inside-outside main droite, aller vers le couloir central pour un lay-up main droite

- dribbler main droite, emmener mon défenseur vers le couloir central et faire un dribble reverse main droite pour un lay-up main gauche

31. Si je dois crier pour faire exploser ma frustration, je dois d’abord faire ce qui est nécessaire sur le terrain pour mes coéquipiers

32. Si un coéquipier part en contre-attaque (primary offense) je dois le suivre pour :

1. Prendre le rebond offensif

2. Récupérer la passe

33. Si mon adversaire direct est un bon défenseur, commencer par attaquer avec des shoots

Il se rapprochera de moi et je pourrai mieux pénétrer ainsi

34. Lorsque je joue en poste, je suis plus efficace et je peux marquer plus du poste haut

Pense à la première année de catégorie cadet ! N’oublie pas ta taille !

J’essaie d’appliquer tous ces principes valables pour mon jeu, puisque je sais qu’ils me feront avancer, et j’avance. Je retrouve un bon shoot, et parviens à marquer 15 tirs à 3 points à la suite à l’entraînement (ma série du moment…). La dernière fois que j’avais réalisé une telle série, c’était en 1998. Je reprends de la vitesse et de l’explosivité, et réussis à courir un suicide en 27 secondes. Je sais que ce n’est pas extraordinaire, mais quand je me rappelle Coach Tucker de Marian qui exigeait qu’on coure les suicides en moins de 30 secondes et qu’on n’y arrivait pas toujours, je me dis que j’ai quand même avancé. Une fois, mon pote Mike avait parlé d’un arrière connu dans le Chicago South-Side qui courait le suicide en twenty-seven seconds (en séparant bien les syllabes).

Je me sens bien dans mon jeu, je suis heureux de jouer pour jouer. Un pote japonais vient me taper la discute après un match et dit de moi que je suis sawayaka. En japonais, ça veut dire « frais, rafraîchissant ». Ce simple mot concrétise parfaitement le rapport rafraîchi que j’ai maintenant avec le basket. La « rennaissance » que j’avais écrite sur mes Air Adjust Force en 1999 prend forme 10 ans plus tard, avec des Gil Zero et des Blue Chips Supreme.

Les entraînements suivent, les matchs aussi. Automne 2008, hiver 2008-2009, printemps 2009. Je me sens au meilleur de ma forme. Mon identité de basketteur, toujours véritable mais toujours molle, se fige, finalement. Le basket m’a construit, m’a tenu droit et a toujours été là dans les innombrables circonstances favorables ou défavorables de ma vie.

C’est la guitare, la reprise du sport et l’écriture de ce B.L.O.G. qui me fait prendre conscience de tout cela. Je vis avec toi toute ma carrière. D’un simple partage de souvenirs américains entre les entraînements de l’équipe varsity, les méthodes de Coach Tucker et mon trophée de MIP, ce blog est devenu une tentative de clarification de mon identité de basketteur.

Avec toi, jeune basketteur.

Le jeu continue, mon genou tient le coup. Je joue toujours avec ma genouillère de pro. Un samedi, je joue comme si le match était mon dernier. Et c’est mon dernier.

Encore en contre attaque, je me la joue Carlos Arroyo qui provoque la faute de Dwyane Wade sur son double pas (circa Athènes 2004), mais à la réception, le genou se bloque, mon articulation tourne un peu, et je suis obligé de sortir du terrain.

Je vais voir des spécialistes, je crains le pire. Je vais voir la clinique orhtopédique dans laquelle Pau Gasol s’est fait examiner après sa fracture du pied pendant les Championnats du Monde de 2006. Le doc me dit que mon ligament croisé est à nouveau cassé. Puis je vais voir un autre spécialiste qui me dit qu’en fait non. Je rentre en France en automne 2009 et le spécialiste montpelliérain du genou me dit que le ligament n’est pas cassé, qu’il est simplement distendu. Il me conseille de ne pas continuer « les sports de pivot ».

Avant mon retour au Japon, je comprends qu’il est temps. J’ai vécu ma NBA, j’ai fait tout ce que j’ai pu, tout ça tu le sais. Mais j’ai surtout eu la chance de vivre tout ce que j’ai vécu de 2008 à 2009 ; j’ai eu ma révélation, j’ai su que j’étais basketteur pour la vie, que je sois pro, amateur, apte ou blessé. J’ai renoué avec moi-même et, comme je l’ai écrit plus haut, rejouer m’a permis d’être enfin en paix avec moi-même. Si je n’avais pas vécu cette saison je n’aurais pas pu prendre ma décision, mais cette fois-ci c’est clair.

J’arrête. C’est fini. Ma carrière de basketteur est finie. Comme Jordan en 2002 pendant son speech du All-Star Game, je peux m’arrêter en étant en paix. Je ne suis pas dégoûté, et je ne regrette pas ma décision. Maintenant est le bon moment : je m’arrête alors que je me sens bien, que je joue bien et que tout est apaisé dans ma tête et dans mon corps. Lorsque j’attendrai les 35, 40 ans, je ne me sentirai pas veillir et je ne connaîtrai pas la fatalité de me voir ralentir et de me faire doubler par plus jeune que moi. Tant mieux. Il ne me reste qu’à faire un jubilé comme un footballeur et ce sera parfait.

Voilà mon parcours, jeune basketteur. Le parcours d’un inconnu qui n’est pas passé pro mais qui a le mérite d’être unique, comme ton parcours à toi.

Dorénavant, je serai toujours basketteur. Mais je ne reprendrai pas. Je coacherai, ça c’est sûr. En tout cas, quoi qu’il arrive, je serai toujours en paix avec moi-même et le basket.

Et maintenant, comme toujours, l’avenir m’appartient.

————-

C’est la fin de ce blog. Je tiens encore une fois à remercier tout le staff de BasketSession pour l’excellent taf qu’ils font quotidiennement sur le site et pour avoir soutenu mon histoire. Je suis très reconnaissant, et pour mon prochain voyage en France, j’essaierai de passer par Paris et les locaux de BS, je vous apporterai des souvenirs du Japon ! Peace, les gars.

Je remercie aussi tous ceux qui ont laissé des commentaires depuis le début du blog en octobre 2008. Vraiment merci. Franck, Skyluks, Han, magicrafi, energizer/doum-air, Beyond, jipee, Zion, Doctor R, kevoutlapuputte, Tur-K, Negrita, Jordan 81, lolo1977, tonton_Gilles, kangaroo, aezrt, gangsta69, lebjames l’intolérant, tortue géniale, GJ7, Lestat, corentiin, Abdou Arenaz, Hayate, Personne, Nostalgeek, ToMa Majax, eltractor, Hashley, Bouchta, MG13, B.Ball, Vincent Bot, Angelo Tsagarakis, Swiffer, Jo, PhilF, le rageu, Marc Tinguely, pookie_ecko, tutu, Ostertag44, titi, Michael Muresan, Bambara Kolo, buzarjump, h2r, S.T.E.A.C.K., grigri13, Black hattitude, Majesty, AND11, LordByron, ValGal, Will, Zecoocool, harry, Old School, DaRealDude, SkinnyB, StickMan37, Shrek, et tous ceux qui ont laissé des coms sur l’ancienne version du site.

Merci à tous les basketteurs. Merci à tous ceux qui ont fait partie de cette histoire.

Categories: Nouveaux posts Tags:

Accords majeurs

10/05/2010 Dean27 8 commentaires

La blessure endurée, la rééducation entamée, je repense aux deux jours d’été 2006 passés à Sendai, dans le nord du Japon. Pendant tout le temps que je passe immobile sur mon lit d’hôpital ou sur mon CPM, je revois les matchs de poule de l’équipe de France lors des championnats du monde et me rappelle l’ambiance –silencieuse- les matchs –de très haut niveau- et Yannick Bokolo –athlétique à souhait.

Au moment du tournoi mondial, je portais déjà une genouillère à mon désormais connu genou gauche. Elle était largement moins chère que celle qui me tiendra la jambe en état de marche pendant 3 mois après mon opération d’un ménisque et d’un ligament croisé (c’était celle que je m’étais achetée après ma fissure méniscale de 2002 avec le Yayoi Club). Quelques jours avant mon séjour sendaïste, en effet, je m’étais méchamment entorsé mon genou au ligament déjà rompu, et cette foulure foulaire avait agi comme une piqûre de rappel pour subitement me faire comprendre que bon maintenant c’est bon, je me fais opérer.

Du haut des tribunes, j’ai été témoin d’un assassinat au sang froid. Ginobili a rappelé à tout le monde, à moi et à l’équipe de France qu’il n’était pas bon de s’enflammer trop vite pour « le reste ». Le boss du basket international c’était lui et personne d’autre. C’est là que j’ai réalisé qu’il ne fallait jamais sous-estimer les grandes stars, surtout celles qui gagnent en NBA, qui sont capables de tuer un match à elles-seules et qui peuvent dunker sur 2m26 de Yao Ming à deux mains.

N’est pas bon qui veut, jeune basketteur. N’est pas capable de renverser ou de contrôler le rythme de tout un match qui veut.

Et puis ce que j’ai ressenti en tant que Dean27, en revanche, c’est ça : j’ai eu une révélation. Attention, je vais te révéler quelque chose de très important, là, prépare-toi à ne pas être trop surpris. Si tu veux te rapprocher des pros et des internationaux, j’espère pour toi que tu as déjà conscience de ce que je vais t’écrire ci-dessous. Que tu n’es pas aveugle comme je l’ai longtemps été.

Le basket est un sport de grands.

Moi et mon petit mètre soixante dix-neuf, j’ai longtemps entendu de la bouche de mon grand-père tennisman que si on est grand, c’est plus facile de mettre la balle dans le panier… que les petits sont forcément désavantagés… etc. Persuadé que son discours était forcément naïf, je lui répondais en argumentant sur les autres qualités des petits, la nécessité d’avoir des petits joueurs dans une équipe, et sur la présence de petits joueurs en NBA et en Europe. Et Muggsy Bogues ? Et Erwan Bouvier ? Et Eric Cerase ? Merde alors !

Du haut de mes 15 ans, lorsque j’étais en plein essor et sur la pente ascendante, je voyais l’accession en équipe nationale comme quelque chose d’effectivement accessible, malgré ma petite taille. Après tout, les Demory, les Janneau et les autres ont su s’imposer, alors à quoi bon toujours penser que seuls les grands peuvent réussir ?

Or là, au Japon, en tant que spectateur du match Serbie-Argentine, j’ai compris en voyant les Milicic, les Scola, les Oberto, les Diaw, les Nocioni et tous les autres que les basketteurs de niveau international étaient des grands de grands. Qui étaient les quelques vrais petits de ces équipes ? Pepe Sanchez et Igor Rakocevic ? Qu’à cela ne tienne. Ces deux arrières (surtout le Serbe) étaient de vrais tueurs. Des basketteurs pur sang, maîtres ès technique, fondamentaux et vision du jeu. De tels maîtres que si je devais choisir des joueurs pour mon effectif, je prendrais plus volontiers un Rakocevic que deux Walter Herrmann. Sans hésiter.

Et de vrais maîtres qui ont su s’imposer parmi les milliers de basketteurs de taille normale de leur pays.

J’ai donc compris que si j’avais effectivement pris la route du monde professionnel, il m’aurait fallu mettre les bouchées doubles pour avoir une once de chance d’être international, et cela aurait été à la limite du possible. Car je n’ai jamais été grand.

La taille des Serbes et des Argentins m’a mis une petite claque dans la gueule. Ce n’est pourtant pas le premier match auquel j’ai assisté en live, et ce n’est sûrement pas la première fois que je me suis approché de joueurs de dimension internationale. Au Buckler Challenge de 1995 à Strasbourg, l’équipe de l’université de Massachussetts jouait avec Lou Roe ou Marcus Camby, j’étais tout près du terrain, mais je n’ai pas été spécialement impressionné. Je suis même allé voir quelques joueurs d’Antibes pour leur demander des autographes, mais rien. J’étais juste content de voir une future star, Camby, et de me rapprocher de Stéphane Ostrowski, Yann Bonato et David Rivers pour qu’ils me signent gentiment une feuille de papier quadrillé. A Chicago, j’étais à deux rangées du terrain dans l’United Center, mais Dennis Rodman, Vin Baker ou Scottie Pippen n’ont pas altéré ma vision des possibilités : s’ils sont en NBA, c’est parce qu’ils savent jouer, et pas parce qu’ils mesurent tous plus d’un mètre 90. A Tokyo, j’ai tapé la discute avec Tom Kleinschmidt alors que c’était une baraque d’un mètre 95. Etc.

Ma taille n’a jamais été une épreuve et rien n’a jamais remis en question ma probabilité de réussir, jusqu’à Sendai. Il en aura fallu, du temps pour comprendre la question de la standardiste-recruteuse de Montpellier Basket que je trouvais absurde en 1997… elle voulait connaître ma taille avant tout autre chose, la garce. Mais elle faisait peut-être bien son boulot.

Et puis je me rappelle août 2006, puisque cela marque la 10e année depuis mon départ pour Chicago. Comme le chante excellement Porcupine Tree, Time Flies.

Image de prévisualisation YouTube

Il n’y a rien d’autre à dire. Si, peut-être, c’est que les joueurs que je voyais à Sendai avaient le même âge que moi (27 ans), que j’étais dans les tribunes et qu’eux étaient sur le terrain. Sans amertume pourtant. La seule fois où j’ai été très amer en tant que spectateur, c’est quand je suis allé voir jouer les espoirs de Toulouse contre ceux de Montpellier, en 1998. Certains joueurs de Toulouse ne cassaient pas la baraque, et je regrettais de ne pas être sur le parquet alors que j’étais certain d’avoir leur niveau.

Aux championnats du monde, je n’avais plus de raison d’être amer. Je savais que j’allais me faire opérer, que j’en aurais pour une bonne dizaine de mois avant de pouvoir espérer rejouer à fond. Je ne peux pas dire que j’étais serein. Mais je n’étais pas paniqué pour autant. Fataliste encore moins. La blessure était acceptée, c’était comme une nouvelle épreuve dans mon parcours o combien accidenté.

Fast forward et retour à Saitama. Mars 2007. 2 mois sont passés depuis la première anésthésie générale de ma vie. J’ai le genou toujours enflé et “stiff”, je ne peux que le plier jusqu’à 150 degrés, à fond, et en grinçant des dents. C’est-à-dire qu’il ne me reste qu’une petite dizaine de centimètres avant que mon talon ne touche ma fesse. Les derniers centimètres sont bien les plus longs… Le kiné me demande toujours de pousser, je pousse, mais c’est dur.

Les cicatrices, elles, sont bien propres. 4 petits trous fermés par lesquels on m’a fait l’arthroscopie, puis une entaille latérale de 4 centimètres qui s’est refermée tant bien que mal.

J’ai toujours mal à l’endroit précis où l’on m’a aggraffé la greffe ligamentaire au tibia… 3 aggraffes de 3 bons gros centimètres chacune, c’est quand même quelque chose, et non des moindres. La douleur se diffuse autour de l’endroit en question, et c’est assez génant avec les straps de la genouillère qui appuient dessus.

Le pire, c’est les fourmis dans le tibia. C’est comme si l’os était sans cesse engourdi et endormi. J’ai beau toucher, gratter, je ne sens pas grand chose. “Ne vous en faites pas, c’est tout a fait normal” me dit le médecin. Ok. Alors j’attends.

On m’a déjà plusieurs fois enlevé le liquide genouisque avec une seringue grosse comme un tube de mastic et c’était très désagréable, sinon douloureux. Merde. Et à mon grand désespoir, le genou a encore enflé le jour suivant.

Je ne peux toujours pas courir, sauter, nager, rien. Je dois encore attendre, et porter ma genouillère à 73 000 yen pendant encore 1 mois quand je marche ou que je reste debout.

Je dois m’asseoir plus souvent que d’habitude dans mes fonctions d’enseignant, car je suis toujours en état de “station debout pénible”, au sens propre. C’est quand même beau le métier d’enseignant, mais un enseignant estropié, ça fait un peu pitié. Dans le train aussi, je replie machinalement la jambe vers le haut tellement l’appui me gêne. Bref, si j’avais été un cheval de course, on m’aurait abattu.

En tout et pour tout, (et ce ne sera pas fini) j’ai déjà utilisé une bonne soixantaine de compresses, deux tubes d’anti-inflammatoire, quelques décalitres d’eau glaconnée.

Mais je ne suis pas à plaindre. Je vais revenir, même si mon genou ne sera plus aussi opérationnel qu’avant. Et mon genou n’a pas grand chose si je compare mon état physique à celui des accidentés de la route et autres handicappés moteurs à qui il faut tout réapprendre, toutes ces personnes invalides que je côtoie en salle de rééducation.

Je suis encore jeune, valide, et je vois le bout du tunnel, pas comme toutes ces personnes dont l’état pitoyable me fait relativiser les choses. Je n’ai pas les os de la jambe broyés comme ce motard dont le tibia bandé laisse entrevoir des fixateurs externes… des fixateurs métalliques qui me donnent encore des frissons quand j’y pense. Je n’ai pas non plus le regard vide de cet homme accidenté que le kiné aide à attraper des billes dans un panier pour les mettre dans un autre.

Je ne suis pas abattu, donc. Je vais me relever, apprécier les efforts que je vais devoir fournir pour me remettre correctement sur pieds. Et puis je vais apprécier les moments avec ma petite famille. Je me m’achèterai une guitare et un ampli et je ferai de la musique. Je jouerai des accords majeurs parce que c’est plus gai, découvrirai Opeth, Guthrie Govan et Jeff Beck et referai ma collection de CDs.

On me l’a toujours dit et je commence à le comprendre peu à peu : si j’avais été pro, si j’avais réussi dans le domaine qui m’était cher, très cher, je n’aurais pas pu apprécier les moments que j’ai vécus pendant la longue période de doutes que j’ai traversée.

A la guitare, je  joue mes trois premiers accords, le C, le D et le G majeurs, et me sens dans la peau d’un débutant absolu. Les notes que je joue ne ressemblent pas encore à de la musique ; je touche des cordes que je ne devrais pas toucher, mes accords sont approximatifs et mes petits riffs sont primaires de chez primaire.

A 27 ans, après 16 années de pratique de basket pendant lesquelles j’ai progressivement oublié les craintes, les espérances et les nombreuses occasions d’abandonner du débutant.

