Contraste et choc frontal

03/03/2010 Dean27 7 commentaires

Bonjour Mesdames et Messieurs, votre vol ANA 34-27 a destination de Tokyo-Narita est maintenant pret pour l’embarquement. Veuillez vous munir de votre carte d’acces a bord, de votre passeport ainsi que d’une putain de hargne pour affronter ce qui va vous arriver la-bas. Au nom de toute la compagnie et de toute la France, et en esperant vous revoir -meme si nous savons que vous ne reviendrez pas- nous vous souhaitons un agreable voyage, une belle fin de carriere, et un bon courage.

Voila qu’en l’espace d’une semaine, je traverserai les contrees d’Europe, survolerai la Siberie et la mer du Japon pour finalement atterrir dans un etablissement du secondaire de la banlieue tokyoite, de la tres lointaine banlieue meme… bon, n’ayons pas peur des mots : dans la trouduculdumondaine banlieue. Apres Montpellier-sur-plage, Offenburg-en-Allemagne, Orleans dans l’Orleanais, Roissy en France, Tokyo dans le chaos, je serai de retour pres de la capitale nippone, dans le territoire qui peu a peu est en train de devenir mon pays.

En foulant la terre promise et lors des premieres semaines de ce nouveau sejour (qui s’averera long) je comprends cet aspect fondamental de ma vie, que je sois basketteur ou tout autre chose : plus que jamais, meme si cela m’etait deja assez clair, il m’est de plus en plus difficile de definir ce qu’est mon « home ». J’ai deja du mal a savoir d’ou je viens, quelles sont mes racines, et voila qu’il me devient dur de percevoir les contours de mon « pays ».  

Ma terre natale est Montpellier, c’est vrai. J’y suis ne, y ai grandi et suivi ma scolarite. Autant dire que je me suis forcement impregne de tout ce qui a jalonne cette longue periode de ma vie pendant laquelle j’ai fait tate ma premiere balle orange (qui etait jaune d’ailleurs… un ballon mou de baby-basket) et rentre mes premiers shoots. C’etait sur les terrains du stade de la commune estivale de Villeneuve Les Maguelone… les paniers de 3m05 me semblaient trop hauts et les ballons taille 7 trop lourds. Pourtant j’aimais dribbler entre les jambes en relevant la jambe et shooter de toutes mes forces en armant mon shoot bien en bas. Et quand je courais vite et que je mettais un tir en course (j’apprendrai quelques mois plus tard que ce geste s’appelle un double pas, et quelques annees apres qu’on dit aussi un lay-up), ca c’etait chouette. Mon geste favori, mon point fort. Mon amour du jeu est apparu du neant et s’est faconne peu a peu en France.

Mais tu as bien compris depuis que tu as commence a suivre ce blog que le rapport que j’ai entretenu avec ma region du Sud n’etait pas des plus affectueux. A vrai dire, et tu as du t’en douter, je ne me suis jamais completement senti a ma place la ou j’etais, meme si l’Herault est le departement de France que je prefere. Ma tete etait bel et bien tournee vers l’ailleurs alors que mes pieds s’engluaient dans l’Herault. Et puis tant de vacances passees en Allemagne chez mon pere (toutes les vacances de mon enfance), un attachement viceral avec les Etats-Unis grace aux camps et a mon annee determinante a Chicago, et un bon en avant qui me fait faire mon trou au Japon ; tout cela fait que je me suis peu a peu detache de cette terre natale. Les racines, deja faibles et courtes, se sont encore plus fragilisees.

Le resultat est simple : quand on me demande d’ou je viens, j’ai du mal a repondre.

Bref, j’arrive donc au Japon pour enseigner quelque chose qui me lie tout de meme beaucoup a mon pays : ma langue. C’est pour donner des lecons de francais qu’on me donne la possibilite de revenir vivre ici. Le motif n’est plus directement en rapport avec le basket, comme c’etait le cas avec mon depart pour l’Illinois. C’est dommage, mais c’est comme ca. Si j’avais ete pro et suffisamment fort, je serais revenu grace a un contrat avec une equipe de JBL, mais tout cela est bien loin. Maintenant j’ai 26 ans, je dois gagner mon pain a la sueur de mon front, et pas aux courbatures dans les mollets.

C’est un constat qu’avec les forces des choses j’ai bien ete oblige d’admettre, mais cela m’a toujours fait mal au cul. Quand j’avais 17 ans et que je ne vivais que pour et par le basket, il n’y avait pas d’autre priorite que celle-ci. Et si le basket etait prioritaire, c’est parce que j’y croyais, d’une part, parce que rien d’autre n’entrait dans ma ligne de mire, d’autre part, et parce que je m’en foutais du reste, surtout. Puis as time goes by et que le basket a ete submerge de questionnements et de doutes, et il m’ a fallu penser a autre chose pour « securiser mon avenir », comme on dit. Par consequent, j’ai entamme et reussi des etudes superieures, prepare scrupuleusement mon CV pour « mettre en avant mes competences » et affirmer mon « objectif professionnel », et redige a la main des lettres pour montrer mon style haut en couleurs et pour temoigner a mon eventuel employeur de toute ma « motivation » pour travailler avec lui. Bien sur, en bon chercheur d’emploi, j’ai fini toutes ces lettres par la meme formule que tu connais : Dans l’attente de votre reponse, veuillez agreer, etc. etc. Sans aucun remord ni aucune amertume, je suis tombe dans le panneau.

Heureusement pour moi, j’ai trouve un gagne-pain loin d’etre indigeste. En enseignant le francais, je peux mettre a profit ma petite experience et mon savoir acquis grace a de venerables etudes superieures. Je peux travailler avec des jeunes, et ca c’est quelque chose que j’ai toujours aime. Surtout, je suis dans un lycee, ce qui signifie que je vais pouvoir coacher a nouveau des jeunes de la tranche d’age que je prefere : les 15-18 ans, des cadets du nouveau monde.

Rappelle-toi mon experience en France : pris soudainement par la fievre du coaching, je m’etais occupe de quelques groupes de jeunes et avais senti une grande satisfaction a voir les resultats de mon investissement et de mes efforts pour eux. Seulement l’experience s’est malheureusement terminee en queue de poisson et je n’ai pas pu aller au bout de ce que j’avais commence. J’etais dans un club de village qui survivait difficilement au milieu de l’eminent club de foot et de l’omnipotent comite des fetes, qui prenaient a eux deux la grosse part des subventions offertes par le village, alors tu comprends bien la galere.  

Mais la j’arrive au Japon, je travaille dans un lycee, baby. Tu as lu Slam Dunk, tu as regarde Olive et Tom, n’est-ce pas ? Bon. Tu sais comment cela fonctionne alors, et tu connais toute la ferveur qui peut exister dans le sport des jeunes, surtout pour le baseball et le foot. Pour le basket, je vais t’en parler.

La ou je suis, comme partout, il y a un club de basket. Qui a un gymnase avec du parquet. Qui a une salle de musculation. Qui s’entraine tous les jours. Tous les jours ! Qui a deux etudiantes que l’on appelle des managers qui offrent leurs services pour plier les survetements des joueurs, s’occuper des premiers soins, encourager les joueurs et s’occuper de tout le materiel.

Etc. Je vais te decrire la situation petit a petit. Mon blog n’est pas informatif, mais il faut quand meme que tu te rendes compte que je debarque la dans un contexte apparemment ideal pour un joueur-coach motive comme moi. Bien que je n’ai presque pas taquine le Spalding pendant 3 annees a Tokyo et une annee a Compiegne, le coaching est toujours une activite en suspens qu’il me fallait reprendre tot ou tard. Alors quand le coach responsable de l’equipe de garcons a su que j’avais une longue experience de joueur et d’entraineur et m’a demande de venir l’aider a s’occuper de son equipe, j’ai tout de suite repondu par l’affirmative. Une chance comme celle-ci ne se rate pas.

Au Japon, comme aux USA, education et sport coexistent dans n’importe quel etablissement. Au niveau minime et cadet, voire au niveau senior, on porte les couleurs de son ecole, et pas les couleurs du club de son quartier ou de sa ville. Dans les lycees, il n’y a pas de probleme de subvention, puisque le montant accorde a chaque club fait partie du budget de l’ecole, attribue par le « rectorat » du departement, donc par extension par le Ministere de l’Education japonais. Pour etre plus clair, on ne manque pas de moyens et on a donc tout ce qu’il faut, sinon plus. Un jeu d’une trentaine de ballons cuir, des panneaux d’affichage a 1000 euros, des plaquettes autocollantes pour oter la poussiere de la semelle des chaussures, et j’en passe. Les joueurs ont chacun un jeu maillot/short d’entrainement reversible aux couleurs de l’ecole ainsi qu’un survetement personnalise (le prenom du joueur est brode sur la manche gauche) avec une grosse broderie sur le dos ou, sous le nom de l’ecole, est marque : 籠球部 [club de basket]. Le tout signe swoosh. S’il vous plait.

Je tombe des nues devant toute cette abondance. C’est vrai que la disponibilite de tout cet equipement me fait dire que c’est de bonne augure pour la suite des evenements, et qu’a partir de la, au contraire, je crois qu’on peut envisager quelque chose de bien, meme s’il ne faut pas s’enflammer, mais surtout, si je tombe la bouche comme on dit pres de Montpellier, c’est que je me retrouve face au contexte favorable au developpement de tout basketteur, face a ce a quoi j’avais eu la chance d’avoir acces dans mon lycee de Chicago mais que j’avais betement laisse.

Quand j’etais moi-meme cadet, je m’entrainais avec des ballons en caoutchouc, parce que les cuirs etaient reserves aux matchs ; le sol de salle d’entrainement etait soit un revetement plastique uniquement jouable quand il etait propre, soit un sol en beton recouvert d’une couche de peinture vieille d’une vingtaine d’annees, alors quand on allait jouer dans une salle qui avait du parquet, c’etait l’aubaine, et on n’en revenait pas comme c’etait confortable et cool de jouer sur le meme sol que les pros ; les 30, puis 24 secondes etaient comptees par l’arbitre, et celui-ci nous annoncait « dix ! » quand il ne restait que 10 secondes avant de shooter, puis sifflait quand le shot clock etait a bout ; nous avions des maillots batards de marque inconnue, avec des flocages dignes de l’AS St Etienne de 1974, et bien sur aucun survetement : et moi, tout ce dont je revais, c’etait de me lever du banc en degrafant les boutons pression de mon pantalon d’un geste vif et d’etre all-business.