Subitement, je me mets à la place des cireurs de banc de l’équipe de jeunes que je coache, ceux qui ne savent pas encore shooter, ceux qui ne parviennent pas encore à dribbler, protéger leur balle et participer en même temps au jeu. Depuis mes débuts dans le coaching à Teyran, je parvenais toujours à m’identifier aux joueurs expérimentés, à ceux qui tiraient l’équipe vers le haut grâce au leadership et à la poursuite de l’excellence. Mais pour la première fois de ma carrière, je comprends que dans une équipe il y en a qui veulent devenir pro, d’autres qui veulent seulement se surpasser, d’autres qui veulent conserver leur bon niveau, d’autres qui veulent se faire plaisir, d’autres qui veulent apprendre les bases. Il y en a qui ont tous ces attributs à la fois. Il y en a surtout beaucoup qui font du basket parce qu’ils aiment ça, peu importe leur niveau.

Moi je suis un gros nul en guitare, mais j’aime ça. J’ai envie d’apprendre, de progresser, et surtout de me faire plaisir, comme un basketteur que je n’ai jamais été.

Et j’en viens à me poser des questions.

- Mon rapport au plaisir de jouer au basket : est-ce que j’aurais pu continuer ce sport si je n’avais pas atteint un bon niveau ? si j’étais resté un joueur moyen capable de faire des matchs sans marquer un seul point et incapable de gagner suffisamment de confiance de son coach ? Comme je l’ai déjà écrit dans plusieurs posts précédents, je pense que j’aurais abandonné depuis bien longtemps.

- Mon identité de « basketteur » et mon identité de « guitariste » : est-ce que je peux dire que je suis guitariste quand je suis seulement capable de jouer le riff de Smoke on the Water, un solo de 30 secondes, et quelques accompagnements ? et toi, basketteur, à quel moment t’es-tu considéré « basketteur » ? quand tu es entré dans un club ? quand tu as effectué tes premiers dribbles ? quand tu as compris comment tu pouvais marquer en match ? Est musicien seulement celui qui peut faire de l’impro sur n’importe quel genre ? Est basketteur seulement celui qui maîtrise tous les fondamentaux ? celui qui peut marquer, défendre, et comprendre les différentes stratégies du sport ? Les notions, comme les limites, sont bien floues. Au moment où je me pose ces questions identitaires, je n’arrive pas à y répondre. Mais au moment où j’écris ces lignes, soit 3 années après m’être acheté ma première guitare et 20 ans après avoir touché mon premier ballon de basket, je crois maintenant que je sais.

On est basketteur dès que l’on aime jouer au basket. Pour la guitare c’est la même chose. Le plaisir, l’amour du jeu y est pour beaucoup dans l’identité sportive ou musicale, non ?

- Mes progrès : comment devient-on un meilleur guitariste ? La musique est un domaine tout nouveau pour moi, et je ne sais pas ce que je dois faire, autant en quantité qu’en qualité. Je n’ai pas d’objectif précis, encore moins de méthode d’entraînement, et je ne sais pas par où commencer.

Alors je m’inscris dans une école de musique. Je me fais guider par un professeur qui sait ce qu’il faut faire, et qui me le transmet. Et moi d’avoir les yeux tout ecarquillés : jouer avec un métronome (aaaah oui !); jouer le plus régulièrement possible, même 5 minutes, pour garder le toucher intact (mais bon sang, mais oui !); s’enregistrer (pourquoi n’y avais-je pas pensé ?!); découper la partition en parties distinctes et pratiquer les parties individuellement (c’est comme au basket, quoi, on apprend un système de jeu en le pratiquant par étapes, couillon !) ; toujours commencer avec un tempo lent, puis accélérer petit à petit (suis-je bête), etc. etc.

Toutes ces petites choses fondamentales qui changent tout mais auxquelles je ne pensais absolument pas.

J’espère que tu fais tout le rapprochement avec le basket, car c’est flagrant. Car comment devient-on un meilleur basketteur ? est la question que tout joueur se pose à un moment ou à un autre de sa carrière, ou tout le temps. Alors on entre dans un club, on demande des conseils au coach, on participe à des camps, on applique petit à petit ce qu’on apprend, car s’entraîner juste ne coule pas de source.

Mais comment répondre clairement à cette question ? IdanRavin le dit mieux que moi : Saying “I want to be a better basketball player” is a very esoteric term. What does that mean? Each situation evolves over time. Players aren’t going to say to you “I want to get better at the two steps I take before the shot on a pick and roll.” They’re going to say that they want to work on ball-handling or something generic like that. The game of basketball can be very simple in terms of its categories. Everyone can say they want to get stronger, faster, quicker. But, those are large descriptions of very lengthy processes. Je te suis, Idan. Le basket est simple, mais les procédés, les détails qui forment les catégories, eux, peuvent être plus complexes qu’on ne l’imagine.

Comme on dit dans la didactique des langues étrangères, il faut apprendre à apprendre. Dans le basket, c’est assez similaire, et les jeunes joueurs qui savent correctement s’entraîner auront bien évidemment des résultats plus visibles. Je sais que ce que je viens d’écrire ne sort pas de la cuisse de Jupiter, mais je sais aussi qu’il y a des centaines de jeunes talents qui sont perdus et qui n’atteignent pas leur potentiel parce qu’ils ne savent pas comment s’entraîner ou parce qu’ils suivent des méthodes inefficaces ou obsolètes. Me trouvant au Japon, je sais que l’ignorance de certains coaches/professeurs en charge de clubs est responsable des lacunes de beaucoup de joueurs au niveau collège ou lycée. Quand on sait que les jeunes Japonais s’entraînent quotidiennement pendant bien 6 ans de collège et de lycée et qu’ils ne sont pas aussi dominateurs qu’ils devraient l’être, on se dit bien évidemment qu’il faudrait que leurs coaches repensent leur manière d’entraîner. Mes joueurs apprennent-ils ce qu’il faut ? S’entraînent-ils avec un mindset approprié, en connaissance des objectifs des entraînements ? Vaut-il mieux faire une série de 200 shoots et compter les résultats, ou sera-t-il plus efficace de faire des séries intenses d’1 minute chacune, sans compter les paniers réussis et ratés? etc. sont les questions que devraient se poser beaucoup de coaches autour de moi. Et par conséquent, si le coach n’est pas capable de proposer des méthodes efficaces, c’est au joueur même de faire ce qu’il faut pour être un meilleur basketteur. Mais ce n’est pas simple.

Alors laisse-moi te dire : prends des conseils, lis, demande à tes coachs ou à des joueurs expérimentés de te corriger ou de te dire ce qui a été efficace pour eux dans leur manière de s’entraîner, filme-toi à l’entraînement, et demande-toi si tu fais ce qu’il faut, si tu le fais bien, évalue ta progression, etc.

Tout ça pour dire que 17 mois passent après mon opération, 17 mois pendant lesquels j’ai le temps de prendre beaucoup de recul sur le basket, l’entraînement, la progression, le plaisir, tout ça grâce notamment à l’apprentissage de la guitare. Soit dit en passant, la guitare est la première activité (après ne pas avoir osé commencer le kung-fu, la batterie ou le badminton) dans laquelle j’ose enfin me lancer sans avoir peur de l’échec ou d’être nul.

Et à bientôt 29 ans, au début de l’été 2008, je suis enfin stable. Sur pieds. Je vais avoir la plus grande révélation de toute ma carrière, et ce sera la fin.

Comme le dit Solaar, prendre du recul, c’est prendre de l’élan.

Categories: Nouveaux posts Tags:

Dirge for November

05/04/2010 Dean27 12 commentaires

J’ai souvent rêvé avec ce morceau d’Opeth dans les oreilles, surtout l’outro, qui me rappelle toujours que je n’ai pas pris de mauvais décision en me mettant à la guitare électrique. Je vais donc te proposer de la mettre en musique de fond. Et puis cela permettra de changer de ton et d’entrer comme il se doit dans un tournant ô combien définitif de ma carrière. Zappe le growl du milieu du morceau et laisse-toi bercer par la mélodie de guitare électrique du dernier quart de la chanson.

Opeth – Dirge for November

J’ai tourné en rond depuis mon retour des USA, tu es le premier à l’avoir lu et compris. Je ne m’en suis rendu compte et j’ai vu les choses devenir claires à l’écriture de ce blog, bien tard… Comme dans un film français, je me suis regardé dans la glace en me disant « j’ai un souci », et tour à tour moi et le basket c’était : j’aime, puis je laisse tomber, puis je recommence, puis j’aime plus tant que ça, puis je recommence à fond, et je me dis que j’ai encore des chances de réussir, et ainsi de suite. A n’en plus finir. Pourtant, là, ce qui va arriver va mettre les points sur les i. Il va m’arriver ce qui était peut-être nécessaire à la suite de ma carrière.

Ai-je déjà parlé de blessures ? Oui, tu t’en souviens, c’était avec mes chevilles défaillantes lors de mon séjour aux USA. Précisément, c’était l’os de l’astragale qui s’était un peu déplacé. A cause de cela, me faisait comme des inflammations douloureuses de temps à autre et il y a quelques mouvements de flexion/extension de la cheville que je ne pouvais pas faire sans grimacer de douleur.

Aaah, la blessure. Un simple pépin qui peut devenir cauchemar en un seul faux mouvement, une mauvaise réception ou un vilain contact. (Shaun Livingston, si tu lis ces lignes…) Contrairement à ce qu’on pourrait penser, quand on est jeune on ne se dit pas que ça n’arrive qu’aux autres. On pense bien que ça pourrait arriver, mais on ne prend conscience de la gravité de la chose presque que quand ça tombe sur soi, et qu’on a mal, et que le doc dit qu’il va falloir faire attention dorénavant, et qu’on s’achète des crèmes anti-inflammatoires au cas où, etc.

Jusqu’à 2005, que m’est-il donc arrivé, en environ 15 ans de basket ?

-         Osgood-Schlatter. Bon, ce n’est pas une blessure, mais c’est à cause de ce pépin que je dois arrêter toute activité sportive pendant 6 mois en minime. Rien de bien grave, c’est quelque chose de tellement courant chez les sportifs adolescents. Mais c’est grâce à ce bon vieux O.S. que je trouve un élément fondamental de mon jeu : ma position de shoot, celle que je garderai toute ma carrière, en prenant le temps de la travailler à l’immobile.

-         des doigts tordus. C’est la blessure du débutant. Quand j’ai commencé le sport, je n’avais pas de timing pour la réception de la balle : je n’ouvrais pas suffisamment mes doigts, et CLAC ! je me foulais les doigts. En 1997, à Chicago, je me tords le majeur de la main gauche… ce doigt ne se rétablira jamais complètement, et même 13 ans plus tard je ne parviens pas à le plier entièrement.

-         des chevilles foulées. Pratiquement toujours en retombant sur le pied d’un autre joueur. Et la cheville qui craque un peu, qui enfle beaucoup et qui me donne cette douleur intense pendant une bonne minute. L’éternelle blessure du basketteur…

-         un poignet foulé. Ça, c’était au collège, j’avais 14 ans. J’ai sauté sur un gars que je voulais contrer, j’ai basculé sur son dos, et je suis retombé sur mon poignet gauche avec tout le poids de mon corps. Quelques jours plus tard, je score 29 points avec une bande élastique entourée à ma main.

-         une côte déplacée. Je faisais souvent du 3×3 au lycée. Un jour, j’ai voulu me la jouer Pat Ewing en heurtant séchement mon défenseur avec mon dos… La douleur n’était pas grande, ce n’était qu’une piqûre d’aiguille, mais les jours suivants je ressentais toujours une douleur quand j’inspirais. Un chiropracteur m’a fait craquer tout ça, et en une manipulation je n’avais plus rien, la côte était remise.

-         des migraines oculaires. Je ne sais pas si c’est le terme exact, mais c’est quelque chose qui m’est arrivé plusieurs fois dans ma carrière (toujours après avoir fait du basket) et que je n’espère à personne. Apparemment c’est héréditaire, je crois qu’il arrive la même chose à mes deux soeurs. Chaque migraine commence de la même manière : tout d’un coup, j’ai des troubles dans la vision, comme des blancs qui tâchent ma vue, et un mal de crâne à la limite du supportable s’intensifie peu à peu. Et là j’en chie. Je dois rester dans le noir tellement la lumière me gêne, et je suis obligé de rester couché, dans la douleur. Puis j’ai des nausées, et si je vomis tout disparaît. Plus aucune migraine, je peux reprendre une activité normale.

-         une lésion méniscale. Voir plus bas, ce n’est pas fini…

-         de vilaines brûlures aux jambes… en glissant sur le parquet. Bon, ça c’est parce que j’aime plonger pour attraper les loose balls, tel un pur disciple de Mike Chichèvesqui. Bien fier d’attraper la balle qui traîne, je le suis moins quand j’entends ma jambe faire le même «skwik » que la semelle de mes shoes. Et quand je vois une grosse marque rouge sur ma peau, je me dis que je vais un peu en chier les jours suivants.

Je n’ai jamais eu de crampe pendant toute ma carrière sportive. Mais surtout, je n’ai jamais eu de fracture, ou été hospitalisé à cause du basket. Je suis quand même assez chanceux sur ce point. Rien qui ne vienne tout remettre en jeu et qui me force à me poser des questions comme « vais-je pouvoir continuer ? ».

C’est la fin de l’été dans mon département du nord de Tokyo. Les soirées sont de plus en plus fraîches et le gymnase commence bien à se refroidir lorsque le soleil se couche. Les échauffements sont par conséquent et logiquement plus importants en quantité et en qualité à ce moment de l’année. Ou bien ?

Au niveau professionnel comme au niveau sportif… tiens, je bloque encore sur cette phrase. Deux groupes de mots qui ne peuvent plus être qu’un : niveau professionnel et niveau sportif. Si je comprends ce que je viens d’écrire, c’est qu’il y a deux niveaux dans ma vie, deux niveaux qui sont bien distincts. Le sport d’un côté, et la profession de l’autre. J’ai 26 ans, et ce qui à l’adolescence ne faisait qu’un est maintenant séparé, distinct : je fais la part des choses.

Au niveau professionnel comme au niveau sportif, donc, tout se passe plutôt bien. J’enseigne ma langue la journée jusqu’à 15h40. C’est l’heure de la fin des cours pour tous les lycéens de mon établissement. Puis à 16h je me rends dans le gymnase de l’école pour m’échauffer, faire mes pompes et mes abdos avec les garçons, et sue comme eux en faisant les drills de type « 3-men », « footwork » ou « 2 on 2 » (en continuité sur toute la longueur du terrain), jusqu’à 18h45 environ. Le train de 19h33 m’emmène jusqu’à la gare la plus proche de chez moi et j’arrive dans mon appart vers 20h10.

Mes jambes ne sont plus aussi lourdes qu’il y a quelques semaines, et je me sens enfin mieux. Je ne doute plus autant de mes capacités techniques et physiques, et je sens concrètement les résultats de mes entraînements quotidiens.

A ce propos, qui doute de son jeu ou de son physique doit une fois dans sa carrière prendre le taureau par les cornes et s’imposer un programme intensif de quelques jours voire quelques semaines de basket pendant lesquels il n’aura pour seuls buts de progresser et de faire de ses doutes qu’un mauvais souvenir. Même si les progrès ne seront pas évaluables quantitativement, le joueur ressortira de ce « stage » avec une confiance décuplée. Toi le jeune basketteur qui a besoin de conseils avisés, relis ces lignes et va t’entraîner.

Moi, 15 années plus ou moins pleines de pratique du basket (je commence le basket en 1990) m’ont permis de mieux me connaître. Je sais désormais que je regagne mon endurance aussi vite que je perds des kilos lorsque je me remets à m’entraîner sérieusement au basket. Quand j’étais minime ou cadet et que je ne faisais aucun entraînement en club en été, je me disais toujours qu’il ne me fallait que 3 entraînements pour me décrasser et retrouver la forme olympique. Mes fessiers, mon dos et mes ischio-jambiers allaient avoir de grosses courbatures, ça je le savais ; le lendemain du 1er entraînement de la saison, descendre les escaliers et mettre mon sac à dos sur le dos était de la torture. Mais ce que je savais aussi, c’est que cette période de décrassage et de grincements de dents n’était que très courte. Et puis je ne sais pas si ceci explique cela, mais j’ai toujours eu un rythme cardiaque de plus ou moins 50 battements par minute… et j’ai toujours été persuadé que j’avais de bonnes capacités d’endurance et de récupération grâce à ce rythme cardiaque (les spécialistes de physiologie du sport peuvent-ils m’éclairer ?).

Tout ça pour dire que cette fois-ci aussi, la période « dure » était pénible (courbatures, inflammation du pied et jambes lourdes), mais elle n’était que passagère. Je commence tout de même à bien connaître mon corps, ses faiblesses et ses qualités (car il en a, quand même).

Je joue de mieux en mieux, je retrouve mes automatismes, mes gestes. Je parviens à remettre en action mes moves favoris dans un style de jeu 2 fois plus rapide qu’en France.

Ce qui est plus fondamental dans l’histoire, c’est qu’enfin je me reforge une identité de basketteur. L’identité que je masquais ou que j’essayais de nier en me faisant valoir pour ce que je n’étais complètement pas réapparaît. Je me fais envoyer mon fameux shooting-shirt de North Carolina, je m’achète les Zoom LeBron 2, je n’hésite pas à parler de basket, je me mets plus au goût du jour niveau NBA après un presque gros blanc de 1999 à 2005, période pendant laquelle un des seuls matchs que je vois en direct est le dernier All-Star de Jordan (en 2003 ?) avec toute la sérénade Mariah-Carey / shoot à la dernière seconde de MJ / tous les joueurs qui cirent les pompes à MJ à la limite de prendre des photos de lui comme les joueurs du reste du monde qui prenaient des photos de la Dream-Team à Barcelone en 1992. Et toute la sérénade Yao Ming… Bref. En 2005, je me remets dans l’actualité pour de bon, et je redeviens un vrai acteur-spectateur du basket, localement et globalement.

Coacher les jeunes me motive tout autant. Ce ne sont pas vraiment mes jeunes ; même si je parle leur langue, même si je participe aux entraînements avec eux, même si je fais toujours preuve de sur-positivisme avec eux pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, le lien n’est pas aussi fort qu’avec mes jeunes du club de Teyran, dans le Midi. Bien sûr la présence parfois trop présente de Toppa y est pour quelque chose.

Je parle de sur-positivisme et d’enthousiasme exacerbé parce que c’est ce qui m’a toujours caractérisé en tant que coach et joueur. C’est mon trademark. Et je suis la même personne depuis que j’ai commencé le basket. Je suis toujours imprégné de toutes les pensées positives que j’ai apprises 12 ans plus tôt lors de mes camps dans le Washington. Or Toppa, c’est le head-coach, c’est lui qui décide et dirige son groupe avec de la technicité, des coups de gueulante et des explications interminables au sujet du weak-side, de la rotation défensive et de la press individuelle tout-terrain. Nous n’avons pas du tout la même approche du basket, c’est évident (plus tard, même les joueurs m’avoueront qu’ils l’avaient bien remarqué…), mais ce n’est pas si grave. Ce qui est plus chiant, c’est que j’ai du mal à définir mon rôle d’assistant… et je ne sais pas trop ce que Toppa attend de moi. Si toi aussi tu as déjà été assistant-coach ou si tu as déjà eu un assistant alors que tu étais joueur, tu sais qu’il est important que les rôles et les tâches soient correctement distribués. Quand ce n’est pas le cas, on se marche sur les pieds et les joueurs peuvent avoir du mal à identifier la direction prise par l’équipe.

Mais je m’en fous un peu de tout ça. Tout ce qui compte, c’est que je redeviens basketteur en acte, alors que je n’étais devenu qu’un basketteur en puissance pendant ces longues années en France et à Tokyo. Mon rôle et mes tâches de joueur sont claires et les contours sont bel et bien visibles.

Je ne sais pas où tout cela va me mener, mais je joue à fond et c’est l’essentiel. Je prendrai de bonnes décisions au moment venu, et je ferai en sorte de ne pas être déçu.

Je ne serai pas déçu.

Et puis vient le 22 novembre 2005. C’est un mardi. Après les cours, je dois garder mon statut d’enseignant pour être un des juges du concours d’éloquence d’anglais de mon lycée, ce qui signifie que je ne peux participer à l’entraînement du début. Je le fais savoir à Toppa à l’avance, et lui me répond gentiment de venir quand je le pourrai. Même si je suis en retard, je pourrai toujours m’échauffer rapidement et participer aux matchs de 10 minutes que l’on effectue en général en fin de séance. Lui ne sera pas là, les jeunes seront donc sûrement en train de faire des matchs. Cool.

Le concours se termine dans les 18h30, j’ai tout juste le temps de me changer et de rejoindre les jeunes. J’entre dans le gymnase mon gilet de laine sur les épaules, car comme je l’ai dit il fait un peu froid dehors comme dedans, et m’échauffe en deux minutes vite fait, bien fait. Quelques étirements, quelques sauts et le tour sera joué ; pour courir, il ne me faudra que quelques allers-retours dans le jeu pour être à point. J’ai trop envie de jouer. Maintenant, quand je lis ces lignes, je me pose beaucoup de questions…

Qu’on se le dise, une fois pour toutes. Je suis basketteur. J’ai toujours été basketteur. Futur-pro ou amateur, coach ou joueur, bon ou mauvais, en puissance ou en acte, dans le doute ou dans la confiance.

Blessé ou pas, je le suis et le resterai.

Sur une phase défensive, je défends. Un coéquipier intercepte la balle ou prend un rebond, je ne sais plus. Je pars sur la gauche et appelle la balle en course. « Ball ! ». Le coéquipier me voit, me lance une longue passe qui me semble trop haute. En pleine course, je saute, attrape la balle de ma main gauche, et atterris sur ma jambe gauche.

A la réception, en quelques centièmes de seconde, mon pied se fixe au sol, en terre japonaise. Il y a 8 ans, c’est ma cheville qui se serait tordue. Mais là c’est mon genou qui décide d’aller faire un tour du côté de la Corée. Je sens une espèce de craquement au moment où mon genou gauche semble s’écraser et glisser vers l’extérieur. Je m’effondre par terre, le genou entre mes mains, et gémissant d’une douleur intense que je n’avais jamais ressentie auparavant et qui relègue toutes les blessures listées plus haut au rang d’égratignures.

Pas la peine de me perdre dans des phrases inutiles, je me tords de douleur comme ce joueur de UNC:

Je reste au sol quelques minutes et ne vois que les chaussures de mes jeunes coéquipiers qui se regroupent autour de moi pour me demander si tout va bien. Puis je me relève avec un genou dont je ne distingue plus les traits tellement il a enflé. La douleur intense est maintenant diffuse mais toujours bien présente… je sais que ce qui vient de m’arriver n’est pas de la rigolade.

On m’emmène faire des radios à la clinique locale où le doc ne peut me dire ce qu’il vient de m’arriver. Tout ce que je sais, c’est que je me suis fait une putain d’entorse au genou et que je n’ai jamais eu mal comme ça. C’est ce que j’écris dans un SMS.

Puis le temps passe. Les jours, les semaines, les mois. Un retour n’est pas encore envisageable selon le pseudo-ostéopathe-masseur de mes deux qui tente de me rassurer en me faisant croire que ce n’est qu’un problème méniscal, encore un, qui ne devrait plus m’embêter si je reviens encore faire quelques séances dans sa clinique. Mais les jours passent encore, et je sens que mon genou ne va pas mieux. Les massages me font beaucoup de bien, et je sors de chaque séance tout relâché, tout frais… mais le problème est loin d’être réglé : lorsque je retourne participer aux entraînements, une espèce d’instabilité me rappelle à l’ordre et me dit sagement que le risque de rechute est bien grand.

Quelques sprints et un peu de footwork sont mes seules tentatives de retour. Psychologiquement, il est impossible de tenter de forcer sur mes appuis comme avant. Je ne peux pas. Et physiquement, pendant les quelques mois qui suivent ma blessure, mon genou part deux fois en sucette quand je ne l’attends pas.

Je me pose des questions, et me demande si le diagnostic qu’on m’a fait est juste… C’est finalement une IRM qui me confirme que ma blessure est un peu plus grave qu’une simple entorse.

« La c’est clair, si je regarde vos IRM : votre, hem… » Le doc prend son dictionnaire japonais-anglais, cherche le mot qu’il souhaite me faire comprendre et m’écrit sur un bout de papier : anterior cruciate ligament. Il me dit : « c’est cassé ». Et un des ménisques est en mauvais état.

Anterior cruciate ligament ?! Quand je vois cela, je pense tout de suite à quelques mots de mon beau-père qui, quand on regardait la D1 de foot à la télé, avait dit qu’une blessure aux ligaments croisés « ça ne pardonne pas ».

Snap!

Dorénavant pour moi le choix est simple. Je me fais opérer et peux rester basketteur, ou alors je ne me fais pas opérer, peux vivre normalement mais dois me contenter de sports non-violents comme la natation ou le vélo.

Je me ferai opérer. Après quelques jours d’hésitation, je prendrai la décision de me faire hospitaliser pendant 2, voire 3 semaines (c’est ainsi au Japon, mais apparemment plus court ailleurs), faire de la rééducation pendant 3 bons mois et suivre un programme de re-musculation rigoureux. Ce sera le prix à payer.

Voilà que cette merde de blessure me tombe dessus. Comme Greg Oden, Shaun Linvingston ou Andrew Bogut, ma blessure m’arrive au moment où j’ai de l’espoir, où je sens que quelque chose de bien va m’arriver. J’ai de quoi être dépité, et je ne te cache pas que je le suis.

Après tout, comment interpréter cette blessure ? comment interpréter toute blessure ? Je te pose encore une question fondamentale, lecteur/basketteur. Est-ce le fruit du hasard ? Peut-être. Est-ce la faute à un mauvais échauffement, une mauvaise préparation ? Probablement. Est-ce un « message du destin », quelque chose qui est supposé me faire prendre un autre chemin ? Je trouve cette interprétation un peu tirée par les cheveux. Est-ce de la malchance et après tous les rêves que j’ai eus, tout ce que j’ai vécu dans le basket, serait-ce maintenant le début de la fin ? Je ne pense pas.

En lisant ce que j’écris, c’est vrai que l’on pourrait croire que je suis un jeune malchanceux qui n’a jamais pu devenir pro à cause des mauvaises circonstances qui ont jalonné mon parcours accidenté. Mais ce n’est pas cela. Il y a juste des évènements de ma carrière qui sont arrivés quand ils sont arrivés. C’est chiant, mais cela fait partie des aléas du chemin que l’on prend vers le sport professionnel. On peut interpréter les blessures comme on le voudra, mais moi je les vois comme des imprévus qu’il ne faut jamais négliger. Peut-être que toi, jeune basketteur qui a le même rêve que moi, lorsque tu planifies les étapes que vas devoir progressivement franchir pour devenir pro, il te faut envisager la blessure comme une composante presque inévitable de ce parcours.

Car on pourra toujours t’apprendre qu’il faut « tomber 6 fois et se relever 7 fois », que ce sont les échecs qui te feront avancer, etc. Tu apprendras que si tu ne joues pas bien, il te faudra t’entraîner davantage, ne pas perdre de vue tes objectifs et ne pas lâcher prise. J’espère que tu sais tout cela. Mais ce n’est pas tout :

Et si tu te blesses ? Que feras-tu ? Comment envisageras-tu ton avenir basketballistique si un beau jour un docteur t’annonce qu’une opération est nécessaire, que tu ne pourras pas jouer pendant presque un an, et que tu ne retrouveras peut-être pas toutes tes capacités ?

Considère-toi chanceux si tu n’as jamais eu de blessure grave. Mais garde toujours à l’esprit qu’une blessure peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment, et que tu dois savoir quoi faire si jamais elle arrive. C’est essentiel, à mon humble avis.

En février 2007, on me réveillera en m’annonçant la fin de l’opération. Ce qui m’aura causé tant de soucis et d’emmerdes n’appartiendra désormais qu’au passé. J’aurai un genou reconstruit qu’il faudra que j’affûte. Et encore une fois, il me faudra conserver mon sur-positivisme, me relever une 7e fois, et rester basketteur. Si la période dure sera pénible, elle ne pourra être que passagère.

Categories: Nouveaux posts Tags:

In Style

26/03/2010 Dean27 4 commentaires

Parlons des modes basketballistiques en place au Japon, la fashionista incontournable pour avoir l’air d’un caïd sur les terrains intérieurs et extérieurs.

Les kicks

Comme je l’ai déjà mentionné lorsque je parlais de mon club de Tokyo (Yayoi), Asics est LA marque de chaussures de basket qui domine le marché depuis longtemps, sinon depuis toujours. Les jeunes et les moins jeunes sont nombreux à porter ces chaussures dont je te laisse aprécier la beauté des lignes et la propreté du design.

 Je commence par les plus classiques. Et les plus chères. A part les chaussures « reissue » en édition limitée (les Air Jordan 11 par exemple, qui valent une fortune ici), cette paire de shoes est sans conteste la plus chère : 29 925 yen, taxes incluses. Soit environ 239 euros… Qui a dit « foutage de gueule » ? Pourtant, le plus incroyable est que ces shoes ne se démodent pas… aux yeux des fans de basket old school éternellement inconditionnels du passing game, de la contre-attaque et du « meet shoot », bien évidemment. J’ai vu des reviews de ces shoes sur le net, et beaucoup semblent être d’accord sur un point : elles sont le top en matière de maintien et de confort de la semelle interne.

Toutes les Asics ne sont pas old school, loin de là. Pourtant, en regardant de plus près le line-up des chaussures disponibles en 2010, le design de base ne change pas des masses.

Il y à celles-ci

Ou celles-là.

Personnellement je hais ces chaussures, autant te le dire franchement. J’en ai vu tellement ici que j’en suis ecoeuré. Il m’est arrivé d’en porter une fois lorsque je n’avais pas de shoes de basket avec moi. Un joueur m’a prêté sa paire, j’ai joué avec, mais pour moi le confort était malheureusement à la hauteur du design : pas terrible du tout.

Un dernier point : un des énormes arguments de vente de cette marque de shoes de basket est que les Asics Basketball sont des chaussures spécialement adaptées aux pieds des Japonais. C’est ce que met en avant un représentant de la marque, Makoto Kobayashi, dans la revue trimestrielle Junior High Basketball (été 2006) destinée aux jeunes basketteurs en herbe. Les Asics sont fabriquées selon les particularités des pieds japonais (largeur et hauteur du pied selon notre expert en la matière…). Hum. Ca ne s’arrête pas là : beaucoup de joueurs avec qui j’ai parlé de shoes depuis mon arrivée au Japon sont convaincus de ce qu’Asics affirme pour booster ses ventes. Et les Nike ? Oh, moi, les Nike, je les trouve trop inconrfotables, et elles ne sont pas adaptées aux pieds des Japonais… sont les répliques que j’ai entendues maintes et maintes fois…

Pourtant, même si ça peut paraître paradoxal, Nike a également une part importante du marché. Pas tant avec les Jordan, les LeBron ou les Kobe. D’après toi, quelles Nike sont hyper populaires ici, surtout dans le monde du bukatsu ?
Je vais te donner la réponse : ce sont les Air Zoom Flight Five, et de TRES loin.

Je ne sais pas comment expliquer cette popularité. Pourtant c’est une paire qui commence à dater ; Kidd les portait en 1996, je me rappelle être allé au Nike Town de Chicago et avoir beaucoup aimé cette paire qu’un vendeur m’avait montrée. Le design était assez innovateur pour l’époque.

Mais Kidd n’est pas spécialement populaire ici, pas plus qu’un autre. C’est alors peut-être Yuta Tabuse, le Alain Giresse du basket nippon, qui a montré à toute la populace que non, les Nike ne sont pas faites que pour les étrangers, et que oui, si moi je peux faire 4 matches en NBA avec les Suns avec des Nike, c’est que ces kicks ne sont pas à prendre à la rigolade !

Nike Japon a apparemment compris l’argument de vente d’Asics, puisque maintenant, lorsque la marque au swoosh sort une paire moche introuvable ailleurs (j’ai peut-être tort), l’argument est que cette paire a elle aussi été spécialement conçue selon les caractéristiques des pieds des Japonais. Incroyable, mais vrai.

Adidas en fait de même, avec cette paire encore plus moche que les autres, mais qui a le mérite de faire ce dont tout bukatsuiste a besoin : une paire créée pour les basketteurs japonais du bukatsu ! Merci Adidas !

Plus qu’ailleurs je crois qu’au Japon le dicton suivant est de rigueur : soit on la classe, soit on ne l’a pas.

Plus qu’une mode : une religion : les collants noirs. Ou les longues chaussettes noires.

Bon, je me suis acheté une paire de chaussettes lorsque j’avais un gros hématome à la jambe et que le docteur m’avait conseillé d’acheter ce genre de collants/chaussettes très serrés pour comprimer ma jambe et mieux faire circuler le sang. En effet, ça m’a fait beaucoup de bien. Rien de tel que des chaussettes comprimantes lorsqu’on a des courbatures ou qu’on a les jambes fatiguées après du jeu.

Moi j’ai toujours aimé les chaussures noires avec des chaussettes noires, comme les Bulls en finale 1996 contre les Sonics. MJ, Pip, Rodman avaient vraiment la classe. Mais leurs chaussettes étaient courtes, ça suffisait.

Ici, malheureusement, les chaussettes sont longues… et se portent souvent avec des chaussures blanches. Bon, question de goût, ok, je comprends. Chacun fait comme il le sent.

Une fois à Marian je m’étais ramené à l’entraînement avec mes kicks blanches et une paire de chaussettes mi-longues noires. Je pensais être original… Puis un coéquipier que j’aimais bien, Darryll, est venu me voir en me conseillant de ne plus mettre ce genre de chose. « Pourquoi ? », que je lui demande.

“It just doesn’t look good”… J’ai regardé mes jambes, et j’ai compris.

A propos des collants, la mode doit bien venir de Dwyane Wade. Là aussi, chacun ses goûts. En tout cas, la mode est bien solide ici.

Pour rester dans les chaussettes, tout basketteur bukatsuiste qui se respecte porte des soquettes. Dit autrement, dans le bukatsu de mon lycée et de l’au-delà, les chaussettes ne se voient pas, ou très peu (sauf dans le cas opposé où le joueur porte des chaussettes longues et noires…). La mode est peut-être en train de changer, mais mon impression du moment est qu’on reste encore dans le soquette-power. Voir la photo ci-dessous par exemple.

Pour finir : les gants.

Des utilisateurs de BS, en voyant la vidéo du blog de Beyond, ont demandé des détails au sujet des gants que portaient les joueurs. Ce sont en fait des mitaines qui servent à chauffer les mains en hiver, ou plutôt à garder les mains au chaud quand il fait aussi froid dehors que dans le gymnase.

Ca ressemble à ça :

Et c’est porté comme ça :

En option : le shoot à deux mains chez les filles. Alors là, on ne peut pas parler de mode, mais je ne peux vraiment pas m’empêcher d’évoquer cette particularité du jeu de la très grande majorité des Japonaises. Celles qui shootent « à une main » sont très minoritaires. Mais ça change petit à petit.

En général, du niveau mini-basket au niveau semi-pro, en passant par le lycée, la plupart des filles shootent à deux mains. C’est quelque chose qui choque beaucoup de joueurs ou coaches étrangers. J’ai bien sûr moi aussi été surpris de voir cette technique qui ridiculisait tout ce que j’avais appris en matière de fondamentaux du shoot, et j’ai même tenté une fois de corriger le shoot de chaque joueuse d’un lycée où je me rendais… en vain. J’en ai un jour discuté avec un coach allemand, qui lui aussi avait tenté de corriger le shoot de ses filles, et le WunderCoach m’a tout juste souhaité « bonne chance » en me regardant comme si c’était peine perdue. Et il avait raison. Les filles m’ont écouté, ont essayé, mais en match se plaignaient qu’elles n’y arrivaient pas.

Et puis dans les livres, les magazines ou dans la bouche de beaucoup de coachs, on peut lire ou entendre que les filles doivent continuer à shooter ainsi parce qu’elles n’ont pas de force et qu’elles ne peuvent shooter autrement. Les lectrices de ce blog apprécieront…

 

Categories: Nouveaux posts Tags:

Bukatsu! Fight!