Mon premier contact avec cet equipe est un choc frontal. L’equipe est riche : il ne manque pas de materiel, et encore moins de joueurs… a mon arrivee, le squad (qui n’est pourtant compose que de 1e et de 2ndes) comprend…

…32 joueurs.

Toppa (c’est le nom que je donne au prof de sport/entraineur de l’equipe) m’invite quelques jours apres mon arrivee au Japon a aller l’aider a coacher un match amical qui a lieu a domicile contre un lycee d’un autre departement. Dans la chaleur etouffante et collante de notre gymnase, je transpire. Dehors, il fait une chaleur tropicale, et dedans, aussi, il fait une chaleur tropicale. Pas de ventilation, pas d’air, et 35 bons gros degres. On supporte. La chaleur est la meme pour tout le monde, qui en chie, alors aucune raison de se plaindre. Il n’y a pas de ventilateur dans le gymnase ? Et alors ? C’est partout comme ca ! On n’est pas au centre de remise en forme.

Toppa me demande de l’assister, puis s’en va comme ca, en me confiant toute l’equipe pour un quart-temps du match, ou pour un « semi-match » (2×10 minutes), je sais plus. Et je sais encore moins gerer cette equipe qui me semble trop grande. Je ne connais aucun joueur, leurs points forts, leurs strategies, rien. Je rentre de plein fouet dans le basket academique et serieux, dans le monde du « bukatsu ».

 

Je n’envisage pas encore d’integrer un club en tant que joueur : la tache qui m’attend avec ce groupe de jeunes n’est pas des plus aisees. Je vais faire de mon mieux dans ce contexte basketballistique radicalement nouveau que je presenterai plus en details dans mon prochain post.

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Yayoi – precisions

23/02/2010 Dean27 6 commentaires

Derniere ligne droite ne signifie pas « fin », rassure-toi… Tant d’evenements et de circonstances qu’il me reste a raconter. La ligne droite est devant moi, ce qui signifie uniquement que je commence a entrevoir la fin de cette aventure que j’aime toujours partager avec toi. Mais la ligne droite est encore assez longue.

Les commentaires que tu laisses, comme je l’ai deja souvent ecrit, m’aident a continuer a ecrire. Merci. Sans toi, tant d’abandons auraient fait de ce blog un miserable souvenir.

 

Yayoi, pour donner plus de precisions, c’etait un club de balaises ou tout le monde jouait pour gagner. Les plus jeunes etaient ambitieux et les plus ages jouaient pour preserver la reputation du club. Pas de basketteurs du dimanche, et encore moins de joueurs de seconde classe. Je n’y suis reste que 3 mois, mais cette evidence m’est apparue des le premier jour d’entrainement.

Localement et a travers les annees, Yayoi s’est fait un nom, une reputation. Si j’ai atterri dans ce club, c’est parce que j’ai dit a la personne responsable du basket de mon arrondissement que je cherchais une equipe competitive, alors on m’a mis sur la voie Yayoi. Certains jours, nous nous entrainions dans le gymnase d’un college du quartier ou j’habitais, et certains collegiens venaient nous voir nous entrainer, voire participer aux drills ou aux matchs. On sentait bien qu’ils voulaient apprendre de leurs aines, et ceux-ci n’hesitaient pas a leur donner des conseils ou les remontrer de temps en temps. Je me rappelle ce jeudi soir ou, apres l’entrainement, Nabe (le capitaine de l’equipe) avait pris un jeune pivot tout maigre et encore pas tres a l’aise dans son corps au bord du terrain pour le faire travailler des gestes basiques de pivot. Un peu de mikan, quelques sauts a repetition la balle haut au-dessus de la tete a essayer de toucher le panneau, et le jeune ne rechignait pas. Quand il n’arrivait pas a faire ce qui lui etait demande, il se faisait engueuler sechement et bien, mais c’est tout ce qu’il demandait, le mioche.

Je me mets a sa place, et comprends bien l’admiration et les attentes de ce gamin. Il sait qu’un club de haut niveau vient s’entrainer dans son gymnase et que les gars ne temoignent d’aucune mauvaise volonte lorsqu’il s’agit d’aider un jeune bleu comme lui, alors il en profite, et il a bien raison. Eux l’aident, ils savent qu’ils ont raison aussi. Pas la peine d’etre Ettore Messina pour savoir que donner des bases solides aux jeunes joueurs et les mettre tres tot sur le droit chemin de la maitrise des fondamentaux est une des clefs de la reussite. Peut-etre qu’ils pensent deja a la releve et qu’ils guident les joueurs, meme tres jeunes, pour qu’ils deviennent les stars locales de demain, pas bete. De mon cote, je crois que ce qui a accelere mon developpement et qui a ancre les fondamentaux dans mon jeu, c’est la participation aux camps de Pacific Lutheran University. J’ai pratiquement tout appris la-bas, en un total de 10 jours de camp sur 2 annees. J’avais des coachs qui croyaient fermement en leurs principes, et qui etaient tres stricts lorsqu’il s’agissait de les appliquer sur le champ. C’est comme ca que j’ai appris, et c’est sur ces bases que j’ai fais des progres. J’ai ete pris en charge par les bonnes personnes a un moment crucial de mon apprentissage, le timing etait parfait : a 14 ans, je cherchais encore ma position de shoot, quand un coach de PLU m’a affirme 27 fois par jour qu’il fallait aligner son coude, finir la main dans le panier, garder ses yeux rives sur la balle pour le « muscle-memory reflex », etc. et bing ! Ca s’est ancre en moi comme jamais. J’ai peu a peu trouve mon shoot en gardant en tete les principes que j’avais appris aux Steïtsses.

Le gamin de 14 ans qui devait attendre beaucoup de Nabe, s’il a suivi les conseils du cap’s, a du bien progresser, j’en suis sur. Eventuellement il doit faire partie de Yayoi maintenant. Ce ne serait pas une surprise…

Nabe, lui, a du prendre sa retraite sportive, a moins qu’il ne joue encore que pour le plaisir. C’etait un trentenaire d’un petit metre 70 qui n’avait peur de personne et qui avait un sacree experience de basket derriere lui. Il jouait un peu comme Andre Miller… c’est-a-dire qu’il jouait tREs bien, car Dieu sait a quel point j’aime Andre Miller. Il jouait sans complexe, penetrait, shootait, dictait le rythme du jeu et avait un controle total de la balle. Sa place de capitaine/meneur titulaire etait incontestable, et sa confiance, inebranlable, comme la mienne en 1996. Je ne l’encense pas, loin de la… Nabe. 

Pourtant, le jour du match ou j’ai scotche le pivot americain en l’air (et que tout le banc s’est leve en gueulant les bras ecartes, entre parentheses…), il s’est passe un truc avec Nabe qui ne s’est jamais efface de ma memoire et qui etait pour moi tres significatif a l’epoque. Apres une remise en jeu adverse, alors que nous defendions en zone press, il s’est soudainement retrouve nez a nez avec le pivot qui venait de recevoir la balle au milieu du terrain. L’Americain faisait une vingtaine de centimetres de plus que Nabe qui paraissait encore plus petit tellement il flechissait ses jambes pour defendre, et en passant la balle au dessus de notre capitaine, il a tape la balle sur la tete de Nabe avec ses deux mains en esquissant un sourire exagerement moqueur et hautain. Nabe n’a rien dit mais son visage a bien laisse exprimer une espèce de dépit ou de lassitude de ce genre d’attitude pretentieuse. Ce geste plein de morgue est reste grave dans ma memoire parce qu’a l’epoque je voyais les choses un peu trop largement, comme un rapport de force dominant/domine entre un Americain et un Japonais. Nabe etait petit, avait un jeu sobre, technique et tres travaille, alors que le gars (qui ressemblait beaucoup a Tim Kempton du CSP de 1994-95 d’ailleurs), etait grand, mastoc, dunkait, et jouait comme un gros bourrin. Deux styles differents, mais moi j’imaginais que le grand devait etre persuade qu’il etait plus balaise que tout le monde et que c’est surement pas un gars comme Nabe qui pourrait lui causer des ennuis. J’ai extrapole l’evenement et me suis dit alors que si les Americains etaient si forts en basket, c’est notamment parce qu’ils sont persuades qu’ils sont meilleurs que tout le monde. Je ne sais pas ce que tu en penses, j’aimerais bien avoir ton avis sur le sujet, ca m’interesse.

Maintenant j’aurais tendance a nuancer un peu (beaucoup) mon interpretation, mais a ce moment de ma carriere ou je ne connais pas encore grand chose au basket nippon, c’est a cela que je pensais.

 

Sinon, Yayoi etait compose d’autres gars techniquement ou physiquement forts, ou les deux. Il y avait cet arriere shooteur qui etait pompier et qui courait plus vite que tout le monde, alors qu’il etait aussi grand que moi (1m79). A ce moment, je n’avais pas vu beaucoup de joueurs etre capables de sprinter aussi vite que lui pour finir en finger-roll avec un touche aussi bon.

Il y avait aussi un grand interieur qui ressemblait a Dino Radja et qui possedait des fondamentaux collectifs tres avances. Quand il se mettait en poste haut, il avait toujours le timing parfait pour surprendre les defenseurs avec ses flare screens, le batard. Je me suis fait avoir plus d’une fois…

Et puis je me rappelle ce grand d’un bon metre 95, mais celui-la je ne le voyais qu’aux matchs, il ne venait jamais aux entrainements. RAS.

Enfin, il y avait cet ailier tres polyvalent qui etait dans le collimateur de scouts de la Japan Basketball League. Le gars etait tres athletique et savait tout faire, c’est vrai, mais je ne sais pas tres bien en quoi il excellait. Un vrai all-rounder nippon avec une condition physique au top, capable de shooter a 3 points, de courir tres vite pour jouer en transition et de jouer la zone press tout-terrain pendant 40 minutes. J’y reviendrai. A son sujet, je me rappelle tout juste une fois, quand j’avais essaye de le contenir au box-out, il m’avait esquive et pris la balle au-dessus de la tete.

 

Tant de joueurs, tant de profils differents a decrire… c’est dommage que je n’aie pas lu le manga Slam Dunk. Tortuegeniale m’en a deja parle, et c’est vrai que si je connaissais les personnages de cette BD, je pourrais faire les rapprochements et te dire qui ressemble a qui. Comme ca:

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Je n’aime pas les manga, mais peut-etre qu’un jour je m’y mettrai.

Et puis c’est clair qu’en presque 20 ans de carriere de basketteur, avec tous les coequipiers, adversaires et coachs que j’ai croises sur mon chemin, j’aurais pu me creer une panoplie de personnages tous aussi uniques et complexes a la fois. Si j’avais eu le coup de crayon de Takehiko Inoue, j’aurais fait de mon histoire un manga. Et si j’avais eu l’oeil de Jil Deska, j’en aurais fait un film, tiens.

 

Compiegne… j’aurais du developper un peu plus ce court passage dans l’Oise, mais je ne voulais pas trainer. Et puis ce n’etait qu’un passage. 3 entrainements avec un club dont je ne me souviens meme plus le nom. Le gymnase etait assez grand et neuf, c’etait celui qui se trouvait en direction de Venette, je crois… dans un quartier residentiel. Aucune idee du nom du club, si tu peux me guider ce serait avec plaisir. Le club evoluait en excellence region… en honneur region ? Bref, mon passage etait trop court pour que je me souvienne de tout.

J’ai voulu recommencer doucement a tater la balle orange au debut du printemps 2005, quand j’ai appris que je pouvais retourner au Japon. Alors aller m’entrainer avec le club compiegnois n’etait plus dans mes priorites, car il me fallait organiser mon retour pressant sur l’Archipel.

Mais je me souviens de quelques trucs. Je me souviens de mes courbatures le lendemain du premier entrainement, au dos et aux ischio-jambiers. Meme si je faisais regulierement et serieusement du VTT dans la belle foret de Compiegne, je ne sollicitais evidemment pas les muscles du basket, ca, mon corps l’a bien senti.

Je me souviens aussi de mon attitude lors du premier entrainement (qui n’etait qu’une seance de 2h de 3×3): comme j’etais sur de ne pas pouvoir planter de shoots et de ne faire que des briques, j’ai decide d’utiliser mon endurance (acquise grace au VTT) pour defendre comme un mort de faim. J’etais assez content de moi. Et puis finalement j’ai quand meme reussi a planter des shoots, a ma tres grande surprise.

Je me souviens aussi avoir mis une grosse bequille a mon adversaire direct qui ne semblait pas tres content du geste involontaire de ma part… malgre mes excuses.

 Je me souviens aussi m’etre dit, apres avoir pris la decision de ne pas revenir m’entrainer avec ce club, que je n’avais pas perdu tant que ca, et qu’a mon retour au Japon, je verrai si je pourrai pas continuer. Pour me retrouver sur la derniere ligne droite, certes semee d’embuches, mais ce sera la derniere ligne droite.

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Yayoi

22/02/2010 Dean27 10 commentaires

Alors pourquoi venir au Japon ? J’aurais pu rester en France, atterir au Bresil, aux Etats-Unis, en Israel ou en Chine, mais j’ai opte pour l’archipel nippon. Pas de France. Tu sais pourquoi. Pas la peine d’en dire davantage. Pas de Bresil. Ma mere et ma soeur (surtout ma mere) etaient dans mes annees adolescentes tres portees sur le pays de Gilberto Gil, de Seu Jorge et de Gal Costa… pendant quelques annees je n’ai entendu que de bossa nova a la maison. Elles se sont rendues toutes les deux dans ce pays pendant les annees 90, mais pas moi. J’aurais donc pu etre tres influence, mais je ne l’ai ete que tres peu, en tout cas je ne l’ai pas ete assez au point de vouloir aller y vivre, meme si j’ai maintenant quelquefois envie d’aller visiter certains endroits. Et meme si j’ecoute moi-meme pas mal de bossa nova. Apres un gros stress lie au basket, apres un match, quoi de mieux que la voix de Chico Buarque pour se relaxer ?

Pas d’Etats-Unis non plus. Tu sais que j’avais la possibilite d’y rester en 1997 (mon coach americain me l’a demande plusieurs fois) ou d’y retourner, mais je n’y suis pas retourne. Pourtant, j’ai ete profondement marque par mon experience de vie aux Etats-Unis, je pense que tu l’as bien compris. Une partie de moi-meme, meme maintenant, reste un petit peu americaine. Je me suis tellement impregne de ce mode de vie et de cette culture qu’une partie de mon identite reste encore yankee.

Pas d’Israel. Quand j’avais 12 ans, je suis parti dans ce pays pendant une petite semaine avec mon pere et ma soeur. J’ai visite Jerusalem et Tel Aviv, j’ai flotte sur la Mer Morte et j’ai passe du temps, joue aux jeux videos et au basket dehors avec un gamin du kibboutz en ne connaissant que 2 mots d’hebreux (« tov » : bien, « lo » : non, et « Maccabi » : temple du basket). J’ai adore ce pays, l’hospitalite des gens et la vie dans le kibboutz. J’aurais pu y aller, donc. Mais les conflits que l’on connait et l’insecurite de ce pays m’ont rapidement refroidi. Quelques annees apres mon voyage, j’ai appris aux infos qu’une bombe avait explose dans un centre commercial de Tel Aviv ou j’avais passe une apres-midi. Donc pas d’Israel.

Et pas de Chine, parce que c’est un pays d’Asie qui ne me dit rien du tout. Je n’y suis pas alle, ne connais rien de la terre de Yao et du milieu, alors si j’en parlais je raconterais n’importe quoi. Donc je n’en parle pas et j’y vais encore moins.

 

Alors le Japon. Qu’est-ce qui a bien pu me guider vers ce pays lointain et isole ? Je vais commencer par le debut. Tout a commence par Recre A2 et le Club Dorothee apres l’ecole et le mercredi. C’est aussi simple que cela. Puis tour a tour, j’ai ete grand fan d’X-OR qui flippait devant certaines scenes qui penchaient vers l’etrange quand elles ne tombaient pas dans le ridicule, fan de ninjas et de Bruce Lee (meme s’il n’etait pas japonais, m’a rapproche de l’Asie), lecteur de manga en version originale qui ne comprenait rien aux histoires mais qui s’en foutait parce que les dessins etaient canons, decouvreur de coolitude japonaise en feuilletant un magazine de mode qu’une etudiante Japonaise de Marian m’avait gentiment prete, et spectateur de cinema radicalement nouveau pour moi en voyant Kids Return, Hana-Bi ou Postman Blues.

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 Je pense donc avoir un long lien avec ce pays, comme beaucoup d’enfants des annees 70/80. Puis en 2000 j’ai fait une rencontre determinante que tu comprends, j’ai fait un voyage de 5 semaines a Tokyo et j’ai ete seduit. J’ai compris que je pouvais vivre dans ce pays et que je ne serais pas handicappe par l’exotisme et la distance. Et puis comme je l’ai deja ecrit dans un post precedent, je sentais qu’il etait temps de recommencer ma vie, alors je me suis dit qu’il valait mieux la recommencer ailleurs. C’est a peu pres pour tout ca que je me suis retrouve au Japon et pas ailleurs. Ai-je repondu a ta question ? D’ailleurs, l’ailleurs a toujours fait partie de ma vie, qui n’a rien d’une vie de sedentaire. L’exil comme plan d’avenir® a constamment ete present au fond de moi.

 

Revenons au basket et a la suite de mon histoire avec Lupin qui se termine. Tu sais qu’apres quelques mois je quitte le club pour des raisons competitives. Je veux jouer a un meilleur niveau, m’entrainer plus et voir s’il me reste encore des chances de me surpasser, de ne plus etre le joueur qui regarde toujours en arriere et qui regrette de ne plus pouvoir atteindre le niveau qu’il avait avant. Peut-etre pas pro, mais au moins pouvoir me surpasser, ca, ca serait bien.

Lupin avait dans ses rangs des joueurs adultes de niveau tres moyen, qui avaient tous tate de la balle orange au college, au lycee ou a l’universite. Il arrivait aussi souvent que des gars d’autres clubs, jeunes ou moins jeunes, viennent participer aux entrainements ; vu que la 1e partie du practice etait des drills simples et pas tres exigeants sur le plan physique, et que la 2e partie etait une bonne heure de matchs, ce format seduisant attirait bon nombre de ballers du quartier. C’est quelque chose que j’ai souvent remarque dans les clubs amateurs que j’ai connus ici : les creneaux horaires pour le basket sont tellement precieux que l’entrainement d’un club particulier signifie aussi inviter d’autres joueurs a venir participer au jeu. Plus on est de fous, et plus on rit, comme on dit.

A Lupin, un joueur costaud et visiblement plus fort que les autres venait faire son show tous les jeudis soir. C’etait un vingtagenaire au corps grand et muscle correctement mis en valeur par des vetements qui affichaient sa presence a divers camps ou il avait domine. Il n’en portait pas, mais si la mode avait ete celle des collants noirs a la Dwyane Wade, il en aurait mis. Le gars avait visiblement tate la division 2 de la JBL, et « savait dunker ». Moi j’aimais bien defendre sur lui. Il etait bien plus lourd que moi et savait utiliser sa puissance pour faire gicler tout ce qui entrait dans sa ligne de mire. Il ne me faisait pas peur, et lui n’avait pas peur de moi non plus. Un jour que je voulais defendre sur lui en individuelle, comme a l’accoutumee d’ailleurs, Hiroshi, le coach avise de mon club, m’a sagement averti en me disant : « Mais il sait dunker !… ».

Je ne sais pas trop ce que ce joueur est devenu. Ni comment il s’appelait.