25/03/2010 Dean27 2 commentaires

Avant de continuer, j’aimerais faire un clin d’oeil à Beyond et à son blog. Il y parle de basket japonais, comme moi, et pour toi qui lis ces lignes cela peut être sympa de faire le parallèle entre ce qu’il écrit et et ce que j’écris ici. C’était cool de sa part d’avoir posté une video de basket amateur japonais et se mettre dans l’ambiance ; on y reconnaît les bannières dans les tribunes, les mitaines pour garder les mains au chaud dans les gymnases rarement chauffés, même en hiver, ou les longues chaussettes noires portées avec des chaussures blanches… la grande mode actuellement dans toutes les couches de la population basketteuse de l’Archipel. Beaucoup de détails montrent ce que c’est que de jouer au basket amateur au Japon.

On est donc quelques utilisateurs de ce site à avoir un lien assez direct avec le Japon, et on est probablement les seuls de toute la toile sportive française à en parler. Assez unique, non ?

En ce qui concerne mon post, j’ai decide de lui donner le titre de bukatsu, car ce mot prend une place immense dans le vocabulaire des collégiens et lycéens japonais, et ce post concerne justement mes débuts dans le monde du basket scolaire « bukatsu-style ». Ce mot est difficilement traduisible en francais (le premier caractère 部 « bu » signifie « club, cercle » et le deuxième 活 « katsu » veut dire « l’activité » ; les anglophones vivant au Japon traduisent ce mot par club activities), mais signifie simplement toute participation, je veux dire dévouement à un club de son école, que ce club soit sportif ou culturel. Je vais t’expliquer brièvement ce qu’est le bukatsu en racontant la suite de mon histoire, du mois d’août 2005 au mois de novembre de la même année.

Vu que depuis mon retour au Japon en juillet 2005 je n’ai pas repris le basket en tant que joueur, je me concentre moi aussi sur le bukatsu. Je fais partie du club de basket de l’école (qui m’a recruté pour enseigner ma langue maternelle) en tant qu’assistant, puisque mon ami Toppa est le head-coach et responsable officiel de l’équipe. Je reprends le coaching, mais malgré mon expérience avec mes équipes de cadets et de minimes en France, c’est comme si maintenant je devais faire table rase et tout apprendre de ce nouveau système.

Je découvre des choses que je ne pensais pas possibles, tout comme je découvre des manières d’approcher le basket qui remettent carrément en question ce que je sais sur ce sport. Laisse-moi te guider.

Petit un, l’effectif est plus que complet. Il y a trop de joueurs. Alors qu’aux USA les try-outs limitaient l’effectif de mon équipe à 12 joueurs, alors qu’en France il fallait toujours batailler avec les jeunes pour qu’ils viennent tous aux entraînements et qu’il soit possible de faire du 5×5, ici j’ai 32 joueurs sous la main : 32 joueurs qu’il faut occuper, faire progresser et ne pas lasser. Parfois, trouver des drills pour autant de joueurs dans si peu de place devient un petit casse-tête.

C’est une particularité du sport au Japon (comme tu l’as compris, le sport, comme aux USA, est intégré au système scolaire) : n’importe quel élève peut intégrer le club de sport qui l’intéresse, peu importe son niveau. Il n’y a pas de limite d’effectif, pas de division, donc pas d’équipe 1 « en régionale » et d’équipe 2 « en départementale ». Tout le monde joue ensemble, et on s’organise meme si l’effectif est grand.

Tu penses que 32 est beaucoup ? Huh huh… Le respectable lycée Noshiro Kogyo (école de la grande star japonaise Yuta Tabuse), attire chaque saison beaucoup de basketteurs en herbe, et en 2008 l’effectif du club était de plus de 60 joueurs. Je ne déconne pas. Pour te faire une idée de ce qu’est un des meilleurs lycées de basket du Japon, tu peux aller consulter les vidéos accessibles de cette page: http://www.noshirofan.jp/?page_id=16 

Noshiro a l'entrainement

Tabuse et ses collants noirs

Petit deux, la saison est longue. Pénible ? Longue. Bon, soyons clairs : en fait, il n’y a pas de saison au sens où on l’entend en Europe. Les jeunes secondes intègrent le club dès le début de l’année scolaire (en avril), s’entraînent presque quotidiennement pendant les 12 mois qui suivent, et participent à des tournois à élimination directe, des « coupes ». Pour mon lycée, il n’y a pas de championnat de plusieurs mois qui déterminera un champion et un relégable en fin de saison, comme en France. Le calendrier annuel de mon équipe, c’est 4 tournois par saison. (Je ne parle pas pour le Japon, car le système, le nombre de tournois, ou la participation à des petites ligues peut varier d’un département à l’autre)

Les jeunes vivent une saison en hyper-extension, et peuvent s’entraîner plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant de jouer un match officiel.

Moi je me demande alors quel plaisir ils peuvent éprouver à venir s’entraîner autant et ne pas être lassés.

Mais au moins ils s’entraînent tous les jours. Ça c’est particulièrement bien quand on veut devenir pro… Chaque soir, après les cours, les jeunes ont entraînement de 16h15 à18h30 ou 19h. Le week-end aussi, si l’équipe ne joue pas de match amical ou si ce n’est pas la période des examens, il y a entraînement le matin de 9h00 a 12h00.

Parmi les 32 joueurs, il doit bien y en avoir qui rêvent de NBA ou qui ont un voeu caché de devenir professionnel. Et avec autant d’entraînements, je vais bien pouvoir en guider quelques-uns pour qu’ils aillent au bout d’eux-même, prennent conscience de leur talent, et qu’ils réalisent ce que moi-même je n’ai pas réalisé. Dans le principe, les conditions d’entraînement sont donc assez bonnes pour quelqu’un qui veut devenir pro. C’est un bon début.

Que demander de plus ! Ces jeunes Japonais seraient-ils donc privilégiés ?! Moi du haut de la colline du Crès, du vestiaire pourri du gymnase aussi moche de cette même colline de ce même village, je me suis toujours morfondu en regrettant qu’il n’y ait pas d’entraînement quotidien… puis je suis parti à Chicago, je me suis entraîne à fond quotidiennement pendant environ 6 mois. 8 ans après, je reviens au Japon, et je redécouvre que c’est une vraie chance que de pouvoir aller perfectionner ses moves tous les soirs.

Ça c’est une occasion que je ne veux pas rater… pour moi-même. Si eux ne peuvent pas aller au bout d’eux-mêmes, s’ils ne sont pas capables de prendre conscience de leur talent, moi je peux faire tout cela. L’entraînement intense et fréquent, la volonté d’aller au bout de soi-même, c’est quelque chose que je n’ai pas vécu depuis Chicago, et je ne peux pas nier que ca m’a profondément manqué.

Ma décision est donc prise en ce mois d’août 2005. Je vais reprendre l’entraînement quotidien avec des lycéens de 15 à 18 ans, même si moi j’ai déjà 26 ans. L’essentiel pour moi n’est plus vraiment de me confronter aux joueurs de mon âge et me convaincre que je suis plus fort qu’eux : ce qu’il me faut, c’est une remise en forme, une remise à niveau de mon jeu de jambes, de la stamina. C’est retrouver mes automatismes, et je sais que le jeu suivra. Puis j’intègrerai éventuellement une équipe amateur, et pourquoi pas ? qui sait ? peut-être qu’une nouvelle occasion de fulgurablement progresser se présentera à moi et j’aurai une nouvelle chance de m’approcher du monde pro. C’est un nouveau départ, plus serein et plus progressif.

Je ne peux pas clarifier mes objectifs sur le long terme, mais sur le court terme je sais ce que je veux. Je n’ai plus vraiment mon destin basketballistique entre mes mains ; que sera sera. J’ai quand même 26 ans… et à bientôt 26 ans LeBron James a déjà scoré plus de 15 000 points en NBA.

Mais je veux donner un dernier coup de boost. Encore une fois dans ma vie, je veux bien m’investir dans le basket, quotidiennement, essayer à nouveau d’aller au bout de moi-même, comme à Marian. C’est tellement chouette de faire un effort impossible, en chier, puis se dire qu’on l’a fait, et d’être fier. Dans les années qui ont suivi mon retour de Chicago, c’est probablement ce type de sensations qui m’ont le plus manqué. 

Mon investissement dans le club est conséquent, j’ai vraiment envie de contribuer au développement collectif et individuel de mes jeunes, ok. Mais je profite de ma participation quotidienne aux entraînements pour me refaire une santé et redévelopper mon jeu collectif et individuel, tu l’as compris.

Mes premiers entraînements, au milieu du mois d’août sont assez éprouvants et laborieux. Evidemment, ma condition physique n’est pas aussi bonne qu’au temps de Marian et mon footwork laisse à désirer par rapport à mes jeunes qui pèsent tous moins de 60 kg et qui sont habitués à courir comme des lapins. Je me rappelle le premier mois… chaque soir, je rentre chez moi avec les jambes lourdes… je m’arrête même de jouer pendant deux semaines à cause d’une inflammation du pied… comme un vieux sur le déclin.

Il m’arrive aussi de douter de mes capacités. Est-ce que je suis encore au niveau ? Je n’ai pas vraiment confiance en mon corps (ai-je définitivement perdu mes qualités physiques ?) et dans ma tête je ne suis plus tout à fait serein (suis-je vraiment plus fort que ces lycéens ?).

Quoi qu’il en soit, je me donne à fond. C’est tout ce que je peux faire. Mon crédo est court, et se résume à un seul mot, crié par tous mes joueurs avant le début de chaque entraînement : FIGHT !

Sur le plan technique, les aspects du jeu que j’ai le plus perdus me font grincer des dents. Vu que de 2002 a 2005 ma pratique du basket se limite à quelques jours de jeu, je ne dois pas m’attendre à faire des miracles, ça je le sais. Je me dis avoir conservé des automatismes (on ne perd pas son jeu comme ca !), mais c’est flagrant comme j’ai en fait beaucoup perdu dans ces aspects :

-       en dribble : je n’ai plus du tout le même contrôle de la balle, le même toucher. Je dribble sur mon pied en pénétration, je me fais piquer la balle en débordement, ma balle heurte mes genoux et mes chevilles lorsque j’essaie de crosser entre les jambes. Je n’ai pas touché beaucoup de ballons en 3 ans, et ça se voit. Le toucher s’est envolé, il faut tout retravailler.

-       en vision de jeu : c’est clair : je ne vois plus grand chose. Lorsque j’étais au top de mon jeu, je voyais. Je lisais la défense, j’anticipais les déplacements de mes adversaires et de mes coéquipiers, je slalomais entre les défenseurs à la Steve Nash, qu’ils bougent ou qu’ils soient immobiles. Quand je pénétrais, je me disais en avance « je vais faire une feinte à droite, ralentir, accélérer, crosser, puis finir en power lay-up », et si mon plan ne fonctionnait pas, je lisais la défense et pouvais changer de plan en pleine course. Quand je voulais me démarquer d’un défenseur collant, je regardais ses yeux et attendais qu’il détourne brièvement son regard pour faire un aiguillage ou partir en backdoor.

Là il n’en est rien. C’est comme si mon champ de vision s’était subitement rétréci. Je ne vois que ce qui est face à moi, je n’anticipe plus et ne parviens plus à trouver un plan B en cas de surprise.

Quant aux jeunes, ils se débrouillent pas trop mal. Les 8 meilleurs de l’équipe ne sont pas mauvais. Les autres sont très moyens, ou bien débutants, ou alors ils manquent terriblement d’expérience. Ils peuvent courir et finir une contre-attaque, peuvent coller un adversaire et ont une condition physique (de l’endurance surtout) qui n’a rien à envier aux jeunes du club d’athlétisme.

J’ai ce pivot d’1m87 qui a des gestes et qui est très docile. Il va progresser. Malgré un peu de lenteur, je vais faire de lui un Chris Kaman ou un David Lee. J’aimerais qu’il joue comme Luis Scola, mais tout le monde ne peut pas avoir un QI de basketteur aussi élevé que celui de l’Argentin.

J’ai des ailiers qui jouent vite et ont une bonne maitrîse des fondamentaux.

J’ai surtout cet arrière, Daiki (j’avais mentionné son nom dans un ancien post) qui montre des qualités techniques et athlétiques hors du commun des mortels japonais. Il ne mesure qu’1m79 mais il peut dunker, ce qui est toujours quelque chose de peu fréquent. Rappelle-toi les années 80-90, le dunk n’était pas banalisé comme maintenant et c’était encore quelque chose de peu accessible pour tous ceux qui font moins d’un mètre 80. Au Japon c’est encore comme ça. C’est comme le ollie flip en skate. Maintenant n’importe quel gamin qui commence le skate rentre des flips comme si c’était une figure de base, un incontournable… alors qu’au début des 90’s, le skateur qui rentrait un flip était déjà un rang au-dessus, il avait un statut qui forçait le respect. Les temps changent, et les standards changent aussi.

Moi je n’ai jamais dunké de toute ma carrière, mais quand j’étais jeune ce n’était pas trop grave. Si j’avais été jeune basketteur qui veut devenir pro maintenant, je crois que j’aurais eu un peu honte d’avoir ce but aussi élevé et de ne pas pouvoir « tirer en ricochet » (@ White Men Can’t Jump). J’aurais alors davantage travaillé ma détente.

Bref, il y a donc Daiki. Ce jeune-là a un vrai potentiel, je le sais. Si je parle de lui, parce que dans une certaine mesure il est comme un miroir déformé de moi-même, ou alors il a des qualités que j’ai voulu avoir à son âge. Il a 17 ans. Quand j’avais 17 ans, j’étais à Marian. Son point fort est le shoot ; sans éxagérer, et je pèse mes mots, ce jeune a le meilleur jump-shot que je n’ai jamais vu à cet âge-là, que ce soit en France, aux USA ou au Japon. Mon point fort était aussi le shoot. Il peut dunker, moi j’ai jamais pu. Quand lui a les qualités athlétiques qu’il faut pour éventuellement devenir pro (agileté, explosivité, endurance, musculature, etc.), moi j’avais l’oeil du tigre.

Tout ça pour dire que dans le groupe, il est le joueur qui retient mon attention. Qui a déjà coaché sait qu’il arrive d’avoir parmi ses joueurs un jeune qui rappelle au coach quel type de joueur il était. Ce joueur peut avoir les mêmes qualités que soi ou peut avoir les qualités qu’on a toujours rêvé d’avoir. C’est comme si on s’identifiait à ce jeune. C’est un peu ce qui m’arrive.

En plus, ce jeune est un gros dingue de basket. Il porte le numéro 34 car son joueur préféré est Ray Allen. Avec ses potes il ne parle que de NBA. On va voir ce qu’on peut faire de lui.

Le bukatsu est en place, donc. On a l’effectif qu’on a. Moi je joue avec les jeunes, retrouve du jus et du jeu, et donne des conseils à ceux qui en ont besoin. Les jeunes s’entraînent durement. Ils sont dévoués corps et âmes au club de leur école, au point d’en arriver parfois à un sentiment de ras-le-bol général où les gamins ne réussissent plus rien, s’écroulent à la fin des entraînements et s’effondrent en salle de classe comme dans le train. Toppa est très exigeant avec eux… trop même. Comme dans tout système de bukatsu, l’essentiel n’est pas tant de progresser et de devenir de meilleurs joueurs, mais plutôt d’apprendre à en baver tous ensemble pour se relever tous ensemble.

Quand ils finiront le lycée, ils se diront que « c’était dur », mais que finalement « on s’est bien battus ensemble et on a donné tout ce qu’on avait ».

Moi je fais comme eux. Je suis pris dans le jeu. Même si je me sens parfois frustré de ne pas avoir plus l’opportunité de prendre des décisions pour choisir les drills et les set-plays de l’équipe, je me sens à nouveau fier d’en chier mais de tout faire pour me relever.

Comme à Marian.

Categories: Nouveaux posts Tags:

Contraste et choc frontal

03/03/2010 Dean27 7 commentaires

Bonjour Mesdames et Messieurs, votre vol ANA 34-27 a destination de Tokyo-Narita est maintenant pret pour l’embarquement. Veuillez vous munir de votre carte d’acces a bord, de votre passeport ainsi que d’une putain de hargne pour affronter ce qui va vous arriver la-bas. Au nom de toute la compagnie et de toute la France, et en esperant vous revoir -meme si nous savons que vous ne reviendrez pas- nous vous souhaitons un agreable voyage, une belle fin de carriere, et un bon courage.

Voila qu’en l’espace d’une semaine, je traverserai les contrees d’Europe, survolerai la Siberie et la mer du Japon pour finalement atterrir dans un etablissement du secondaire de la banlieue tokyoite, de la tres lointaine banlieue meme… bon, n’ayons pas peur des mots : dans la trouduculdumondaine banlieue. Apres Montpellier-sur-plage, Offenburg-en-Allemagne, Orleans dans l’Orleanais, Roissy en France, Tokyo dans le chaos, je serai de retour pres de la capitale nippone, dans le territoire qui peu a peu est en train de devenir mon pays.

En foulant la terre promise et lors des premieres semaines de ce nouveau sejour (qui s’averera long) je comprends cet aspect fondamental de ma vie, que je sois basketteur ou tout autre chose : plus que jamais, meme si cela m’etait deja assez clair, il m’est de plus en plus difficile de definir ce qu’est mon « home ». J’ai deja du mal a savoir d’ou je viens, quelles sont mes racines, et voila qu’il me devient dur de percevoir les contours de mon « pays ».  

Ma terre natale est Montpellier, c’est vrai. J’y suis ne, y ai grandi et suivi ma scolarite. Autant dire que je me suis forcement impregne de tout ce qui a jalonne cette longue periode de ma vie pendant laquelle j’ai fait tate ma premiere balle orange (qui etait jaune d’ailleurs… un ballon mou de baby-basket) et rentre mes premiers shoots. C’etait sur les terrains du stade de la commune estivale de Villeneuve Les Maguelone… les paniers de 3m05 me semblaient trop hauts et les ballons taille 7 trop lourds. Pourtant j’aimais dribbler entre les jambes en relevant la jambe et shooter de toutes mes forces en armant mon shoot bien en bas. Et quand je courais vite et que je mettais un tir en course (j’apprendrai quelques mois plus tard que ce geste s’appelle un double pas, et quelques annees apres qu’on dit aussi un lay-up), ca c’etait chouette. Mon geste favori, mon point fort. Mon amour du jeu est apparu du neant et s’est faconne peu a peu en France.

Mais tu as bien compris depuis que tu as commence a suivre ce blog que le rapport que j’ai entretenu avec ma region du Sud n’etait pas des plus affectueux. A vrai dire, et tu as du t’en douter, je ne me suis jamais completement senti a ma place la ou j’etais, meme si l’Herault est le departement de France que je prefere. Ma tete etait bel et bien tournee vers l’ailleurs alors que mes pieds s’engluaient dans l’Herault. Et puis tant de vacances passees en Allemagne chez mon pere (toutes les vacances de mon enfance), un attachement viceral avec les Etats-Unis grace aux camps et a mon annee determinante a Chicago, et un bon en avant qui me fait faire mon trou au Japon ; tout cela fait que je me suis peu a peu detache de cette terre natale. Les racines, deja faibles et courtes, se sont encore plus fragilisees.

Le resultat est simple : quand on me demande d’ou je viens, j’ai du mal a repondre.

Bref, j’arrive donc au Japon pour enseigner quelque chose qui me lie tout de meme beaucoup a mon pays : ma langue. C’est pour donner des lecons de francais qu’on me donne la possibilite de revenir vivre ici. Le motif n’est plus directement en rapport avec le basket, comme c’etait le cas avec mon depart pour l’Illinois. C’est dommage, mais c’est comme ca. Si j’avais ete pro et suffisamment fort, je serais revenu grace a un contrat avec une equipe de JBL, mais tout cela est bien loin. Maintenant j’ai 26 ans, je dois gagner mon pain a la sueur de mon front, et pas aux courbatures dans les mollets.

C’est un constat qu’avec les forces des choses j’ai bien ete oblige d’admettre, mais cela m’a toujours fait mal au cul. Quand j’avais 17 ans et que je ne vivais que pour et par le basket, il n’y avait pas d’autre priorite que celle-ci. Et si le basket etait prioritaire, c’est parce que j’y croyais, d’une part, parce que rien d’autre n’entrait dans ma ligne de mire, d’autre part, et parce que je m’en foutais du reste, surtout. Puis as time goes by et que le basket a ete submerge de questionnements et de doutes, et il m’ a fallu penser a autre chose pour « securiser mon avenir », comme on dit. Par consequent, j’ai entamme et reussi des etudes superieures, prepare scrupuleusement mon CV pour « mettre en avant mes competences » et affirmer mon « objectif professionnel », et redige a la main des lettres pour montrer mon style haut en couleurs et pour temoigner a mon eventuel employeur de toute ma « motivation » pour travailler avec lui. Bien sur, en bon chercheur d’emploi, j’ai fini toutes ces lettres par la meme formule que tu connais : Dans l’attente de votre reponse, veuillez agreer, etc. etc. Sans aucun remord ni aucune amertume, je suis tombe dans le panneau.

Heureusement pour moi, j’ai trouve un gagne-pain loin d’etre indigeste. En enseignant le francais, je peux mettre a profit ma petite experience et mon savoir acquis grace a de venerables etudes superieures. Je peux travailler avec des jeunes, et ca c’est quelque chose que j’ai toujours aime. Surtout, je suis dans un lycee, ce qui signifie que je vais pouvoir coacher a nouveau des jeunes de la tranche d’age que je prefere : les 15-18 ans, des cadets du nouveau monde.

Rappelle-toi mon experience en France : pris soudainement par la fievre du coaching, je m’etais occupe de quelques groupes de jeunes et avais senti une grande satisfaction a voir les resultats de mon investissement et de mes efforts pour eux. Seulement l’experience s’est malheureusement terminee en queue de poisson et je n’ai pas pu aller au bout de ce que j’avais commence. J’etais dans un club de village qui survivait difficilement au milieu de l’eminent club de foot et de l’omnipotent comite des fetes, qui prenaient a eux deux la grosse part des subventions offertes par le village, alors tu comprends bien la galere.  

Mais la j’arrive au Japon, je travaille dans un lycee, baby. Tu as lu Slam Dunk, tu as regarde Olive et Tom, n’est-ce pas ? Bon. Tu sais comment cela fonctionne alors, et tu connais toute la ferveur qui peut exister dans le sport des jeunes, surtout pour le baseball et le foot. Pour le basket, je vais t’en parler.

La ou je suis, comme partout, il y a un club de basket. Qui a un gymnase avec du parquet. Qui a une salle de musculation. Qui s’entraine tous les jours. Tous les jours ! Qui a deux etudiantes que l’on appelle des managers qui offrent leurs services pour plier les survetements des joueurs, s’occuper des premiers soins, encourager les joueurs et s’occuper de tout le materiel.

Etc. Je vais te decrire la situation petit a petit. Mon blog n’est pas informatif, mais il faut quand meme que tu te rendes compte que je debarque la dans un contexte apparemment ideal pour un joueur-coach motive comme moi. Bien que je n’ai presque pas taquine le Spalding pendant 3 annees a Tokyo et une annee a Compiegne, le coaching est toujours une activite en suspens qu’il me fallait reprendre tot ou tard. Alors quand le coach responsable de l’equipe de garcons a su que j’avais une longue experience de joueur et d’entraineur et m’a demande de venir l’aider a s’occuper de son equipe, j’ai tout de suite repondu par l’affirmative. Une chance comme celle-ci ne se rate pas.

Au Japon, comme aux USA, education et sport coexistent dans n’importe quel etablissement. Au niveau minime et cadet, voire au niveau senior, on porte les couleurs de son ecole, et pas les couleurs du club de son quartier ou de sa ville. Dans les lycees, il n’y a pas de probleme de subvention, puisque le montant accorde a chaque club fait partie du budget de l’ecole, attribue par le « rectorat » du departement, donc par extension par le Ministere de l’Education japonais. Pour etre plus clair, on ne manque pas de moyens et on a donc tout ce qu’il faut, sinon plus. Un jeu d’une trentaine de ballons cuir, des panneaux d’affichage a 1000 euros, des plaquettes autocollantes pour oter la poussiere de la semelle des chaussures, et j’en passe. Les joueurs ont chacun un jeu maillot/short d’entrainement reversible aux couleurs de l’ecole ainsi qu’un survetement personnalise (le prenom du joueur est brode sur la manche gauche) avec une grosse broderie sur le dos ou, sous le nom de l’ecole, est marque : 籠球部 [club de basket]. Le tout signe swoosh. S’il vous plait.

Je tombe des nues devant toute cette abondance. C’est vrai que la disponibilite de tout cet equipement me fait dire que c’est de bonne augure pour la suite des evenements, et qu’a partir de la, au contraire, je crois qu’on peut envisager quelque chose de bien, meme s’il ne faut pas s’enflammer, mais surtout, si je tombe la bouche comme on dit pres de Montpellier, c’est que je me retrouve face au contexte favorable au developpement de tout basketteur, face a ce a quoi j’avais eu la chance d’avoir acces dans mon lycee de Chicago mais que j’avais betement laisse.

Quand j’etais moi-meme cadet, je m’entrainais avec des ballons en caoutchouc, parce que les cuirs etaient reserves aux matchs ; le sol de salle d’entrainement etait soit un revetement plastique uniquement jouable quand il etait propre, soit un sol en beton recouvert d’une couche de peinture vieille d’une vingtaine d’annees, alors quand on allait jouer dans une salle qui avait du parquet, c’etait l’aubaine, et on n’en revenait pas comme c’etait confortable et cool de jouer sur le meme sol que les pros ; les 30, puis 24 secondes etaient comptees par l’arbitre, et celui-ci nous annoncait « dix ! » quand il ne restait que 10 secondes avant de shooter, puis sifflait quand le shot clock etait a bout ; nous avions des maillots batards de marque inconnue, avec des flocages dignes de l’AS St Etienne de 1974, et bien sur aucun survetement : et moi, tout ce dont je revais, c’etait de me lever du banc en degrafant les boutons pression de mon pantalon d’un geste vif et d’etre all-business.

Mon premier contact avec cet equipe est un choc frontal. L’equipe est riche : il ne manque pas de materiel, et encore moins de joueurs… a mon arrivee, le squad (qui n’est pourtant compose que de 1e et de 2ndes) comprend…

…32 joueurs.

Toppa (c’est le nom que je donne au prof de sport/entraineur de l’equipe) m’invite quelques jours apres mon arrivee au Japon a aller l’aider a coacher un match amical qui a lieu a domicile contre un lycee d’un autre departement. Dans la chaleur etouffante et collante de notre gymnase, je transpire. Dehors, il fait une chaleur tropicale, et dedans, aussi, il fait une chaleur tropicale. Pas de ventilation, pas d’air, et 35 bons gros degres. On supporte. La chaleur est la meme pour tout le monde, qui en chie, alors aucune raison de se plaindre. Il n’y a pas de ventilateur dans le gymnase ? Et alors ? C’est partout comme ca ! On n’est pas au centre de remise en forme.

Toppa me demande de l’assister, puis s’en va comme ca, en me confiant toute l’equipe pour un quart-temps du match, ou pour un « semi-match » (2×10 minutes), je sais plus. Et je sais encore moins gerer cette equipe qui me semble trop grande. Je ne connais aucun joueur, leurs points forts, leurs strategies, rien. Je rentre de plein fouet dans le basket academique et serieux, dans le monde du « bukatsu ».

 

Je n’envisage pas encore d’integrer un club en tant que joueur : la tache qui m’attend avec ce groupe de jeunes n’est pas des plus aisees. Je vais faire de mon mieux dans ce contexte basketballistique radicalement nouveau que je presenterai plus en details dans mon prochain post.

Categories: Nouveaux posts Tags:

Yayoi – precisions

23/02/2010 Dean27 6 commentaires

Derniere ligne droite ne signifie pas « fin », rassure-toi… Tant d’evenements et de circonstances qu’il me reste a raconter. La ligne droite est devant moi, ce qui signifie uniquement que je commence a entrevoir la fin de cette aventure que j’aime toujours partager avec toi. Mais la ligne droite est encore assez longue.

Les commentaires que tu laisses, comme je l’ai deja souvent ecrit, m’aident a continuer a ecrire. Merci. Sans toi, tant d’abandons auraient fait de ce blog un miserable souvenir.

 

Yayoi, pour donner plus de precisions, c’etait un club de balaises ou tout le monde jouait pour gagner. Les plus jeunes etaient ambitieux et les plus ages jouaient pour preserver la reputation du club. Pas de basketteurs du dimanche, et encore moins de joueurs de seconde classe. Je n’y suis reste que 3 mois, mais cette evidence m’est apparue des le premier jour d’entrainement.

Localement et a travers les annees, Yayoi s’est fait un nom, une reputation. Si j’ai atterri dans ce club, c’est parce que j’ai dit a la personne responsable du basket de mon arrondissement que je cherchais une equipe competitive, alors on m’a mis sur la voie Yayoi. Certains jours, nous nous entrainions dans le gymnase d’un college du quartier ou j’habitais, et certains collegiens venaient nous voir nous entrainer, voire participer aux drills ou aux matchs. On sentait bien qu’ils voulaient apprendre de leurs aines, et ceux-ci n’hesitaient pas a leur donner des conseils ou les remontrer de temps en temps. Je me rappelle ce jeudi soir ou, apres l’entrainement, Nabe (le capitaine de l’equipe) avait pris un jeune pivot tout maigre et encore pas tres a l’aise dans son corps au bord du terrain pour le faire travailler des gestes basiques de pivot. Un peu de mikan, quelques sauts a repetition la balle haut au-dessus de la tete a essayer de toucher le panneau, et le jeune ne rechignait pas. Quand il n’arrivait pas a faire ce qui lui etait demande, il se faisait engueuler sechement et bien, mais c’est tout ce qu’il demandait, le mioche.

Je me mets a sa place, et comprends bien l’admiration et les attentes de ce gamin. Il sait qu’un club de haut niveau vient s’entrainer dans son gymnase et que les gars ne temoignent d’aucune mauvaise volonte lorsqu’il s’agit d’aider un jeune bleu comme lui, alors il en profite, et il a bien raison. Eux l’aident, ils savent qu’ils ont raison aussi. Pas la peine d’etre Ettore Messina pour savoir que donner des bases solides aux jeunes joueurs et les mettre tres tot sur le droit chemin de la maitrise des fondamentaux est une des clefs de la reussite. Peut-etre qu’ils pensent deja a la releve et qu’ils guident les joueurs, meme tres jeunes, pour qu’ils deviennent les stars locales de demain, pas bete. De mon cote, je crois que ce qui a accelere mon developpement et qui a ancre les fondamentaux dans mon jeu, c’est la participation aux camps de Pacific Lutheran University. J’ai pratiquement tout appris la-bas, en un total de 10 jours de camp sur 2 annees. J’avais des coachs qui croyaient fermement en leurs principes, et qui etaient tres stricts lorsqu’il s’agissait de les appliquer sur le champ. C’est comme ca que j’ai appris, et c’est sur ces bases que j’ai fais des progres. J’ai ete pris en charge par les bonnes personnes a un moment crucial de mon apprentissage, le timing etait parfait : a 14 ans, je cherchais encore ma position de shoot, quand un coach de PLU m’a affirme 27 fois par jour qu’il fallait aligner son coude, finir la main dans le panier, garder ses yeux rives sur la balle pour le « muscle-memory reflex », etc. et bing ! Ca s’est ancre en moi comme jamais. J’ai peu a peu trouve mon shoot en gardant en tete les principes que j’avais appris aux Steïtsses.

Le gamin de 14 ans qui devait attendre beaucoup de Nabe, s’il a suivi les conseils du cap’s, a du bien progresser, j’en suis sur. Eventuellement il doit faire partie de Yayoi maintenant. Ce ne serait pas une surprise…

Nabe, lui, a du prendre sa retraite sportive, a moins qu’il ne joue encore que pour le plaisir. C’etait un trentenaire d’un petit metre 70 qui n’avait peur de personne et qui avait un sacree experience de basket derriere lui. Il jouait un peu comme Andre Miller… c’est-a-dire qu’il jouait tREs bien, car Dieu sait a quel point j’aime Andre Miller. Il jouait sans complexe, penetrait, shootait, dictait le rythme du jeu et avait un controle total de la balle. Sa place de capitaine/meneur titulaire etait incontestable, et sa confiance, inebranlable, comme la mienne en 1996. Je ne l’encense pas, loin de la… Nabe. 

Pourtant, le jour du match ou j’ai scotche le pivot americain en l’air (et que tout le banc s’est leve en gueulant les bras ecartes, entre parentheses…), il s’est passe un truc avec Nabe qui ne s’est jamais efface de ma memoire et qui etait pour moi tres significatif a l’epoque. Apres une remise en jeu adverse, alors que nous defendions en zone press, il s’est soudainement retrouve nez a nez avec le pivot qui venait de recevoir la balle au milieu du terrain. L’Americain faisait une vingtaine de centimetres de plus que Nabe qui paraissait encore plus petit tellement il flechissait ses jambes pour defendre, et en passant la balle au dessus de notre capitaine, il a tape la balle sur la tete de Nabe avec ses deux mains en esquissant un sourire exagerement moqueur et hautain. Nabe n’a rien dit mais son visage a bien laisse exprimer une espèce de dépit ou de lassitude de ce genre d’attitude pretentieuse. Ce geste plein de morgue est reste grave dans ma memoire parce qu’a l’epoque je voyais les choses un peu trop largement, comme un rapport de force dominant/domine entre un Americain et un Japonais. Nabe etait petit, avait un jeu sobre, technique et tres travaille, alors que le gars (qui ressemblait beaucoup a Tim Kempton du CSP de 1994-95 d’ailleurs), etait grand, mastoc, dunkait, et jouait comme un gros bourrin. Deux styles differents, mais moi j’imaginais que le grand devait etre persuade qu’il etait plus balaise que tout le monde et que c’est surement pas un gars comme Nabe qui pourrait lui causer des ennuis. J’ai extrapole l’evenement et me suis dit alors que si les Americains etaient si forts en basket, c’est notamment parce qu’ils sont persuades qu’ils sont meilleurs que tout le monde. Je ne sais pas ce que tu en penses, j’aimerais bien avoir ton avis sur le sujet, ca m’interesse.

Maintenant j’aurais tendance a nuancer un peu (beaucoup) mon interpretation, mais a ce moment de ma carriere ou je ne connais pas encore grand chose au basket nippon, c’est a cela que je pensais.

 

Sinon, Yayoi etait compose d’autres gars techniquement ou physiquement forts, ou les deux. Il y avait cet arriere shooteur qui etait pompier et qui courait plus vite que tout le monde, alors qu’il etait aussi grand que moi (1m79). A ce moment, je n’avais pas vu beaucoup de joueurs etre capables de sprinter aussi vite que lui pour finir en finger-roll avec un touche aussi bon.

Il y avait aussi un grand interieur qui ressemblait a Dino Radja et qui possedait des fondamentaux collectifs tres avances. Quand il se mettait en poste haut, il avait toujours le timing parfait pour surprendre les defenseurs avec ses flare screens, le batard. Je me suis fait avoir plus d’une fois…

Et puis je me rappelle ce grand d’un bon metre 95, mais celui-la je ne le voyais qu’aux matchs, il ne venait jamais aux entrainements. RAS.

Enfin, il y avait cet ailier tres polyvalent qui etait dans le collimateur de scouts de la Japan Basketball League. Le gars etait tres athletique et savait tout faire, c’est vrai, mais je ne sais pas tres bien en quoi il excellait. Un vrai all-rounder nippon avec une condition physique au top, capable de shooter a 3 points, de courir tres vite pour jouer en transition et de jouer la zone press tout-terrain pendant 40 minutes. J’y reviendrai. A son sujet, je me rappelle tout juste une fois, quand j’avais essaye de le contenir au box-out, il m’avait esquive et pris la balle au-dessus de la tete.

 

Tant de joueurs, tant de profils differents a decrire… c’est dommage que je n’aie pas lu le manga Slam Dunk. Tortuegeniale m’en a deja parle, et c’est vrai que si je connaissais les personnages de cette BD, je pourrais faire les rapprochements et te dire qui ressemble a qui. Comme ca:

fceeeab9

Je n’aime pas les manga, mais peut-etre qu’un jour je m’y mettrai.

Et puis c’est clair qu’en presque 20 ans de carriere de basketteur, avec tous les coequipiers, adversaires et coachs que j’ai croises sur mon chemin, j’aurais pu me creer une panoplie de personnages tous aussi uniques et complexes a la fois. Si j’avais eu le coup de crayon de Takehiko Inoue, j’aurais fait de mon histoire un manga. Et si j’avais eu l’oeil de Jil Deska, j’en aurais fait un film, tiens.