Alors que je quitte le club lupinique, je continue a chercher chaque saison dans le guide officiel de la JBL si le gars ne fait pas partie d’un roster de division 1 ou 2, mais il n’en est rien. Par contre, je decouvre des infos assez interessantes pour un fan de basket de high school et de NCAA comme moi. Ce que je decouvre dans le guide de 2002-2003, c’est qu’Antonio Lang, Charles O’Bannon et Tom Kleinschmidt jouent en division 1 japonaise. Dans leur equipe respective, ils sont l’etranger parmi les deux etrangers autorises par equipe en championnat semi-pro. Il faut que tu saches ceci : dans la ligue JBL, qui est une ligue faite d’equipes d’entreprises comme Toshiba, Toyota ou Mitsubishi, si je ne me trompe pas, les joueurs sont des salaries de ces compagnies. Ils doivent avoir un contrat particulier, mais ils sont engages par ces grosses boites pour les representer sur un terrain de basket. Je ne suis pas assez informe sur le statut des joueurs, mais ce que je sais, c’est que chaque club n’a droit qu’a 2 etrangers. Pas plus. La plupart du temps, ces etrangers sont des interieurs americains.

Dans la ligue feminine WJBL, il n’y a aucune joueuse etrangere. Non pas parce que personne ne veut jouer au Japon, mais parce qu’une regle de cette ligue n’autorise pas les clubs a faire jouer des americaines etrangeres dans leur championnat. Drole de regle qui peut difficilement voir le jour en Europe, n’est-ce pas ? Incroyable mais vrai. Bref, je reviens a mes joueurs. Antonio Lang, Charles O’Bannon et Tom Kleinschmidt, isn’t it ? Ces noms ne te sont pas inconnus j’espere. Antonio Lang etait une des stars de Duke au debut des annees 90 avec Grant Hill, Cherokee Parks et Bobby Hurley. Charles O’Bannon est devenu champion NCAA avec UCLA en 1995 avec Tyus Edney, George Zidek, son frere Ed O’Bannon et un certain Toby Bailey qui n’a plus rien fait apres ses dunks qui m’avaient fait penser qu’il deviendrait une star.

Et Tom Kleinschmidt… avant de devenir star a l’universite DePaul, TK etait high-school All-American lorsqu’il jouait pour Gordon Tech, un lycee de l’Illinois. Il n’a rien fait en NBA, mais s’il est pour moi tres connu, c’est parce que c’est lui qui bat William Gates de Hoop Dreams dans sa saison sophomore et junior. On ne le voit pas trop dans le film (seulement quelques moves lors du match contre Gordon Tech ou Gates foire deux lancers-francs decisifs ou au Nike All-American camp ou Spike Lee fait son speech : You’re black, you’re young males..), mais dans le livre, TK est presente comme le bourreau de William Gates et de son equipe St Joseph. Bref, tout ca pour dire qu’il fait partie de mon imaginaire Hoop Dreams presqu’au meme titre que les deux personnages principaux du documentaire.

TK

Le plus incroyable dans mon histoire, c’est qu’un jour de match des Toshiba Brave Thunders (le club de Kleinschmidt), j’arrive tres en avance sur les lieux et apercoit l’ancienne gloire toute-americaine au loin dans les tribunes. Il est avec son squad, tranquille, personne ne fait attention a lui, ou du moins personne ne vient lui demander des autographes ou quoi que ce soit.

Je me decide a aller lui parler.

« Vous etes Tom Kleinschmidt, n’est-ce pas ? que je lui demande. – Yeah. On se serre la main.

- Je vous connais parce que je vous ai vu dans Hoop Dreams battre William Gates ! Je ne sais pas trop quoi lui dire, tu comprends bien. Qu’est-ce qu’il faut dire quand on rencontre une star ?

- Yeaaah, William Gates ! me repond-il avec un grand sourire. C’est drole, c’est comme si je lui ravivais un souvenir bien lointain, alors que pour moi Gates et Kleinschmidt font tellement partie du meme monde. Je lui demande s’il a deja joue en NBA. Il me repond qu’il a ete drafte par les Sonics et qu’il a fait quelques essais avec eux, mais qu’il a ete coupe avant le debut de la saison. Sans trop comment continuer la conversation qui, je le sais, ne me menera a rien, je lui dis que quelques annees plus tot je jouais pour Marian Catholic High School. Lui qui est de Chicago doit forcement connaitre cette ecole du South Side.

- Oh yeah, Marian Catholic ! My brother plays for St. Patrick ! Whaaaat ! St. Patrick… le monde est petit. St. Patrick est un lycee plutot blanc de la banlieue de Chicago, plus precisement du quartier polonais de la ville. J’y avais joue en 1997 le dernier match de la saison reguliere, et je m’y etais fait torcher de 40 bons points. Le monde est vraiment petit. Puis, gentiment, il me donne son adresse e-mail ; je lui ecrirai ; lui ne me repondra pas, bien evidemment. Mais avoir pu discuter 3 minutes avec un actant du film qui a bouleverse ma petite tete de hoop dreamer reste quand meme un evenement marquant de ce debut de vie au Japon apres avoir traverse les couloirs, foule le parquet de St Joseph et serre la main du mentor d’Isiah Thomas, le coach Gene Pingatore un soir de fevrier 1997. Dans ce sens, le hasard m’a bien oriente.

A ce jour, il ne me reste qu’a rencontrer William Gates et Arthur Agee, et ce sera parfait.

 

Apres Lupin, c’est-a-dire en 2002, je fais -encore- l’acquisition de nouvelles shoes. Desole de m’attarder sur les shoes, mais c’est un fetiche tellement symbolique dans ma carriere que ne pas en parler serait manquer de fidelite a un element fondamental du contexte de ce blog. Donc malgre l’amour que j’ai toujours pour mes Jumpman Pro 2, il est temps de s’en separer, de passer a autre chose… Les Adidas ProModel 2G sont mes nouveaux weapons. Elles sont solides comme aucune autre paire de chaussures que je n’ai jamais portee, et puis une surprise sans interet mais qui merite que j’en parle ici me fait prendre conscience de quelque chose : jouer plusieurs fois par semaine pendant 3 ans, ca use les souliers. Lorsque j’enfile a nouveau mes Jumpman apres l’achat des 2G, j’ai l’impression de marcher par terre, de jouer en chaussettes. La semelle, usee, est devenue tellement fine que jouer avec les 2G m’eleve de 2 bons centimetres. J’ai quand meme joue toute une saison avec les semelles Air a plat sans m’en apercevoir… Alors si j’ai un petit conseil a te donner, jeune basketteur qui veux prendre soin de ses pieds et de ses chevilles, eh bien change de paire de shoes avant chaque saison. Je ne m’en suis jamais rendu compte, mais maintenant je sais : les chaussures de basket s’usent aussi vite que des chaussures de skate, et doivent etre changees regulierement. Et dire qu’il m’est arrive de jouer avec mes Air Unlimited quelques 6 ans apres les avoir achetees… C’est une erreur que je ne ferai plus, et dorenavant, je m’acheterai plus de chaussures. Parenthese fermee.

Pourquoi les ProModel 2G, au fait ? La reponse est simple : parce que je decouvre LeBron James a ce moment-la dans SLAM aux cotes de Sebastian Telfair, qu’il est la mine d’or en devenir de Nike qui se frotte deja les mains, et qu’il joue avec les 2G avec beaucoup de classe.

 lebron-james-high-school

Bye Lupin, hello Yayoi Club. 3 mois dans ce nouveau club, pas plus. Puis un evenement con me fera hesiter a recommencer puis carrement tout arreter de novembre 2002 a avril 2005. Laisse-moi te raconter brievement ce passage. 3 mois pleins, d’aout a novembre 2002. Yayoi est un club qui n’a rien a voir avec Lupin. On va dire qu’il est l’antithese du club amateur qui se cherche et qui n’est que la reunion amicale uni-hebdomadaire d’anciens basketteurs moyens. Yayoi, quelques annees plus tot, a ete champion amateur de toute la region du Kanto, rien que ca. Le Kanto est la region qui regroupe plus de 20 millions d’habitants dans Tokyo et Yokohama, plus d’autres departements avoisinants. Qui a dit que le Japon etait surpeuple ? Yayoi a un venerable coach, Monsieur Suzuki. Yayoi a 3 entrainements hebdomadaires, participe a la coupe du Japon, le tournoi All-Japan, a dans ses rangs des joueurs qui ne sont pas des blaireaux. Yayoi a le niveau de Nationale 4.

Entrer dans ce club me remet dans un contexte intense. On joue vite, competitif, agressif. Les gars ont des automatismes que personne a Lupin ne possedait, et c’est evident qu’ils jouent ensemble depuis bien longtemps. Comme Stephon Marbury qui debarque aux Celtics dans une mecanique deja bien huilee, j’arrive a Yayoi en ayant moi-meme deja fait quelques preuves par-ci par-la mais en devant tout apprendre de ce jeu collectif, et surtout en etant patient. La patience est le mot-clef de ce passage basketballistique. La hierarchie, presente et bien pesante, est deja en place, et moi je ne suis qu’un jeune loup qui cherche a s’imposer et qui se trompe. Je n’ai que 23 ans, et je suis le plus jeune de l’equipe avec un autre gars que tout le monde engueule. J’ai dit « pesant » ? Moi on ne m’engueule pas, mais tacitement on m’invite a accepter mon statut de jeune arrivant. Cela ne veut pas dire que je ne peux rien faire et que je dois tout accepter, non ; cela signifie que je ne serai pas titulaire, que je vais devoir gagner ma place et que je n’aurai pas le statut d’ « etranger-star » comme a Lupin. 3 mois donc a jouer dans ce contexte.

La hierarchie bien en place, le coach n’a pas besoin de venir regulierement aux entrainements (je ne le rencontre d’ailleurs que tres peu) et semble plutot avoir un statut de superviseur qui dirige le groupe par quelques gestes de la tete. Ceux qui dirigent par la voix et qui donnent les instructions pendant les entrainements, ce sont les anciens de l’equipe, le capitaine et d’autres. Quand le coach vient aux entrainements, c’est simple : il ne parle pas. Nous jouons plusieurs matchs amicaux contre des equipes de niveau releve de Tokyo. Je ne sais pas qui organise ces matchs, ni quel enjeu ils ont, mais on a pas mal de matchs. Moi je m’en sors bien aux entrainements, j’ai le niveau et petit a petit je m’impose en scorant de plus en plus lors des matchs de fin de practice. Par contre, lors des matchs, je score moins et je joue petit bras. Je n’arrive pas a definir mon role, quand j’entre sur le terrain je ne sais pas quoi faire. On est beaucoup dans l’equipe a pouvoir scorer, alors je ne sais pas si je dois prendre le shoot moi-meme ou si faire une passe en plus est la meilleure solution.