 

Compiegne… j’aurais du developper un peu plus ce court passage dans l’Oise, mais je ne voulais pas trainer. Et puis ce n’etait qu’un passage. 3 entrainements avec un club dont je ne me souviens meme plus le nom. Le gymnase etait assez grand et neuf, c’etait celui qui se trouvait en direction de Venette, je crois… dans un quartier residentiel. Aucune idee du nom du club, si tu peux me guider ce serait avec plaisir. Le club evoluait en excellence region… en honneur region ? Bref, mon passage etait trop court pour que je me souvienne de tout.

J’ai voulu recommencer doucement a tater la balle orange au debut du printemps 2005, quand j’ai appris que je pouvais retourner au Japon. Alors aller m’entrainer avec le club compiegnois n’etait plus dans mes priorites, car il me fallait organiser mon retour pressant sur l’Archipel.

Mais je me souviens de quelques trucs. Je me souviens de mes courbatures le lendemain du premier entrainement, au dos et aux ischio-jambiers. Meme si je faisais regulierement et serieusement du VTT dans la belle foret de Compiegne, je ne sollicitais evidemment pas les muscles du basket, ca, mon corps l’a bien senti.

Je me souviens aussi de mon attitude lors du premier entrainement (qui n’etait qu’une seance de 2h de 3×3): comme j’etais sur de ne pas pouvoir planter de shoots et de ne faire que des briques, j’ai decide d’utiliser mon endurance (acquise grace au VTT) pour defendre comme un mort de faim. J’etais assez content de moi. Et puis finalement j’ai quand meme reussi a planter des shoots, a ma tres grande surprise.

Je me souviens aussi avoir mis une grosse bequille a mon adversaire direct qui ne semblait pas tres content du geste involontaire de ma part… malgre mes excuses.

 Je me souviens aussi m’etre dit, apres avoir pris la decision de ne pas revenir m’entrainer avec ce club, que je n’avais pas perdu tant que ca, et qu’a mon retour au Japon, je verrai si je pourrai pas continuer. Pour me retrouver sur la derniere ligne droite, certes semee d’embuches, mais ce sera la derniere ligne droite.

Categories: Nouveaux posts Tags:

Yayoi

22/02/2010 Dean27 10 commentaires

Alors pourquoi venir au Japon ? J’aurais pu rester en France, atterir au Bresil, aux Etats-Unis, en Israel ou en Chine, mais j’ai opte pour l’archipel nippon. Pas de France. Tu sais pourquoi. Pas la peine d’en dire davantage. Pas de Bresil. Ma mere et ma soeur (surtout ma mere) etaient dans mes annees adolescentes tres portees sur le pays de Gilberto Gil, de Seu Jorge et de Gal Costa… pendant quelques annees je n’ai entendu que de bossa nova a la maison. Elles se sont rendues toutes les deux dans ce pays pendant les annees 90, mais pas moi. J’aurais donc pu etre tres influence, mais je ne l’ai ete que tres peu, en tout cas je ne l’ai pas ete assez au point de vouloir aller y vivre, meme si j’ai maintenant quelquefois envie d’aller visiter certains endroits. Et meme si j’ecoute moi-meme pas mal de bossa nova. Apres un gros stress lie au basket, apres un match, quoi de mieux que la voix de Chico Buarque pour se relaxer ?

Pas d’Etats-Unis non plus. Tu sais que j’avais la possibilite d’y rester en 1997 (mon coach americain me l’a demande plusieurs fois) ou d’y retourner, mais je n’y suis pas retourne. Pourtant, j’ai ete profondement marque par mon experience de vie aux Etats-Unis, je pense que tu l’as bien compris. Une partie de moi-meme, meme maintenant, reste un petit peu americaine. Je me suis tellement impregne de ce mode de vie et de cette culture qu’une partie de mon identite reste encore yankee.

Pas d’Israel. Quand j’avais 12 ans, je suis parti dans ce pays pendant une petite semaine avec mon pere et ma soeur. J’ai visite Jerusalem et Tel Aviv, j’ai flotte sur la Mer Morte et j’ai passe du temps, joue aux jeux videos et au basket dehors avec un gamin du kibboutz en ne connaissant que 2 mots d’hebreux (« tov » : bien, « lo » : non, et « Maccabi » : temple du basket). J’ai adore ce pays, l’hospitalite des gens et la vie dans le kibboutz. J’aurais pu y aller, donc. Mais les conflits que l’on connait et l’insecurite de ce pays m’ont rapidement refroidi. Quelques annees apres mon voyage, j’ai appris aux infos qu’une bombe avait explose dans un centre commercial de Tel Aviv ou j’avais passe une apres-midi. Donc pas d’Israel.

Et pas de Chine, parce que c’est un pays d’Asie qui ne me dit rien du tout. Je n’y suis pas alle, ne connais rien de la terre de Yao et du milieu, alors si j’en parlais je raconterais n’importe quoi. Donc je n’en parle pas et j’y vais encore moins.

 

Alors le Japon. Qu’est-ce qui a bien pu me guider vers ce pays lointain et isole ? Je vais commencer par le debut. Tout a commence par Recre A2 et le Club Dorothee apres l’ecole et le mercredi. C’est aussi simple que cela. Puis tour a tour, j’ai ete grand fan d’X-OR qui flippait devant certaines scenes qui penchaient vers l’etrange quand elles ne tombaient pas dans le ridicule, fan de ninjas et de Bruce Lee (meme s’il n’etait pas japonais, m’a rapproche de l’Asie), lecteur de manga en version originale qui ne comprenait rien aux histoires mais qui s’en foutait parce que les dessins etaient canons, decouvreur de coolitude japonaise en feuilletant un magazine de mode qu’une etudiante Japonaise de Marian m’avait gentiment prete, et spectateur de cinema radicalement nouveau pour moi en voyant Kids Return, Hana-Bi ou Postman Blues.

cd_xor

 Je pense donc avoir un long lien avec ce pays, comme beaucoup d’enfants des annees 70/80. Puis en 2000 j’ai fait une rencontre determinante que tu comprends, j’ai fait un voyage de 5 semaines a Tokyo et j’ai ete seduit. J’ai compris que je pouvais vivre dans ce pays et que je ne serais pas handicappe par l’exotisme et la distance. Et puis comme je l’ai deja ecrit dans un post precedent, je sentais qu’il etait temps de recommencer ma vie, alors je me suis dit qu’il valait mieux la recommencer ailleurs. C’est a peu pres pour tout ca que je me suis retrouve au Japon et pas ailleurs. Ai-je repondu a ta question ? D’ailleurs, l’ailleurs a toujours fait partie de ma vie, qui n’a rien d’une vie de sedentaire. L’exil comme plan d’avenir® a constamment ete present au fond de moi.

 

Revenons au basket et a la suite de mon histoire avec Lupin qui se termine. Tu sais qu’apres quelques mois je quitte le club pour des raisons competitives. Je veux jouer a un meilleur niveau, m’entrainer plus et voir s’il me reste encore des chances de me surpasser, de ne plus etre le joueur qui regarde toujours en arriere et qui regrette de ne plus pouvoir atteindre le niveau qu’il avait avant. Peut-etre pas pro, mais au moins pouvoir me surpasser, ca, ca serait bien.

Lupin avait dans ses rangs des joueurs adultes de niveau tres moyen, qui avaient tous tate de la balle orange au college, au lycee ou a l’universite. Il arrivait aussi souvent que des gars d’autres clubs, jeunes ou moins jeunes, viennent participer aux entrainements ; vu que la 1e partie du practice etait des drills simples et pas tres exigeants sur le plan physique, et que la 2e partie etait une bonne heure de matchs, ce format seduisant attirait bon nombre de ballers du quartier. C’est quelque chose que j’ai souvent remarque dans les clubs amateurs que j’ai connus ici : les creneaux horaires pour le basket sont tellement precieux que l’entrainement d’un club particulier signifie aussi inviter d’autres joueurs a venir participer au jeu. Plus on est de fous, et plus on rit, comme on dit.

A Lupin, un joueur costaud et visiblement plus fort que les autres venait faire son show tous les jeudis soir. C’etait un vingtagenaire au corps grand et muscle correctement mis en valeur par des vetements qui affichaient sa presence a divers camps ou il avait domine. Il n’en portait pas, mais si la mode avait ete celle des collants noirs a la Dwyane Wade, il en aurait mis. Le gars avait visiblement tate la division 2 de la JBL, et « savait dunker ». Moi j’aimais bien defendre sur lui. Il etait bien plus lourd que moi et savait utiliser sa puissance pour faire gicler tout ce qui entrait dans sa ligne de mire. Il ne me faisait pas peur, et lui n’avait pas peur de moi non plus. Un jour que je voulais defendre sur lui en individuelle, comme a l’accoutumee d’ailleurs, Hiroshi, le coach avise de mon club, m’a sagement averti en me disant : « Mais il sait dunker !… ».

Je ne sais pas trop ce que ce joueur est devenu. Ni comment il s’appelait.

Alors que je quitte le club lupinique, je continue a chercher chaque saison dans le guide officiel de la JBL si le gars ne fait pas partie d’un roster de division 1 ou 2, mais il n’en est rien. Par contre, je decouvre des infos assez interessantes pour un fan de basket de high school et de NCAA comme moi. Ce que je decouvre dans le guide de 2002-2003, c’est qu’Antonio Lang, Charles O’Bannon et Tom Kleinschmidt jouent en division 1 japonaise. Dans leur equipe respective, ils sont l’etranger parmi les deux etrangers autorises par equipe en championnat semi-pro. Il faut que tu saches ceci : dans la ligue JBL, qui est une ligue faite d’equipes d’entreprises comme Toshiba, Toyota ou Mitsubishi, si je ne me trompe pas, les joueurs sont des salaries de ces compagnies. Ils doivent avoir un contrat particulier, mais ils sont engages par ces grosses boites pour les representer sur un terrain de basket. Je ne suis pas assez informe sur le statut des joueurs, mais ce que je sais, c’est que chaque club n’a droit qu’a 2 etrangers. Pas plus. La plupart du temps, ces etrangers sont des interieurs americains.

Dans la ligue feminine WJBL, il n’y a aucune joueuse etrangere. Non pas parce que personne ne veut jouer au Japon, mais parce qu’une regle de cette ligue n’autorise pas les clubs a faire jouer des americaines etrangeres dans leur championnat. Drole de regle qui peut difficilement voir le jour en Europe, n’est-ce pas ? Incroyable mais vrai. Bref, je reviens a mes joueurs. Antonio Lang, Charles O’Bannon et Tom Kleinschmidt, isn’t it ? Ces noms ne te sont pas inconnus j’espere. Antonio Lang etait une des stars de Duke au debut des annees 90 avec Grant Hill, Cherokee Parks et Bobby Hurley. Charles O’Bannon est devenu champion NCAA avec UCLA en 1995 avec Tyus Edney, George Zidek, son frere Ed O’Bannon et un certain Toby Bailey qui n’a plus rien fait apres ses dunks qui m’avaient fait penser qu’il deviendrait une star.

Et Tom Kleinschmidt… avant de devenir star a l’universite DePaul, TK etait high-school All-American lorsqu’il jouait pour Gordon Tech, un lycee de l’Illinois. Il n’a rien fait en NBA, mais s’il est pour moi tres connu, c’est parce que c’est lui qui bat William Gates de Hoop Dreams dans sa saison sophomore et junior. On ne le voit pas trop dans le film (seulement quelques moves lors du match contre Gordon Tech ou Gates foire deux lancers-francs decisifs ou au Nike All-American camp ou Spike Lee fait son speech : You’re black, you’re young males..), mais dans le livre, TK est presente comme le bourreau de William Gates et de son equipe St Joseph. Bref, tout ca pour dire qu’il fait partie de mon imaginaire Hoop Dreams presqu’au meme titre que les deux personnages principaux du documentaire.

TK

Le plus incroyable dans mon histoire, c’est qu’un jour de match des Toshiba Brave Thunders (le club de Kleinschmidt), j’arrive tres en avance sur les lieux et apercoit l’ancienne gloire toute-americaine au loin dans les tribunes. Il est avec son squad, tranquille, personne ne fait attention a lui, ou du moins personne ne vient lui demander des autographes ou quoi que ce soit.

Je me decide a aller lui parler.

« Vous etes Tom Kleinschmidt, n’est-ce pas ? que je lui demande. – Yeah. On se serre la main.

- Je vous connais parce que je vous ai vu dans Hoop Dreams battre William Gates ! Je ne sais pas trop quoi lui dire, tu comprends bien. Qu’est-ce qu’il faut dire quand on rencontre une star ?

- Yeaaah, William Gates ! me repond-il avec un grand sourire. C’est drole, c’est comme si je lui ravivais un souvenir bien lointain, alors que pour moi Gates et Kleinschmidt font tellement partie du meme monde. Je lui demande s’il a deja joue en NBA. Il me repond qu’il a ete drafte par les Sonics et qu’il a fait quelques essais avec eux, mais qu’il a ete coupe avant le debut de la saison. Sans trop comment continuer la conversation qui, je le sais, ne me menera a rien, je lui dis que quelques annees plus tot je jouais pour Marian Catholic High School. Lui qui est de Chicago doit forcement connaitre cette ecole du South Side.

- Oh yeah, Marian Catholic ! My brother plays for St. Patrick ! Whaaaat ! St. Patrick… le monde est petit. St. Patrick est un lycee plutot blanc de la banlieue de Chicago, plus precisement du quartier polonais de la ville. J’y avais joue en 1997 le dernier match de la saison reguliere, et je m’y etais fait torcher de 40 bons points. Le monde est vraiment petit. Puis, gentiment, il me donne son adresse e-mail ; je lui ecrirai ; lui ne me repondra pas, bien evidemment. Mais avoir pu discuter 3 minutes avec un actant du film qui a bouleverse ma petite tete de hoop dreamer reste quand meme un evenement marquant de ce debut de vie au Japon apres avoir traverse les couloirs, foule le parquet de St Joseph et serre la main du mentor d’Isiah Thomas, le coach Gene Pingatore un soir de fevrier 1997. Dans ce sens, le hasard m’a bien oriente.

A ce jour, il ne me reste qu’a rencontrer William Gates et Arthur Agee, et ce sera parfait.

 

Apres Lupin, c’est-a-dire en 2002, je fais -encore- l’acquisition de nouvelles shoes. Desole de m’attarder sur les shoes, mais c’est un fetiche tellement symbolique dans ma carriere que ne pas en parler serait manquer de fidelite a un element fondamental du contexte de ce blog. Donc malgre l’amour que j’ai toujours pour mes Jumpman Pro 2, il est temps de s’en separer, de passer a autre chose… Les Adidas ProModel 2G sont mes nouveaux weapons. Elles sont solides comme aucune autre paire de chaussures que je n’ai jamais portee, et puis une surprise sans interet mais qui merite que j’en parle ici me fait prendre conscience de quelque chose : jouer plusieurs fois par semaine pendant 3 ans, ca use les souliers. Lorsque j’enfile a nouveau mes Jumpman apres l’achat des 2G, j’ai l’impression de marcher par terre, de jouer en chaussettes. La semelle, usee, est devenue tellement fine que jouer avec les 2G m’eleve de 2 bons centimetres. J’ai quand meme joue toute une saison avec les semelles Air a plat sans m’en apercevoir… Alors si j’ai un petit conseil a te donner, jeune basketteur qui veux prendre soin de ses pieds et de ses chevilles, eh bien change de paire de shoes avant chaque saison. Je ne m’en suis jamais rendu compte, mais maintenant je sais : les chaussures de basket s’usent aussi vite que des chaussures de skate, et doivent etre changees regulierement. Et dire qu’il m’est arrive de jouer avec mes Air Unlimited quelques 6 ans apres les avoir achetees… C’est une erreur que je ne ferai plus, et dorenavant, je m’acheterai plus de chaussures. Parenthese fermee.

Pourquoi les ProModel 2G, au fait ? La reponse est simple : parce que je decouvre LeBron James a ce moment-la dans SLAM aux cotes de Sebastian Telfair, qu’il est la mine d’or en devenir de Nike qui se frotte deja les mains, et qu’il joue avec les 2G avec beaucoup de classe.

 lebron-james-high-school

Bye Lupin, hello Yayoi Club. 3 mois dans ce nouveau club, pas plus. Puis un evenement con me fera hesiter a recommencer puis carrement tout arreter de novembre 2002 a avril 2005. Laisse-moi te raconter brievement ce passage. 3 mois pleins, d’aout a novembre 2002. Yayoi est un club qui n’a rien a voir avec Lupin. On va dire qu’il est l’antithese du club amateur qui se cherche et qui n’est que la reunion amicale uni-hebdomadaire d’anciens basketteurs moyens. Yayoi, quelques annees plus tot, a ete champion amateur de toute la region du Kanto, rien que ca. Le Kanto est la region qui regroupe plus de 20 millions d’habitants dans Tokyo et Yokohama, plus d’autres departements avoisinants. Qui a dit que le Japon etait surpeuple ? Yayoi a un venerable coach, Monsieur Suzuki. Yayoi a 3 entrainements hebdomadaires, participe a la coupe du Japon, le tournoi All-Japan, a dans ses rangs des joueurs qui ne sont pas des blaireaux. Yayoi a le niveau de Nationale 4.

Entrer dans ce club me remet dans un contexte intense. On joue vite, competitif, agressif. Les gars ont des automatismes que personne a Lupin ne possedait, et c’est evident qu’ils jouent ensemble depuis bien longtemps. Comme Stephon Marbury qui debarque aux Celtics dans une mecanique deja bien huilee, j’arrive a Yayoi en ayant moi-meme deja fait quelques preuves par-ci par-la mais en devant tout apprendre de ce jeu collectif, et surtout en etant patient. La patience est le mot-clef de ce passage basketballistique. La hierarchie, presente et bien pesante, est deja en place, et moi je ne suis qu’un jeune loup qui cherche a s’imposer et qui se trompe. Je n’ai que 23 ans, et je suis le plus jeune de l’equipe avec un autre gars que tout le monde engueule. J’ai dit « pesant » ? Moi on ne m’engueule pas, mais tacitement on m’invite a accepter mon statut de jeune arrivant. Cela ne veut pas dire que je ne peux rien faire et que je dois tout accepter, non ; cela signifie que je ne serai pas titulaire, que je vais devoir gagner ma place et que je n’aurai pas le statut d’ « etranger-star » comme a Lupin. 3 mois donc a jouer dans ce contexte.