C’est bizarre de se retrouver dans cette situation, alors que pendant toute ma carriere j’ai joue en prenant le shoot d’abord et en passant apres. Si je score, c’est tant mieux pour tout le monde, et si je ne score pas, je prendrai le shoot suivant, que je me suis toujours dit. La il m’arrive meme de trembler en arrivant sur le terrain, a jouer comme un debutant. En contre-attaque, je m’arrete pour prendre un jump-shoot a deux balles ou je fais une passe en retard… alors que mon jeu a toujours ete de fixer le defenseur a 5-6 metres du panier, puis re-accelerer pour un lay-up ou un shoot avec contact pres du cercle. En bref, je joue passif et subis le rythme du jeu, alors que je devrais savoir ce que je dois faire avant de fouler le terrain.

Le seul highlight en match de ces 3 mois est un contre magistral sur un pivot Americain d’un club de Tokyo, mais tout le monde s’en fout et il ne reste dans la memoire de personne.

A ce moment-la, je n’ai plus de patience. Je dois bien jouer, tout de suite, je ne dois pas perdre de temps. Je dois m’entrainer, mais est-ce que j’ai encore la patience de m’entrainer durement comme a Marian, ou il m’avait fallu quelques mois avant d’avoir suffisamment d’assurance dans mon jeu ? Je ne sais pas trop. Et puis la hierarchie pese. Je fais l’effort de venir a tous les entrainements pour gagner du temps de jeu, pour progresser et pour montrer ma tenacite. Mais les jours de matchs debarquent des joueurs que je ne vois jamais aux entrainements et qui prennent leur place dans leur 5 de depart ou qui sont les premiers choix du coach du banc. Pour quelqu’un qui n’a plus de patience comme moi, c’est un peu embetant, meme si j’accepte le statut de chacun dans ce club ou les gars ont leur place depuis longtemps.

Et puis le 7 novembre 2002 arrive. Sur une penetration ligne de fond gauche, je deborde mon defenseur, puis prends brusquement mon impulsion en plantant ma jambe gauche au sol, quand je sens mon genou faire un petit « tchic ». Ca me fait une douleur vive qui me fait grimacer, mais je continue a jouer. Le soir, je commence a sentir la douleur monter, et le lendemain j’ai le genou aussi gros que ma cuisse ; je ne peux plus plier ma jambe.

La douleur partira au bout de quelques jours, ce ne sera qu’une petite lesion meniscale.

Mais l’envie de revenir, elle, ne reviendra pas.

L’hesitation prendra le pas sur tout, et je laisserai tomber Yayoi Club.

Puis le temps passera vite et le basket sera une affaire du passe.

Un mail adresse a mon pote Gilles explique ce que je ressens a propos du basket, que tout est confus. Desole pour la longueur de ce post, et desole d’etre toujours confus. Si je ne suis pas pro, c’est parce que j’ai toujours ete confus par rapport au basket apres 1997, je crois que tu l’as compris.

Sinon pour le basket, j’ai pris une decision. C’est tres difficile a prendre, mais j’ai decide de m’arreter pour le moment. C’est tres difficile pour moi de devoir prendre cette decision, mais je pense que c’est la plus juste, afin de ne pas tenter
eternellement un retour en arriere. C’est trop dur a expliquer, je prefere t’en parler plutot que de tout dire par ecrit.
Je ne sais pas comment te dire, mais je n’ai jamais accepte d’avoir echoue dans ce domaine qui m’etait tres cher. Si tu es pret a m’ecouter, je pourrais t’en parler tres longtemps. Tu es d’ailleurs la seule personne avec laquelle je peux dire ce genre de chose en sentant que j’ai en face de moi quelqu’un qui comprend bien ma situation.
Je vais te dire une anecdote. Je ne sais pas ce que ca a a voir avec ma decision, mais j’ai envie de te dire ca. Sache qu’en t’ecrivant ces mots, j’ai un gros noeud dans le ventre. Voila, quand je suis rentre des USA (mai 1997), il y avait un tournoi 3×3 a Palavas pendant l’ete. J’y suis alle comme ca, sans coequipier, et j’ai forme une equipe avec deux mecs, dont un que je connaissais du college. On est arrives en finale, alors que le niveau etait releve. On a perdu en finale, mais avec beaucoup d’honneurs. Ce jour-la, je n’ai pas peur du mot, je sentais que j’etais vraiment fort. A vrai dire, je faisais ce que je voulais, et je sentais une grande satisfaction. Quand le tournoi a touche a sa fin, je suis alle attendre ma mere qui devait venir me chercher en voiture. J’etais donc assis pres de la salle de basket, et la il y avait un gamin qui avait assiste ou participe au tournoi et qui m’avait vu jouer. Il m’a regarde, et quand il m’a regarde, j’ai senti la reconnaissance que je desirais tant en voulant devenir joueur professionnel. Je sentais bien que j’avais accompli quelque chose, et que j’accomplissais mon but, je franchissais les etapes. Je me souviens toujours de ce regard et du sourire que je lui ai rendu, en me sentant bien.  Tu as remarque que j’ai abuse du verbe “sentir”; maisc’est parce que la satisfaction passait par la plenitude, l’appaisement du corps. Je ne sais pas quoi dire, vraiment. Si je dois recommencer le basket ce sera a 100%, ca ne peut pas, ca ne peut plus etre autre chose.
Tout ce que je te dis la est infime par rapport a tout ce a quoi je pense.

 

De Yayoi, je laisserai donc le basket amateur japonais.

Je me concentrerai sur mon boulot et mes etudes, je jouerai quelquefois sur un playround tokyoite, je jouerai une fois a Montpellier lors d’un sejour en ete, je jouerai deux fois dans le club du meme Gilles.

Je rentrerai une fois en France pour y tenter un nouveau depart de 2004 a 2005, mais je realiserai –a nouveau- que c’est un mauvais choix.

Je vivrai quelques mois a Compiegne, je jouerai quelques entrainements avec un club de regionale de cette ville de l’Oise et me dirai que finalement, je n’ai pas tout a fait perdu.

Je realiserai que le Japon est en fait le pays dans lequel je dois vivre. Je reviendrai en juillet 2005 en tant que lecteur de francais.

Je serai sur la derniere ligne droite de ce blog.

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Japon 2001

12/02/2010 Dean27 8 commentaires

Merci encore pour tous les commentaires qui ont ete laisses sur mon dernier post. Je ne peux pas y repondre a tous individuellement, mais c’est toujours une bonne surprise de lire que beaucoup de lecteurs se reconnaissent dans ce que j’ecris; jusqu’a present, en effet,  je n’ai partage quelques petits details de ma carriere de basketteur qu’avec quelques personnes qui se reconnaitront. C’est donc drole de lire que tout ce que j’ai longtemps garde au fond de moi a ete ou est toujours au fond de la pensee de beaucoup d’autres basketteurs de ma generation ou des generations plus jeunes. Merci Abdou ArenaZ et merci aux autres: meme si on ne se connait pas, quelques liens forts nous unissent.

Enfin, encore un grand merci au staff de BS de me laisser cet espace d’expression… et de le promouvoir en page d’accueil du site. Sachez qu’avec votre site vous faites du bon boulot. On ne s’est jamais vraiment parles, mais c’est clair qu’on partage cette meme passion eternelle pour le basket, ce lien tres fort nous unit egalement.

Pour en revenir brievement aux commentaires qui ont ete laisses sur mon dernier post, il y a une mise au point que j’aimerais faire, notamment pour les lecteurs qui decouvrent mon blog. En lisant les derniers posts que j’ai envoyes, on peut penser que je suis aigri contre tout, que je regrette beaucoup de choses et que je passe mon temps a critiquer le basket francais, etc. Et que par un concours de circonstances qui n’etaient pas en ma faveur je n’ai pas reussi a devenir basketteur professionnel et j’en veux a la Terre entiere.  

Attention, que les choses soient claires.  Ma part de responsabilite dans ma non-selection en espoirs apres mon retour des USA et dans ma non-integration dans une equipe de niveau regional ou national (alors que j’en avais les moyens) est grande. J’aurais pu prendre de meilleures decisions, m’entrainer davantage, repartir, etc. mais je ne l’ai pas fait. Par consequent le plus blamable dans l’histoire, c’est ton ami: Dean27.

D’un autre cote, je ne veux pas croire que je suis l’unique responsable… si tu veux, j’aimerais qu’a la fin de ce blog cela puisse etre clair pour tout le monde, et notamment pour moi: devenir ou ne pas devenir pro est un amalgame de choses controlables et incontrolables. Quelle est la part de controlable? Difficile a definir, encore plus a quantifier. Pareil pour la part d’incontrolable.

J’aimerais aussi rapidement repondre a gangsta69: quand l’Equipe et d’autres disent que le basket francais est ringard, je pensent qu’il parlent comme moi de tout ce qui fait que ce sport ne plait pas au grand public, n’est pas “sexy” et ne sait pas se vendre. Je suis d’accord avec toi sur la comparaison que tu fais avec le basket americain: actuellement, le niveau en France est 10x meilleur qu’avant, et sur certains points le basket europeen est reste plus roots et plus academique, donc peut-etre plus interessant a jouer ou a regarder que le basket americain. On est d’accord. Mais on fait quoi alors? Soit on est un sport de puristes avec des techniques, du jeu collectif et 235 tirs a trois-points par match et on est ringard? Ou alors on se la joue showtime And1/Harlem Globe-Trotters et le basket ne devient qu’un spectacle, un divertissement ? Moi je crois que la France, avec tous les excellents joueurs qu’elle a actuellement d’un point de vue technique et athletique, et la passion qui vit encore dans ce pays, a la possibilite d’avoir une ligue aussi bonne pour les puristes qu’attrayante pour ceux qui decouvrent et suivent ce sport. Enfin bref, tout ca pour dire que je crois sincerement que le debat sur la ringardise du basket francais est justifie: on ne parle pas de niveau ou de competitivite, mais de marketing et de seduction. Si personne ne veut porter de maillots de LNB sur des playgrounds, ce n’est pas a cause du niveau de la ligue, mais parce qu’ils representent une ligue qui n’est pas cool (et parce qu’ils sont moches, evidemment). Le jour ou des jeunes porteront des maillots de basket de LNB sur des playgrounds comme beaucoup de monde porte des maillots de foot de clubs de L1 ou de C1 dans la vie de tous les jours, alors je penserai que le basket francais n’est plus ringard.

Un exemple me vient en tete, je pense que le rapprochement est parlant: en 1999, avec Play, Moby est devenu la star qu’on connait. Dans une interview qui m’avait marque a l’epoque, il disait quelque chose comme: ”je ne suis pas le meilleur musicien, mais je sais m’entourer des personnes qui savent vendre ma musique”. J’avais trouve sa remarque tres culottee mais tres vraie. Tu vois le lien avec la LNB? Notre ligue doit avoir les personnes adequates pour relancer l’affaire. Mais bon, la je ne fais que repeter ce qui a deja ete dit dans le forum ou en commentaires.

Juste pour finir avec cette longue parenthese introductive: j’ecris en tant que non-professionnel des choses qui me paraissent justes, et la plupart des commentaires que je recois sont ceux d’amateurs comme moi. Mais je lance un appel a pro: si tu es Ali Traore ou Nicolas Batum ou tout autre basketteur professionnel et que tu lis ce blog, alors dis-moi comment tu vois ce que j’ecris. Toi qui as reussi et qui figures parmi l’elite francaise, europeenne ou mondiale, n’hesite pas a commenter les quelques lignes que j’envoie sur BS. Et si tu penses que ce que j’ecris est absurde, voire carrement a cote de la plaque, n’hesite pas a me le dire aussi, ca me donnera une autre perspective sur ce que j’ai longtemps cru.

Voila.

Apres avoir dit adieu a mon pays natal et a tous les evenements qui l’ont jalonne, j’ai pris l’avion.

12 heures plus tard, me voila en terre nippone.

Je m’installe au Japon en juillet 2001.

Sans emploi, sans diplomes, mais avec ma volonte de commencer quelque chose. Deja, c’est bien de commencer la on ou personne ne me connait et ou je ne connais personne. Inconnu parmi les anonymes, je n’ai aucun a priori sur les autres et eux non plus n’en ont aucun pour moi. Tant mieux. Ca me permet d’etre raffraichi, et de me sentir plus en paix avec moi-meme et avec les autres… je comprends bien que c’est les a priori et la rancune (injustifies tous les deux) qui ont grandement pourri mes 3 annees de passage en France. Je connais encore moins le Japon que les USA en 1996… difficile de se faire une idee claire de ce qui m’attend et de ce que je vais bien pouvoir faire ici.

Mais Tokyo m’accueille. Je suis heureux d’etre la. Pour une fois depuis longtemps, je suis content d’etre la ou je suis. Je ne pense plus au retour, a ce que ce serait si je n’etais pas la, etc. J’atteins enfin un degre de serenite que j’avais perdu de vue depuis longtemps, ca fait drole. J’habite Tokyo, je suis completement lost in translation, meme si un an d’etudes acharnees avant mon depart (1h d’etude du japonais par jour pendant une dizaine de mois) m’a consolide des bases assez solides dans la langue de ma terre d’accueil, et il fait une chaleur etouffante. Pour ceux qui ne sont jamais alles au Japon en juillet/aout, eh bien c’est les tropiques. Lourd de chez lourd.

Je me trouve un club de basket a la mairie de mon arrondissement. Finalement, je n’ai pas abandonne le sport que je pratique depuis une bonne dizaine d’annees. Je ne connais plus trop la NBA et les joueurs qui sont en vogue a cette epoque. Ce qui me marque, c’est que les Nike Shox commencent a faire leur apparition et que je les trouve bien moches. Sinon, vaguement… la NBA en 2001, c’est quoi? Mike Miller? Les Blazers? Le lock-out, ou alors ca c’etait avant? Baron Davis? Shaq qui est au top? Franchement je n’en sais vraiment rien. Je me suis toujours considere comme un spectateur du championnat americain, en superposant mes souvenirs et ma memoire chronologique selon les saisons NBA; pourtant, en 2001, la NBA est en dernier plan. Ce qui est au premier plan, c’est mon arrivee sur l’Archipel et mes debuts basketballistiques loin de ma chere et tendre Terre Francoise.

Je choisis betement le club le plus proche de chez moi… je veux dire, le club qui s’entraine le plus pres de chez moi. Parce qu’un club senior, a Tokyo, n’est pas le club de ce quartier ou de cet arrondissement, et souvent il se passe la chose suivante: des gars se connaissent et veulent jouer ensemble, choisissent une salle d’entrainement (pour nous c’est le gymnase d’une ecole primaire), s’inscrivent a la mairie ou au kumite, et hop, un club voit le jour. Mon club s’appelle LUPIN.

Lupin

Lupin? Lupin. Apparemment, mes nouveaux coequipiers sont fans d’Edgar Detective Cambrioleur, dessin anime clubdorotheesque que je regardais moi aussi dans mon enfance. Au Japon, cet anime s’appelle Lupin Sansei. Je tombe bien, donc. Je vais m’entrainer avec eux officiellement une fois par semaine. Le responsable du club s’appelle Hiroshi, c’est un petit trentenaire qui a du ventre et qui semble occupe par sa nouvelle vie de chef de famille. Il n’est pas coach. Il propose sa petite experience pour organiser un entrainement hebdomadaire avec un groupe d’une dizaine de joueurs.

La ligue? Il n’y en a pas. Nous nous entrainons longtemps, mais les seuls matchs officiels que nous jouons sont des tournois a elimination directe. Tout a coup, je deviens donc tennisman. Je dois m’entrainer et me preparer en vue des tournois, et si je perds, je dois attendre le suivant.

Voila comment en quelques lignes tu peux te faire une idee de ce qu’est le basket amateur au Japon, dans la plupart des departements du pays. Des petits clubs un peu partout, meme dans la capitale, des entraineurs manquants, des salles difficilement accessibles a cause du manque de creneaux horaires, et un systeme de ligue tres defectueux, sinon inexistant.

Mais moi ca me va. Je te rappelle que je suis dans une periode de ma carriere ou, meme si je n’ai pas laisse tombe le basket, je n’accorde plus autant d’importance a ce sport. J’ai d’autres chats a fouetter. Mais j’aime toujours jouer. Et puis mes nouveaux coequipiers m’accueillent a bras ouverts, je suis vu comme un bon joueur. Ils me poussent a prendre les shoots, a etre le meilleur scoreur du groupe et a assurer pendant les matchs. Sur le terrain, je ne joue plus arriere, mais 3 ou 4. Des guards vifs et bons manieurs de balle, il y en a une floppee, alors on prefere me mettre dans une position ou je peux etre aussi efficace a l’exterieur qu’a l’interieur. J’ai deja joue 4 quand j’etais en cadet 1e annee, ca tombe bien. Je sais utiliser mes epaules et mon gros derche pour aller au charbon et jouer a la Dino Radja. Je n’excelle pas en transition comme la plupart des joueurs japonais, mais je tiens le rythme et sais allier mon jeu physique avec la rapidite du jeu d’equipe qui prevaut. Il me faudra quelques semaines pour m’adapter a la vitesse du jeu, mais apres avoir trouve mon rythme je serai bien dans la place.

Sans faire de mauvaise comparaison, et j’espere qu’il n’y a aucune ambiguite dans ce que j’ecris, mais j’ai subitement l’impression d’etre dans la peau d’un Noir au milieu des Blancs, dans les 90’s, dans le departement de l’Herault. Je m’explique: je viens du Languedoc-Roussillon, et je me rappelle qu’en minimes ou cadets (meme en seniors), des qu’on rencontrait une equipe qui avait un Noir, on se disait: “il doit etre fort” ou “leur equipe doit etre forte”. Je te laisse apprecier la betise de ces remarques, mais c’est vraiment ce que je me disais avec mes coequipiers… Eh bien c’est un peu le meme genre de reaction que semblent avoir mes coequipiers et mes adversaires au Japon. Quand je rentre sur un terrain, quand je marque quelques points a la suite ou que je me la joue leader sur le terrain, les gars semblent me regarder avec autant de mefiance que d’admiration. Si je suis etranger, c’est que je dois etre balaise, et si je suis balaise, c’est normal, parce que je suis etranger. J’espere que tu vois la comparaison que j’essaie de t’expliquer, et qu’il n’y a aucun malentendu.

Un jour de match, je prends beaucoup de shoots et score 23 points en 1e mi-temps, et je vais m’excuser aupres du capitaine de garder autant la balle. Il me regarde bizarrement, comme si j’avais dit une connerie monumentale, et me repond: “non non non non! continue comme ca!” (je traduis evidemment). J’assure. La claaaasse.

Mon statut ne change donc pas tellement avec celui que j’avais en France: je peux et dois continuer a scorer beaucoup de points pour mon equipe. Je suis toujours amateur, mais ca va. Ca va mieux, disons. Etre dans ce contexte basket loisir ne me deplait pas. Bien sur, je suis toujours decu de ne pas avoir pu prendre le chemin du basket professionnel apres mon retour des USA, mais au Japon c’est plus facile a avaler. Je n’ai pas tous les lieux, les personnes et les evenements autour de moi, rien de concret n’est physiquement la pour me rappeler mon echec et ce que je n’ai pas atteint.  Toute la difference est la, et c’est bien pour cela que je suis un peu mieux avec moi-meme concernant ma poursuite du basket.

Et puis dans ma tete il n’y a jamais vraiment eu d’echec, de terminus, malgre tout ce que j’ai pu penser, dire ou ecrire. J’ai su que j’avais echoue a plusieurs moments, j’ai su que je devais me “reorienter” -comme on dit dans le milieu scolaire, trouver un nouveau cursus et penser a ma reconversion dans le monde du travail, et ca m’a fait un peu mal au cul de donner raison a certaines personnes qui m’avaient souvent dit que je devais envisager autre chose que le basket au cas ou je ne reussirais pas. Je n’ai pas continue sur ma lancee (la partie posee et “realiste” de moi-meme me disait que l’avenir basketballistique etait desormais enterre), certes, mais au fond de moi, dans la partie toujours positive et reveuse de moi-meme, I still had the dream.