La hierarchie bien en place, le coach n’a pas besoin de venir regulierement aux entrainements (je ne le rencontre d’ailleurs que tres peu) et semble plutot avoir un statut de superviseur qui dirige le groupe par quelques gestes de la tete. Ceux qui dirigent par la voix et qui donnent les instructions pendant les entrainements, ce sont les anciens de l’equipe, le capitaine et d’autres. Quand le coach vient aux entrainements, c’est simple : il ne parle pas. Nous jouons plusieurs matchs amicaux contre des equipes de niveau releve de Tokyo. Je ne sais pas qui organise ces matchs, ni quel enjeu ils ont, mais on a pas mal de matchs. Moi je m’en sors bien aux entrainements, j’ai le niveau et petit a petit je m’impose en scorant de plus en plus lors des matchs de fin de practice. Par contre, lors des matchs, je score moins et je joue petit bras. Je n’arrive pas a definir mon role, quand j’entre sur le terrain je ne sais pas quoi faire. On est beaucoup dans l’equipe a pouvoir scorer, alors je ne sais pas si je dois prendre le shoot moi-meme ou si faire une passe en plus est la meilleure solution.

C’est bizarre de se retrouver dans cette situation, alors que pendant toute ma carriere j’ai joue en prenant le shoot d’abord et en passant apres. Si je score, c’est tant mieux pour tout le monde, et si je ne score pas, je prendrai le shoot suivant, que je me suis toujours dit. La il m’arrive meme de trembler en arrivant sur le terrain, a jouer comme un debutant. En contre-attaque, je m’arrete pour prendre un jump-shoot a deux balles ou je fais une passe en retard… alors que mon jeu a toujours ete de fixer le defenseur a 5-6 metres du panier, puis re-accelerer pour un lay-up ou un shoot avec contact pres du cercle. En bref, je joue passif et subis le rythme du jeu, alors que je devrais savoir ce que je dois faire avant de fouler le terrain.

Le seul highlight en match de ces 3 mois est un contre magistral sur un pivot Americain d’un club de Tokyo, mais tout le monde s’en fout et il ne reste dans la memoire de personne.

A ce moment-la, je n’ai plus de patience. Je dois bien jouer, tout de suite, je ne dois pas perdre de temps. Je dois m’entrainer, mais est-ce que j’ai encore la patience de m’entrainer durement comme a Marian, ou il m’avait fallu quelques mois avant d’avoir suffisamment d’assurance dans mon jeu ? Je ne sais pas trop. Et puis la hierarchie pese. Je fais l’effort de venir a tous les entrainements pour gagner du temps de jeu, pour progresser et pour montrer ma tenacite. Mais les jours de matchs debarquent des joueurs que je ne vois jamais aux entrainements et qui prennent leur place dans leur 5 de depart ou qui sont les premiers choix du coach du banc. Pour quelqu’un qui n’a plus de patience comme moi, c’est un peu embetant, meme si j’accepte le statut de chacun dans ce club ou les gars ont leur place depuis longtemps.

Et puis le 7 novembre 2002 arrive. Sur une penetration ligne de fond gauche, je deborde mon defenseur, puis prends brusquement mon impulsion en plantant ma jambe gauche au sol, quand je sens mon genou faire un petit « tchic ». Ca me fait une douleur vive qui me fait grimacer, mais je continue a jouer. Le soir, je commence a sentir la douleur monter, et le lendemain j’ai le genou aussi gros que ma cuisse ; je ne peux plus plier ma jambe.

La douleur partira au bout de quelques jours, ce ne sera qu’une petite lesion meniscale.

Mais l’envie de revenir, elle, ne reviendra pas.

L’hesitation prendra le pas sur tout, et je laisserai tomber Yayoi Club.

Puis le temps passera vite et le basket sera une affaire du passe.

Un mail adresse a mon pote Gilles explique ce que je ressens a propos du basket, que tout est confus. Desole pour la longueur de ce post, et desole d’etre toujours confus. Si je ne suis pas pro, c’est parce que j’ai toujours ete confus par rapport au basket apres 1997, je crois que tu l’as compris.

Sinon pour le basket, j’ai pris une decision. C’est tres difficile a prendre, mais j’ai decide de m’arreter pour le moment. C’est tres difficile pour moi de devoir prendre cette decision, mais je pense que c’est la plus juste, afin de ne pas tenter
eternellement un retour en arriere. C’est trop dur a expliquer, je prefere t’en parler plutot que de tout dire par ecrit.
Je ne sais pas comment te dire, mais je n’ai jamais accepte d’avoir echoue dans ce domaine qui m’etait tres cher. Si tu es pret a m’ecouter, je pourrais t’en parler tres longtemps. Tu es d’ailleurs la seule personne avec laquelle je peux dire ce genre de chose en sentant que j’ai en face de moi quelqu’un qui comprend bien ma situation.
Je vais te dire une anecdote. Je ne sais pas ce que ca a a voir avec ma decision, mais j’ai envie de te dire ca. Sache qu’en t’ecrivant ces mots, j’ai un gros noeud dans le ventre. Voila, quand je suis rentre des USA (mai 1997), il y avait un tournoi 3×3 a Palavas pendant l’ete. J’y suis alle comme ca, sans coequipier, et j’ai forme une equipe avec deux mecs, dont un que je connaissais du college. On est arrives en finale, alors que le niveau etait releve. On a perdu en finale, mais avec beaucoup d’honneurs. Ce jour-la, je n’ai pas peur du mot, je sentais que j’etais vraiment fort. A vrai dire, je faisais ce que je voulais, et je sentais une grande satisfaction. Quand le tournoi a touche a sa fin, je suis alle attendre ma mere qui devait venir me chercher en voiture. J’etais donc assis pres de la salle de basket, et la il y avait un gamin qui avait assiste ou participe au tournoi et qui m’avait vu jouer. Il m’a regarde, et quand il m’a regarde, j’ai senti la reconnaissance que je desirais tant en voulant devenir joueur professionnel. Je sentais bien que j’avais accompli quelque chose, et que j’accomplissais mon but, je franchissais les etapes. Je me souviens toujours de ce regard et du sourire que je lui ai rendu, en me sentant bien.  Tu as remarque que j’ai abuse du verbe “sentir”; maisc’est parce que la satisfaction passait par la plenitude, l’appaisement du corps. Je ne sais pas quoi dire, vraiment. Si je dois recommencer le basket ce sera a 100%, ca ne peut pas, ca ne peut plus etre autre chose.
Tout ce que je te dis la est infime par rapport a tout ce a quoi je pense.

 

De Yayoi, je laisserai donc le basket amateur japonais.

Je me concentrerai sur mon boulot et mes etudes, je jouerai quelquefois sur un playround tokyoite, je jouerai une fois a Montpellier lors d’un sejour en ete, je jouerai deux fois dans le club du meme Gilles.

Je rentrerai une fois en France pour y tenter un nouveau depart de 2004 a 2005, mais je realiserai –a nouveau- que c’est un mauvais choix.

Je vivrai quelques mois a Compiegne, je jouerai quelques entrainements avec un club de regionale de cette ville de l’Oise et me dirai que finalement, je n’ai pas tout a fait perdu.

Je realiserai que le Japon est en fait le pays dans lequel je dois vivre. Je reviendrai en juillet 2005 en tant que lecteur de francais.

Je serai sur la derniere ligne droite de ce blog.

Categories: Nouveaux posts Tags:

Japon 2001

12/02/2010 Dean27 8 commentaires

Merci encore pour tous les commentaires qui ont ete laisses sur mon dernier post. Je ne peux pas y repondre a tous individuellement, mais c’est toujours une bonne surprise de lire que beaucoup de lecteurs se reconnaissent dans ce que j’ecris; jusqu’a present, en effet,  je n’ai partage quelques petits details de ma carriere de basketteur qu’avec quelques personnes qui se reconnaitront. C’est donc drole de lire que tout ce que j’ai longtemps garde au fond de moi a ete ou est toujours au fond de la pensee de beaucoup d’autres basketteurs de ma generation ou des generations plus jeunes. Merci Abdou ArenaZ et merci aux autres: meme si on ne se connait pas, quelques liens forts nous unissent.

Enfin, encore un grand merci au staff de BS de me laisser cet espace d’expression… et de le promouvoir en page d’accueil du site. Sachez qu’avec votre site vous faites du bon boulot. On ne s’est jamais vraiment parles, mais c’est clair qu’on partage cette meme passion eternelle pour le basket, ce lien tres fort nous unit egalement.

Pour en revenir brievement aux commentaires qui ont ete laisses sur mon dernier post, il y a une mise au point que j’aimerais faire, notamment pour les lecteurs qui decouvrent mon blog. En lisant les derniers posts que j’ai envoyes, on peut penser que je suis aigri contre tout, que je regrette beaucoup de choses et que je passe mon temps a critiquer le basket francais, etc. Et que par un concours de circonstances qui n’etaient pas en ma faveur je n’ai pas reussi a devenir basketteur professionnel et j’en veux a la Terre entiere.  

Attention, que les choses soient claires.  Ma part de responsabilite dans ma non-selection en espoirs apres mon retour des USA et dans ma non-integration dans une equipe de niveau regional ou national (alors que j’en avais les moyens) est grande. J’aurais pu prendre de meilleures decisions, m’entrainer davantage, repartir, etc. mais je ne l’ai pas fait. Par consequent le plus blamable dans l’histoire, c’est ton ami: Dean27.

D’un autre cote, je ne veux pas croire que je suis l’unique responsable… si tu veux, j’aimerais qu’a la fin de ce blog cela puisse etre clair pour tout le monde, et notamment pour moi: devenir ou ne pas devenir pro est un amalgame de choses controlables et incontrolables. Quelle est la part de controlable? Difficile a definir, encore plus a quantifier. Pareil pour la part d’incontrolable.

J’aimerais aussi rapidement repondre a gangsta69: quand l’Equipe et d’autres disent que le basket francais est ringard, je pensent qu’il parlent comme moi de tout ce qui fait que ce sport ne plait pas au grand public, n’est pas “sexy” et ne sait pas se vendre. Je suis d’accord avec toi sur la comparaison que tu fais avec le basket americain: actuellement, le niveau en France est 10x meilleur qu’avant, et sur certains points le basket europeen est reste plus roots et plus academique, donc peut-etre plus interessant a jouer ou a regarder que le basket americain. On est d’accord. Mais on fait quoi alors? Soit on est un sport de puristes avec des techniques, du jeu collectif et 235 tirs a trois-points par match et on est ringard? Ou alors on se la joue showtime And1/Harlem Globe-Trotters et le basket ne devient qu’un spectacle, un divertissement ? Moi je crois que la France, avec tous les excellents joueurs qu’elle a actuellement d’un point de vue technique et athletique, et la passion qui vit encore dans ce pays, a la possibilite d’avoir une ligue aussi bonne pour les puristes qu’attrayante pour ceux qui decouvrent et suivent ce sport. Enfin bref, tout ca pour dire que je crois sincerement que le debat sur la ringardise du basket francais est justifie: on ne parle pas de niveau ou de competitivite, mais de marketing et de seduction. Si personne ne veut porter de maillots de LNB sur des playgrounds, ce n’est pas a cause du niveau de la ligue, mais parce qu’ils representent une ligue qui n’est pas cool (et parce qu’ils sont moches, evidemment). Le jour ou des jeunes porteront des maillots de basket de LNB sur des playgrounds comme beaucoup de monde porte des maillots de foot de clubs de L1 ou de C1 dans la vie de tous les jours, alors je penserai que le basket francais n’est plus ringard.

Un exemple me vient en tete, je pense que le rapprochement est parlant: en 1999, avec Play, Moby est devenu la star qu’on connait. Dans une interview qui m’avait marque a l’epoque, il disait quelque chose comme: ”je ne suis pas le meilleur musicien, mais je sais m’entourer des personnes qui savent vendre ma musique”. J’avais trouve sa remarque tres culottee mais tres vraie. Tu vois le lien avec la LNB? Notre ligue doit avoir les personnes adequates pour relancer l’affaire. Mais bon, la je ne fais que repeter ce qui a deja ete dit dans le forum ou en commentaires.

Juste pour finir avec cette longue parenthese introductive: j’ecris en tant que non-professionnel des choses qui me paraissent justes, et la plupart des commentaires que je recois sont ceux d’amateurs comme moi. Mais je lance un appel a pro: si tu es Ali Traore ou Nicolas Batum ou tout autre basketteur professionnel et que tu lis ce blog, alors dis-moi comment tu vois ce que j’ecris. Toi qui as reussi et qui figures parmi l’elite francaise, europeenne ou mondiale, n’hesite pas a commenter les quelques lignes que j’envoie sur BS. Et si tu penses que ce que j’ecris est absurde, voire carrement a cote de la plaque, n’hesite pas a me le dire aussi, ca me donnera une autre perspective sur ce que j’ai longtemps cru.

Voila.

Apres avoir dit adieu a mon pays natal et a tous les evenements qui l’ont jalonne, j’ai pris l’avion.

12 heures plus tard, me voila en terre nippone.

Je m’installe au Japon en juillet 2001.

Sans emploi, sans diplomes, mais avec ma volonte de commencer quelque chose. Deja, c’est bien de commencer la on ou personne ne me connait et ou je ne connais personne. Inconnu parmi les anonymes, je n’ai aucun a priori sur les autres et eux non plus n’en ont aucun pour moi. Tant mieux. Ca me permet d’etre raffraichi, et de me sentir plus en paix avec moi-meme et avec les autres… je comprends bien que c’est les a priori et la rancune (injustifies tous les deux) qui ont grandement pourri mes 3 annees de passage en France. Je connais encore moins le Japon que les USA en 1996… difficile de se faire une idee claire de ce qui m’attend et de ce que je vais bien pouvoir faire ici.

Mais Tokyo m’accueille. Je suis heureux d’etre la. Pour une fois depuis longtemps, je suis content d’etre la ou je suis. Je ne pense plus au retour, a ce que ce serait si je n’etais pas la, etc. J’atteins enfin un degre de serenite que j’avais perdu de vue depuis longtemps, ca fait drole. J’habite Tokyo, je suis completement lost in translation, meme si un an d’etudes acharnees avant mon depart (1h d’etude du japonais par jour pendant une dizaine de mois) m’a consolide des bases assez solides dans la langue de ma terre d’accueil, et il fait une chaleur etouffante. Pour ceux qui ne sont jamais alles au Japon en juillet/aout, eh bien c’est les tropiques. Lourd de chez lourd.

Je me trouve un club de basket a la mairie de mon arrondissement. Finalement, je n’ai pas abandonne le sport que je pratique depuis une bonne dizaine d’annees. Je ne connais plus trop la NBA et les joueurs qui sont en vogue a cette epoque. Ce qui me marque, c’est que les Nike Shox commencent a faire leur apparition et que je les trouve bien moches. Sinon, vaguement… la NBA en 2001, c’est quoi? Mike Miller? Les Blazers? Le lock-out, ou alors ca c’etait avant? Baron Davis? Shaq qui est au top? Franchement je n’en sais vraiment rien. Je me suis toujours considere comme un spectateur du championnat americain, en superposant mes souvenirs et ma memoire chronologique selon les saisons NBA; pourtant, en 2001, la NBA est en dernier plan. Ce qui est au premier plan, c’est mon arrivee sur l’Archipel et mes debuts basketballistiques loin de ma chere et tendre Terre Francoise.

Je choisis betement le club le plus proche de chez moi… je veux dire, le club qui s’entraine le plus pres de chez moi. Parce qu’un club senior, a Tokyo, n’est pas le club de ce quartier ou de cet arrondissement, et souvent il se passe la chose suivante: des gars se connaissent et veulent jouer ensemble, choisissent une salle d’entrainement (pour nous c’est le gymnase d’une ecole primaire), s’inscrivent a la mairie ou au kumite, et hop, un club voit le jour. Mon club s’appelle LUPIN.

Lupin

Lupin? Lupin. Apparemment, mes nouveaux coequipiers sont fans d’Edgar Detective Cambrioleur, dessin anime clubdorotheesque que je regardais moi aussi dans mon enfance. Au Japon, cet anime s’appelle Lupin Sansei. Je tombe bien, donc. Je vais m’entrainer avec eux officiellement une fois par semaine. Le responsable du club s’appelle Hiroshi, c’est un petit trentenaire qui a du ventre et qui semble occupe par sa nouvelle vie de chef de famille. Il n’est pas coach. Il propose sa petite experience pour organiser un entrainement hebdomadaire avec un groupe d’une dizaine de joueurs.

La ligue? Il n’y en a pas. Nous nous entrainons longtemps, mais les seuls matchs officiels que nous jouons sont des tournois a elimination directe. Tout a coup, je deviens donc tennisman. Je dois m’entrainer et me preparer en vue des tournois, et si je perds, je dois attendre le suivant.

Voila comment en quelques lignes tu peux te faire une idee de ce qu’est le basket amateur au Japon, dans la plupart des departements du pays. Des petits clubs un peu partout, meme dans la capitale, des entraineurs manquants, des salles difficilement accessibles a cause du manque de creneaux horaires, et un systeme de ligue tres defectueux, sinon inexistant.

Mais moi ca me va. Je te rappelle que je suis dans une periode de ma carriere ou, meme si je n’ai pas laisse tombe le basket, je n’accorde plus autant d’importance a ce sport. J’ai d’autres chats a fouetter. Mais j’aime toujours jouer. Et puis mes nouveaux coequipiers m’accueillent a bras ouverts, je suis vu comme un bon joueur. Ils me poussent a prendre les shoots, a etre le meilleur scoreur du groupe et a assurer pendant les matchs. Sur le terrain, je ne joue plus arriere, mais 3 ou 4. Des guards vifs et bons manieurs de balle, il y en a une floppee, alors on prefere me mettre dans une position ou je peux etre aussi efficace a l’exterieur qu’a l’interieur. J’ai deja joue 4 quand j’etais en cadet 1e annee, ca tombe bien. Je sais utiliser mes epaules et mon gros derche pour aller au charbon et jouer a la Dino Radja. Je n’excelle pas en transition comme la plupart des joueurs japonais, mais je tiens le rythme et sais allier mon jeu physique avec la rapidite du jeu d’equipe qui prevaut. Il me faudra quelques semaines pour m’adapter a la vitesse du jeu, mais apres avoir trouve mon rythme je serai bien dans la place.