La, en 2001, je suis toujours comme Arthur Agee ou William Gates qui, a la fin de Hoop Dreams, disent qu’en eux le reve n’est toujours pas eteint. Eux, comme moi, ont pris des chemins qui les ont eloignes du basket pro: Gates a cause de blessures a repetition, de choix de vie et de changements de motivation, Agee pour des raisons academiques et pour ne pas avoir ete au niveau qu’on attendait de lui… Mais ce qui n’a pas change au fond d’eux du debut a la fin du documentaire, c’est leur reve d’acceder au niveau pro qui ne disparait pas. Le reve reste bien enfoui, et tout, le present, la vie, les decisions, passe par-dessus… mais le reve est toujours la.

Je t’avoue donc que malgre tous mes echecs et toutes les decisions qui allaient a l’encontre de la poursuite de mon reve d’adolescence, je me suis toujours dit: peut-etre qu’un jour l’occasion se presentera, peut-etre que j’aurai encore une chance. C’est pour cela qu’avant mon depart pour le Japon, j’ai cherche sur le site Internet de la Japan Basketball League s’il n’y avait pas une possibilite pour moi d’y tenter ma chance.  C’est aussi pour cela que j’ai toujours continue le basket, et que je ne me suis pas arrete. J’ai atterri dans un monde amateur avec des joueurs qui ont tate la balle quand ils etaient au college ou au lycee, et qui ont voulu se faire plaisir, continuer a jouer, parce que, comme je le dis toujours, le basket c’est quand meme un sport bien.

 En tout je jouerai une saison entiere avec ce groupe. Nous participerons a 2 ou 3 tournois, et je serai le meilleur scoreur de l’equipe. Je me prendrai un coup de coude dans la gorge par un rageux d’une equipe qui ne semblait pas aimer les etrangers, ou ma gueule, ou mon niveau, ou ma feinte d’arrogance. Puis en 2002 je quitterai ce groupe, sympa mais pas assez competitif.

Je finirai ce post par une image trouvee par hasard sur le Net qui resume bien cette saison introductive au basket nippon:

- les Asics… tellement de joueurs portent des Asics;

- les chaussettes courtes qui ne sortent pas des chaussures;

- les noms tordus des clubs amateurs: Lupin pour nous, Zenith et Frisk (?) pour ceux de l’image;

- les femmes des joueurs qui sont assez sympa pour venir assister aux matchs de leurs mecs;

- les clubs amateurs qui ont de beaux maillots quand meme;

- les revetements “plastique-multisport”qui sont  inexistants: on joue sur du parquet, partout et tout le temps.

 Nippon Basket

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Quelle heure est-il?

03/02/2010 Dean27 29 commentaires

Il est l’heure. Il est l’heure d’en finir avec la France, avec tout ce long blanc qui a suivi mon annee riche en evenements basketballistiques a Chicago, de 1996 a 1997. Trois bonnes annees de descente ou de vide, c’est selon, mais trois trop longues annees pendant lesquelles je n’ai pas pu ni su correctement conserver mon bon niveau et pendant lesquelles j’ai passe trop de temps a reflechir.
Je me suis pris la tete, alors que j’aurais du passer le plus gros de mon temps a jouer. Sans reflechir.

Trois longues annees qui m’ont permis toutefois de comprendre que la France n’etait bel et bien plus faite pour moi. La question posee par l’Equipe recemment : « le basket francais est-il ringard ? » (reprise et discutee sur BasketSession) etait tres juste et en ce qui me concerne c’est dans l’affirmative que je me suis toujours dit cela.  Et puis en lisant tout ce qui a ete ecrit a ce sujet je ne me suis jamais senti aussi proche des basketteurs francais… je veux dire, des amateurs.
Ce qui manque au basket francais, ce qui fait ringard ou moche, peu importe les termes que l’on utilise, bref, tout ce qui fait que tout le monde s’en fout royalement du basket francais, c’est ce qui me prend la tete depuis bien longtemps… En 1998, alors que je commencais a m’embourber dans la vie en France, j’ai meme fait une ebauche de lettre a M. Pierre de Vincenzi pour qu’il essaie de reflechir a ce qu’il serait possible de changer dans le basket francais.
Bon, evidemment, je n’ai pas fini la lettre et n’ai bien sur rien fait parvenir a qui que ce soit, mais je me suis quand meme toujours dit, meme a 19 ans : mais merde, que fait la France ? avec la NBA qui bout, tous ces fans comme moi qui ne revent que de basket, pourquoi n’a-t-on rien a la hauteur de nos attentes ? Pourquoi supporter le son des turluts et des trompettes des fanfares a Dede, les maillots made in terroir et un championnat de France qui manque de scenario, de suspense, de climax ?
Moi je me suis pris la tete bien longtemps a regretter que rien ne soit fait. Mais j’en ai eu assez, alors j’ai decide de partir. Pourquoi continuer a regretter que tout autour de moi ne soit que du passe, alors que moi je pourrais aller vers l’avant, me pencher plus serieusement sur mon avenir et aller litterallement la ou ca se passe ? Je te le demande, lecteur.
En 2000-2001, pour moi seul, France rime avec passe, amertume, embourbage, Dede, frustration (tu le sais), etc. Et j’en passe. Et je n’ai pas envie de t’emmerder avec toute cette influence negative. Donc cette fois-ci, je le dis pour de bon :
Merde.

Slam Dunk

Il ne me reste qu’une saison a jouer dans mon club amateur du sud de la France, puis je serai parti au Japon. Il n’est jamais trop tard.

Je me laisse pousser les cheveux pour cette saison. Cette fois-ci, pour dire adieu a tout le monde et pour involontairement temoigner de mes desirs d’escapade, je vais jouer les cheveux dans le vent. Comme Christophe Dugarry, je vais me mettre un bandeau dans les cheveux et je jouerai sobre et bien. Fini la coupe a la Rick Barry, maintenant place aux jeunes.

Il faut savoir, meme si je crois que tu l’as compris, que je n’ai plus aucun plaisir a jouer. Pour reprendre un mauvais jeu de mots de Claude Bergeaud, le « je » a supplante le « jeu ». Hem… « Je » veux prouver, gagner, dominer, scorer, et puis c’est tout.
Tout se passe sur le terrain. En dehors du terrain, ma tete est ailleurs : le depart pour le Japon n’est plus tres loin, je dois bosser pour economiser de l’argent, je dois commencer a envisager une vie loin de tout et de tout le monde.
Encore une metamorphose a la symbolique evidente : en plus des cheveux longs, je ne me rends plus aux matchs en tenue de sport. Il est fini le temps ou ma passion pour le basket s’exprimait meme dans les vetements que je portais pour aller au lycee, aux matchs ou pour aller voir ma petite amie… C’est un changement similaire a celui que l’on remarque dans sa chambre, lorsque peu a peu disparaissent les posters de ses idoles NBA. Moi cela se passe autant sur les murs de ma chambre qu’avec les vetements que je porte : tous les posters sont plies et ranges, je n’ai plus qu’une photo artistique, quelques affiches japonaises et un dessin de mon cousin ; les habits des Bulls sont desormais demodes, je prefere m’habiller style, avec mes Puma, mon jean fashion et mon bonnet. C’est tellement plus la classe de dominer sur le terrain et de faire celui qui s’en fout en dehors ! C’est comme ca que je le vois.

Comment dire… c’est comme si mon enthousiasme pour le basket, lorsqu’il faconnait mon identite, devait necessairement etre connu de tout mon entourage. Comportement typiquement adolescent, j’en conviens: comme beaucoup, je me definissais par la musique que j’aimais, par le sport que je pratiquais, et je m’identifiais a mes idoles. Je me faconnais une sorte de moule. Et puis est arrive un moment ou finalement je m’en suis foutu pas mal de ce que pouvaient penser les autres, j’ai fini par me connaitre suffisamment pour ne pas necessairement vouloir prouver a tout le monde qui j’etais. Conclusion pour moi, en cette annee 2001: je suis basketteur quand j’enfile mon short, mais quand je ne suis pas sur un terrain, je suis tour a tour, ou en meme temps “celui qui va partir au Japon”, “un mec qui se cherche”, “un mec calme” ou “un mec qui ne sait pas s’affirmer”. Le moule s’est ramolli, et le basket n’est plus (autant?) ce qui cree et stabilise mon identite.

Alors le basket etait-il la chose necessaire et inevitable de mon adolescence? Peut-etre bien. En tout cas, c’est le basket qui a fait de moi ce que je suis.

Sur le terrain, quand je suis en mode joueur, je fais ce qu’il faut pour dominer, mais ca ne marche pas toujours comme il faut. En tout cas je me donne.  Je ne suis plus aussi frais qu’avant, mais mon shoot n’est pas trop mal, mon dribble reste assez efficace quoique parfois flashy, mes penetrations sont toujours mon point fort. Or tout ca ne vaut pas grand chose, j’en ai conscience. J’ai largement le temps d’armer mon shoot, les defenses ne sont pas collantes et la press est pratiquement inexistante. Quant aux defenses demi-terrain, si elles sont stables, ne sont pas assez mobiles pour arreter mes slaloms dwyanewadiens lorsque j’attaque le cercle. En clair, je brille en departementale -quand je joue bien. Ca me fait une belle jambe… disons que ca ne veut pas dire grand chose. Et puis que vaut un bon joueur dans un championnat relativement faible? Je te laisse repondre.

Deux matchs symbolisent bien cette saison en demie-teinte: Agde et Laverune. Contre Agde, nous jouons contre une equipe de papas et de tchatcheurs sudistes qui comptent dans leur rang un barbu-joutiste d’un bon metre 95 et de 120 kilos. Dans un match typiquement heraultais, les gars de l’equipe adversaire jouent agressif et n’hesitent pas a sortir discretement les coudes ou les bras… l’arbitre, debordee, ne siffle rien, laisse passer beaucoup de fautes, et moi de subir tout ca je suis a bout. Un joueur adverse se permet meme de me jeter par terre alors que j’essaie de le coller en defense… action tellement courante en championnat local, mais action tellement symbolique. Tous les ingredients de ce match sont la pour que je me dise au milieu de la partie “je vais arreter le basket”. Rien que ca. A ce moment-meme du match, je me tourne vers mon banc de touche et demande a quelqu’un de me remplacer. “Bon, on peut me remplacer, j’en ai plein le cul” que je lache. Le match fini et perdu, les gars nous invitent a prendre l’apero (!) avec eux devant leur gymnase. Trop jeune et/ou trop rageux contre toute cette fanfaronnade basketballistique heraultaise, je n’apprecie ni le geste sympa de cette equipe, ni mes gestes sympas dans mon equipe (mes dribbles et mes penetrations, NDLR), ni l’ambiance des clubs, ni rien du tout. Plein le cul, c’est le mot. Alors que les gars sont sympas dans le fond, je le reconnais.

Mais treve de negativeries. Le dernier match de cette saison est fondamental pour la suite de ma carriere.

Nous jouons Laverune pour notre dernier match de la saison. Cette equipe est obligee de gagner pour monter en division superieure. Pour nous (et pour moi surtout…), ce match n’a pas vraiment d’enjeu, si ce n’est de finir la saison en beaute. J’enfile mes shoes dans le vestiaire en me disant que la fin est proche, que mon depart est pratiquement imminent et que le basket francais ne reverra plus de Dean27 dans ses rangs. Encore un match pas tres drole en prespective, que je me dis.

Mais il n’en est rien. Apres une 1e mi-temps dominee par l’adversaire, nous retournons la situation et gagnons le match. Une nouvelle fois meneur titulaire, je score une vingtaine de points, marque des paniers importants, fais des passes decisives decisives a des moments critiques du match, crie, encourage et pousse mes coequipiers, et ressens du plaisir. Le flow de ce match va de notre cote, et toutes les circonstances de cette 2e mi-temps me donnent enfin du plaisir a jouer.

J’ouvre les yeux et je prends conscience de quelque chose d’incroyable : pour la 1e fois depuis mon retour des USA, c’est-a-dire pour la 1e fois depuis 3 ans, j’ai pris du plaisir a shooter, a defendre, a mouiller le maillot comme on dit dans le foot.

En retournant a ma voiture, et meme sur le chemin du retour, c’est a cela que je pense; en 3 annees de basket amateur-loisir, et ce jusqu’a ce match, je n’ai pas aime une seule fois jouer. Pendant 3 ans, j’ai oublie le jeune Dean qui rejoignait ses potes entre midi et deux pour taquiner la balle, qui faisait des passes aveugles sur le terrain de Marian et qui aimait le basket parce qu’au fond, c’est quand meme un sport bien. J’ai oublie la naivete du jeune joueur qui joue parce que ca lui fait plaisir de jouer.

Je prends conscience de choses  evidentes: trop d’amateurisme tue le pro, et trop de professionnalisme tue l’amateur.  En clair, se la couler douce quand on est (ou souhaite comme moi devenir) pro engendre des consequences plutot mauvaises; et se prendre trop au serieux, privilegier l’aspect competitif du sport et la volonte de dominer au detriment du plaisir engendre des consequences aussi desastreuses. J’aurais du y penser.

Mais quand meme, 3 ans a faire du sport sans aimer en pratiquer, est-ce possible? Il faut croire que oui: en 3 ans, j’ai certes aime marquer mes points, crosser mes adversaires, jouer plus intelligemment qu’eux, rever encore de basketball professionnel, penser encore et toujours que aaahh, ce serait quand meme chouette d’etre pro, raconter a mon entourage que j’ai joue aux USA, etc. etc.  Mais j’ai perdu mon lien avec l’essence du sport. Je suis devenu incapable de me dire pourquoi j’aimais le basket au lieu du tennis, du judo, du tae-kwon-do ou du VTT (sports que j’ai pratiques avant de me mettre au basket) et suis tombe dans une logique improbable qui se mord la queue: j’ai fait beaucoup de basket et j’ai atteint un niveau potable donc je m’inscris dans un club; je m’inscris dans un club donc je vais m’entrainer et jouer des matchs; je vais jouer des matchs donc je vais essayer de les dominer parce que j’ai un bon niveau; j’ai un bon niveau mais je ne joue que localement donc je me demande si je suis si bon que ca; je me pose des questions donc je continue a m’entrainer pour ne pas perdre de vue le basketteur que j’etais, etc. Et je tourne en rond. Et la, j’ai tellement tourne en rond que j’en ai oublie mon amour du sport.

C’est ici que s’arrete toute ma carriere de basketteur de passage en France, perdu dans un environnement basketballistique qui ne me correspond pas.  

Voila. Cette fois-ci j’arrete pour de bon. Le basket? Non. Le blog? Encore moins. J’arrete juste de t’emmerder avec cette spirale d’experiences pas tres gratifiantes et pas tres interessantes. Cette fois-ci, c’est bien fini. Plus de basket francais, plus de regrets, maintenant je vais aller de l’avant.

J’irai au Japon, j’integrerai une equipe, je m’adapterai, je changerai, je redeviendrai enthousiaste pour le basket. Il se passera ce qu’il se passera, mais le basket sera encore un actant fondamental de ce nouveau depart.

2001. De nouveau free-agent, je suis transfere vers l’Eastern Conference, je vais me reprendre en main, je vais etre All-Star.

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Hoop Web

08/01/2010 Dean27 5 commentaires

J’aimerais proposer un nouvel intermede pour parler du web. Rien a voir avec mon histoire, c’est juste que recemment je suis tombe sur d’excellents liens internet que j’aimerais partager avec toi. Bon, c’est plutot axe “developpement personnel – motivation – coaching”, mais ca en vaut la peine pour tout basketteur: jeune, vieux, amateur, pro, etc.

Il y a quelques annees, je me regalais a la lecture des Links de Lang Whitaker, redacteur chez SLAM. Les infos etaient crues, directes, droles, et quotidiennes. Mais la depuis un certain temps, la mayonnaise ne prend plus. A force de parler de choses completement superflues et pas du tout liees au basket, et a force de ne plus poster aussi souvent qu’il ne le faisait avant, la page The Links a definitivement perdu son charme. Pourtant SLAM etait la reference en matiere de magazine de basket back in the days, mais la ca ne va plus du tout… en ce qui concerne le magazine, la qualite du papier laisse franchement a desirer, il y a trop de pubs parasites, et les articles ne sont plus aussi passionnants qu’avant… et en ce qui concerne le site, eh bien d’une part il est tres moche, et d’autre part il n’est pas regulierement actualise.

Donc! La ou je veux en venir c’est qu’il y a 4 ou 5 ans, si j’avais du te presenter un lien du web pour le basket, je t’aurais presente The Links by Lang Whitaker  mais la non, plus maintenant. Ca ne vaut plus le coup, desole SLAM. 

Pourtant, SLAM a su se faire pardonner en publiant recemment un long post sur son site intitule Hoop Improvement. Il s’agissait pour des joueurs, entraineurs, etc. de dire concretement comment il fallait s’y prendre pour progresser ou assurer dans tel ou tel domaine du jeu. Danny Granger, Ray Allen, Tim Hardaway et d’autres donnent de vrais conseils sur des aspects precis du domaine basket; pas des redites et autres cliches du genre: “il faut travailler dur” ou “il faut avoir un reve” (certes, ces deux choses sont fondamentales, mais apres?). Je te donne quelques passages qui m’ont plu:

- How To Shoot a Jump Shot par Ray Allen:   There is no proper way to jump shoot. (…) The key to a jump shot is legs. You have to train your legs to give you that constant energy, whether it’s first quarter or fourth quarter. If you get enough lift on your jump shot, you can still make it without following through. You can shoot a lot of different ways; just whatever your shooting form is, square that up at the basket.  Ca c’est bon! Ray Allen, le meilleur jump-shooteur de la NBA depuis Glen Rice et Reggie Miller, nous dit qu’il n’y a pas de proper way et nous affirme que la clef de la reussite des JS tient dans les jambes. Les jambes! Bon, quand je vois les mollets de Ray Allen, maintenant je comprends pourquoi il attache tant d’importance a cette partie de son corps… Mais je suis 100% d’accord avec lui. La clef du shoot, pour moi, ca a toujours ete le rythme, et les jambes y sont pour beaucoup.

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- How to Cross Someone Over by Tim Hardaway:  (en parlant de son fameux crossover) Visually, it may have looked difficult, but really I was just putting two simple moves together. That’s the thing that a lot of players don’t understand—you don’t need dozens of moves. Just a few simple ones, and then “counters” to those moves when you get overplayed.  Aaaah! Tim Hardaway, c’est un gars qui en a la-dedans! Voila qu’il expose ce qui pour moi est important a savoir pour les jeunes joueurs qui s’acharnent a essayer de posseder tous les moves de la Terre: il suffit de bien maitriser au maximum 3 moves et de savoir les exploiter ou les decliner pour devenir/etre/demeurer un bon joueur. Je crois que Tony Parker a dit quelque chose de similaire il y a quelques annees. Ca me rappelle quelque chose, tiens. Quand j’etais cadet, j’ai joue une fois un match contre Lezignan en excellence region. Sur ce match j’ai marque 32 points, mais en face il y avait un interieur qui avait du marquer plus de 40… en faisant toujours la meme chose. Je n’exagere pas. Le gars (il etait gaucher) recevait la balle en poste bas dos au panier, feintait sur sa gauche ou dribblait en arriere en regardant a gauche, puis pivotait sur la droite pour un petit shoot/jump hook avec sa ma gauche. Mais le gars maitrisait tellement son move que nous on n’arrivait pas a l’arreter. Pas moyen. Le comble, c’est que ce gars-la je l’ai recroise quelques annees plus tard… a Montpellier Basket, ou il etait espoir. Je lui dis: “Ah mais je me souviens bien de toi, tu faisais toujours le meme geste!” Et lui de me repondre: “Ouais, et je scorais 40 points par match”. -_-” Anecdote inutile, je suis d’accord, mais c’etait juste pour dire qu’avec quelques moves on peut faire un petit bout de chemin dans le basket, quand meme.

the killer cross overKilleeeeeeer!

- How To Improve Every Year par Danny Granger: Basically, I have a routine that I like to go