Sans faire de mauvaise comparaison, et j’espere qu’il n’y a aucune ambiguite dans ce que j’ecris, mais j’ai subitement l’impression d’etre dans la peau d’un Noir au milieu des Blancs, dans les 90’s, dans le departement de l’Herault. Je m’explique: je viens du Languedoc-Roussillon, et je me rappelle qu’en minimes ou cadets (meme en seniors), des qu’on rencontrait une equipe qui avait un Noir, on se disait: “il doit etre fort” ou “leur equipe doit etre forte”. Je te laisse apprecier la betise de ces remarques, mais c’est vraiment ce que je me disais avec mes coequipiers… Eh bien c’est un peu le meme genre de reaction que semblent avoir mes coequipiers et mes adversaires au Japon. Quand je rentre sur un terrain, quand je marque quelques points a la suite ou que je me la joue leader sur le terrain, les gars semblent me regarder avec autant de mefiance que d’admiration. Si je suis etranger, c’est que je dois etre balaise, et si je suis balaise, c’est normal, parce que je suis etranger. J’espere que tu vois la comparaison que j’essaie de t’expliquer, et qu’il n’y a aucun malentendu.

Un jour de match, je prends beaucoup de shoots et score 23 points en 1e mi-temps, et je vais m’excuser aupres du capitaine de garder autant la balle. Il me regarde bizarrement, comme si j’avais dit une connerie monumentale, et me repond: “non non non non! continue comme ca!” (je traduis evidemment). J’assure. La claaaasse.

Mon statut ne change donc pas tellement avec celui que j’avais en France: je peux et dois continuer a scorer beaucoup de points pour mon equipe. Je suis toujours amateur, mais ca va. Ca va mieux, disons. Etre dans ce contexte basket loisir ne me deplait pas. Bien sur, je suis toujours decu de ne pas avoir pu prendre le chemin du basket professionnel apres mon retour des USA, mais au Japon c’est plus facile a avaler. Je n’ai pas tous les lieux, les personnes et les evenements autour de moi, rien de concret n’est physiquement la pour me rappeler mon echec et ce que je n’ai pas atteint.  Toute la difference est la, et c’est bien pour cela que je suis un peu mieux avec moi-meme concernant ma poursuite du basket.

Et puis dans ma tete il n’y a jamais vraiment eu d’echec, de terminus, malgre tout ce que j’ai pu penser, dire ou ecrire. J’ai su que j’avais echoue a plusieurs moments, j’ai su que je devais me “reorienter” -comme on dit dans le milieu scolaire, trouver un nouveau cursus et penser a ma reconversion dans le monde du travail, et ca m’a fait un peu mal au cul de donner raison a certaines personnes qui m’avaient souvent dit que je devais envisager autre chose que le basket au cas ou je ne reussirais pas. Je n’ai pas continue sur ma lancee (la partie posee et “realiste” de moi-meme me disait que l’avenir basketballistique etait desormais enterre), certes, mais au fond de moi, dans la partie toujours positive et reveuse de moi-meme, I still had the dream.

La, en 2001, je suis toujours comme Arthur Agee ou William Gates qui, a la fin de Hoop Dreams, disent qu’en eux le reve n’est toujours pas eteint. Eux, comme moi, ont pris des chemins qui les ont eloignes du basket pro: Gates a cause de blessures a repetition, de choix de vie et de changements de motivation, Agee pour des raisons academiques et pour ne pas avoir ete au niveau qu’on attendait de lui… Mais ce qui n’a pas change au fond d’eux du debut a la fin du documentaire, c’est leur reve d’acceder au niveau pro qui ne disparait pas. Le reve reste bien enfoui, et tout, le present, la vie, les decisions, passe par-dessus… mais le reve est toujours la.

Je t’avoue donc que malgre tous mes echecs et toutes les decisions qui allaient a l’encontre de la poursuite de mon reve d’adolescence, je me suis toujours dit: peut-etre qu’un jour l’occasion se presentera, peut-etre que j’aurai encore une chance. C’est pour cela qu’avant mon depart pour le Japon, j’ai cherche sur le site Internet de la Japan Basketball League s’il n’y avait pas une possibilite pour moi d’y tenter ma chance.  C’est aussi pour cela que j’ai toujours continue le basket, et que je ne me suis pas arrete. J’ai atterri dans un monde amateur avec des joueurs qui ont tate la balle quand ils etaient au college ou au lycee, et qui ont voulu se faire plaisir, continuer a jouer, parce que, comme je le dis toujours, le basket c’est quand meme un sport bien.

 En tout je jouerai une saison entiere avec ce groupe. Nous participerons a 2 ou 3 tournois, et je serai le meilleur scoreur de l’equipe. Je me prendrai un coup de coude dans la gorge par un rageux d’une equipe qui ne semblait pas aimer les etrangers, ou ma gueule, ou mon niveau, ou ma feinte d’arrogance. Puis en 2002 je quitterai ce groupe, sympa mais pas assez competitif.

Je finirai ce post par une image trouvee par hasard sur le Net qui resume bien cette saison introductive au basket nippon:

- les Asics… tellement de joueurs portent des Asics;

- les chaussettes courtes qui ne sortent pas des chaussures;

- les noms tordus des clubs amateurs: Lupin pour nous, Zenith et Frisk (?) pour ceux de l’image;

- les femmes des joueurs qui sont assez sympa pour venir assister aux matchs de leurs mecs;

- les clubs amateurs qui ont de beaux maillots quand meme;

- les revetements “plastique-multisport”qui sont  inexistants: on joue sur du parquet, partout et tout le temps.

 Nippon Basket

Categories: Nouveaux posts Tags:

Quelle heure est-il?

03/02/2010 Dean27 29 commentaires

Il est l’heure. Il est l’heure d’en finir avec la France, avec tout ce long blanc qui a suivi mon annee riche en evenements basketballistiques a Chicago, de 1996 a 1997. Trois bonnes annees de descente ou de vide, c’est selon, mais trois trop longues annees pendant lesquelles je n’ai pas pu ni su correctement conserver mon bon niveau et pendant lesquelles j’ai passe trop de temps a reflechir.
Je me suis pris la tete, alors que j’aurais du passer le plus gros de mon temps a jouer. Sans reflechir.

Trois longues annees qui m’ont permis toutefois de comprendre que la France n’etait bel et bien plus faite pour moi. La question posee par l’Equipe recemment : « le basket francais est-il ringard ? » (reprise et discutee sur BasketSession) etait tres juste et en ce qui me concerne c’est dans l’affirmative que je me suis toujours dit cela.  Et puis en lisant tout ce qui a ete ecrit a ce sujet je ne me suis jamais senti aussi proche des basketteurs francais… je veux dire, des amateurs.
Ce qui manque au basket francais, ce qui fait ringard ou moche, peu importe les termes que l’on utilise, bref, tout ce qui fait que tout le monde s’en fout royalement du basket francais, c’est ce qui me prend la tete depuis bien longtemps… En 1998, alors que je commencais a m’embourber dans la vie en France, j’ai meme fait une ebauche de lettre a M. Pierre de Vincenzi pour qu’il essaie de reflechir a ce qu’il serait possible de changer dans le basket francais.
Bon, evidemment, je n’ai pas fini la lettre et n’ai bien sur rien fait parvenir a qui que ce soit, mais je me suis quand meme toujours dit, meme a 19 ans : mais merde, que fait la France ? avec la NBA qui bout, tous ces fans comme moi qui ne revent que de basket, pourquoi n’a-t-on rien a la hauteur de nos attentes ? Pourquoi supporter le son des turluts et des trompettes des fanfares a Dede, les maillots made in terroir et un championnat de France qui manque de scenario, de suspense, de climax ?
Moi je me suis pris la tete bien longtemps a regretter que rien ne soit fait. Mais j’en ai eu assez, alors j’ai decide de partir. Pourquoi continuer a regretter que tout autour de moi ne soit que du passe, alors que moi je pourrais aller vers l’avant, me pencher plus serieusement sur mon avenir et aller litterallement la ou ca se passe ? Je te le demande, lecteur.
En 2000-2001, pour moi seul, France rime avec passe, amertume, embourbage, Dede, frustration (tu le sais), etc. Et j’en passe. Et je n’ai pas envie de t’emmerder avec toute cette influence negative. Donc cette fois-ci, je le dis pour de bon :
Merde.

Slam Dunk

Il ne me reste qu’une saison a jouer dans mon club amateur du sud de la France, puis je serai parti au Japon. Il n’est jamais trop tard.

Je me laisse pousser les cheveux pour cette saison. Cette fois-ci, pour dire adieu a tout le monde et pour involontairement temoigner de mes desirs d’escapade, je vais jouer les cheveux dans le vent. Comme Christophe Dugarry, je vais me mettre un bandeau dans les cheveux et je jouerai sobre et bien. Fini la coupe a la Rick Barry, maintenant place aux jeunes.

Il faut savoir, meme si je crois que tu l’as compris, que je n’ai plus aucun plaisir a jouer. Pour reprendre un mauvais jeu de mots de Claude Bergeaud, le « je » a supplante le « jeu ». Hem… « Je » veux prouver, gagner, dominer, scorer, et puis c’est tout.
Tout se passe sur le terrain. En dehors du terrain, ma tete est ailleurs : le depart pour le Japon n’est plus tres loin, je dois bosser pour economiser de l’argent, je dois commencer a envisager une vie loin de tout et de tout le monde.
Encore une metamorphose a la symbolique evidente : en plus des cheveux longs, je ne me rends plus aux matchs en tenue de sport. Il est fini le temps ou ma passion pour le basket s’exprimait meme dans les vetements que je portais pour aller au lycee, aux matchs ou pour aller voir ma petite amie… C’est un changement similaire a celui que l’on remarque dans sa chambre, lorsque peu a peu disparaissent les posters de ses idoles NBA. Moi cela se passe autant sur les murs de ma chambre qu’avec les vetements que je porte : tous les posters sont plies et ranges, je n’ai plus qu’une photo artistique, quelques affiches japonaises et un dessin de mon cousin ; les habits des Bulls sont desormais demodes, je prefere m’habiller style, avec mes Puma, mon jean fashion et mon bonnet. C’est tellement plus la classe de dominer sur le terrain et de faire celui qui s’en fout en dehors ! C’est comme ca que je le vois.

Comment dire… c’est comme si mon enthousiasme pour le basket, lorsqu’il faconnait mon identite, devait necessairement etre connu de tout mon entourage. Comportement typiquement adolescent, j’en conviens: comme beaucoup, je me definissais par la musique que j’aimais, par le sport que je pratiquais, et je m’identifiais a mes idoles. Je me faconnais une sorte de moule. Et puis est arrive un moment ou finalement je m’en suis foutu pas mal de ce que pouvaient penser les autres, j’ai fini par me connaitre suffisamment pour ne pas necessairement vouloir prouver a tout le monde qui j’etais. Conclusion pour moi, en cette annee 2001: je suis basketteur quand j’enfile mon short, mais quand je ne suis pas sur un terrain, je suis tour a tour, ou en meme temps “celui qui va partir au Japon”, “un mec qui se cherche”, “un mec calme” ou “un mec qui ne sait pas s’affirmer”. Le moule s’est ramolli, et le basket n’est plus (autant?) ce qui cree et stabilise mon identite.

Alors le basket etait-il la chose necessaire et inevitable de mon adolescence? Peut-etre bien. En tout cas, c’est le basket qui a fait de moi ce que je suis.

Sur le terrain, quand je suis en mode joueur, je fais ce qu’il faut pour dominer, mais ca ne marche pas toujours comme il faut. En tout cas je me donne.  Je ne suis plus aussi frais qu’avant, mais mon shoot n’est pas trop mal, mon dribble reste assez efficace quoique parfois flashy, mes penetrations sont toujours mon point fort. Or tout ca ne vaut pas grand chose, j’en ai conscience. J’ai largement le temps d’armer mon shoot, les defenses ne sont pas collantes et la press est pratiquement inexistante. Quant aux defenses demi-terrain, si elles sont stables, ne sont pas assez mobiles pour arreter mes slaloms dwyanewadiens lorsque j’attaque le cercle. En clair, je brille en departementale -quand je joue bien. Ca me fait une belle jambe… disons que ca ne veut pas dire grand chose. Et puis que vaut un bon joueur dans un championnat relativement faible? Je te laisse repondre.

Deux matchs symbolisent bien cette saison en demie-teinte: Agde et Laverune. Contre Agde, nous jouons contre une equipe de papas et de tchatcheurs sudistes qui comptent dans leur rang un barbu-joutiste d’un bon metre 95 et de 120 kilos. Dans un match typiquement heraultais, les gars de l’equipe adversaire jouent agressif et n’hesitent pas a sortir discretement les coudes ou les bras… l’arbitre, debordee, ne siffle rien, laisse passer beaucoup de fautes, et moi de subir tout ca je suis a bout. Un joueur adverse se permet meme de me jeter par terre alors que j’essaie de le coller en defense… action tellement courante en championnat local, mais action tellement symbolique. Tous les ingredients de ce match sont la pour que je me dise au milieu de la partie “je vais arreter le basket”. Rien que ca. A ce moment-meme du match, je me tourne vers mon banc de touche et demande a quelqu’un de me remplacer. “Bon, on peut me remplacer, j’en ai plein le cul” que je lache. Le match fini et perdu, les gars nous invitent a prendre l’apero (!) avec eux devant leur gymnase. Trop jeune et/ou trop rageux contre toute cette fanfaronnade basketballistique heraultaise, je n’apprecie ni le geste sympa de cette equipe, ni mes gestes sympas dans mon equipe (mes dribbles et mes penetrations, NDLR), ni l’ambiance des clubs, ni rien du tout. Plein le cul, c’est le mot. Alors que les gars sont sympas dans le fond, je le reconnais.

Mais treve de negativeries. Le dernier match de cette saison est fondamental pour la suite de ma carriere.

Nous jouons Laverune pour notre dernier match de la saison. Cette equipe est obligee de gagner pour monter en division superieure. Pour nous (et pour moi surtout…), ce match n’a pas vraiment d’enjeu, si ce n’est de finir la saison en beaute. J’enfile mes shoes dans le vestiaire en me disant que la fin est proche, que mon depart est pratiquement imminent et que le basket francais ne reverra plus de Dean27 dans ses rangs. Encore un match pas tres drole en prespective, que je me dis.

Mais il n’en est rien. Apres une 1e mi-temps dominee par l’adversaire, nous retournons la situation et gagnons le match. Une nouvelle fois meneur titulaire, je score une vingtaine de points, marque des paniers importants, fais des passes decisives decisives a des moments critiques du match, crie, encourage et pousse mes coequipiers, et ressens du plaisir. Le flow de ce match va de notre cote, et toutes les circonstances de cette 2e mi-temps me donnent enfin du plaisir a jouer.

J’ouvre les yeux et je prends conscience de quelque chose d’incroyable : pour la 1e fois depuis mon retour des USA, c’est-a-dire pour la 1e fois depuis 3 ans, j’ai pris du plaisir a shooter, a defendre, a mouiller le maillot comme on dit dans le foot.

En retournant a ma voiture, et meme sur le chemin du retour, c’est a cela que je pense; en 3 annees de basket amateur-loisir, et ce jusqu’a ce match, je n’ai pas aime une seule fois jouer. Pendant 3 ans, j’ai oublie le jeune Dean qui rejoignait ses potes entre midi et deux pour taquiner la balle, qui faisait des passes aveugles sur le terrain de Marian et qui aimait le basket parce qu’au fond, c’est quand meme un sport bien. J’ai oublie la naivete du jeune joueur qui joue parce que ca lui fait plaisir de jouer.

Je prends conscience de choses  evidentes: trop d’amateurisme tue le pro, et trop de professionnalisme tue l’amateur.  En clair, se la couler douce quand on est (ou souhaite comme moi devenir) pro engendre des consequences plutot mauvaises; et se prendre trop au serieux, privilegier l’aspect competitif du sport et la volonte de dominer au detriment du plaisir engendre des consequences aussi desastreuses. J’aurais du y penser.

Mais quand meme, 3 ans a faire du sport sans aimer en pratiquer, est-ce possible? Il faut croire que oui: en 3 ans, j’ai certes aime marquer mes points, crosser mes adversaires, jouer plus intelligemment qu’eux, rever encore de basketball professionnel, penser encore et toujours que aaahh, ce serait quand meme chouette d’etre pro, raconter a mon entourage que j’ai joue aux USA, etc. etc.  Mais j’ai perdu mon lien avec l’essence du sport. Je suis devenu incapable de me dire pourquoi j’aimais le basket au lieu du tennis, du judo, du tae-kwon-do ou du VTT (sports que j’ai pratiques avant de me mettre au basket) et suis tombe dans une logique improbable qui se mord la queue: j’ai fait beaucoup de basket et j’ai atteint un niveau potable donc je m’inscris dans un club; je m’inscris dans un club donc je vais m’entrainer et jouer des matchs; je vais jouer des matchs donc je vais essayer de les dominer parce que j’ai un bon niveau; j’ai un bon niveau mais je ne joue que localement donc je me demande si je suis si bon que ca; je me pose des questions donc je continue a m’entrainer pour ne pas perdre de vue le basketteur que j’etais, etc. Et je tourne en rond. Et la, j’ai tellement tourne en rond que j’en ai oublie mon amour du sport.

C’est ici que s’arrete toute ma carriere de basketteur de passage en France, perdu dans un environnement basketballistique qui ne me correspond pas.  

Voila. Cette fois-ci j’arrete pour de bon. Le basket? Non. Le blog? Encore moins. J’arrete juste de t’emmerder avec cette spirale d’experiences pas tres gratifiantes et pas tres interessantes. Cette fois-ci, c’est bien fini. Plus de basket francais, plus de regrets, maintenant je vais aller de l’avant.

J’irai au Japon, j’integrerai une equipe, je m’adapterai, je changerai, je redeviendrai enthousiaste pour le basket. Il se passera ce qu’il se passera, mais le basket sera encore un actant fondamental de ce nouveau depart.

2001. De nouveau free-agent, je suis transfere vers l’Eastern Conference, je vais me reprendre en main, je vais etre All-Star.

Categories: Nouveaux posts Tags: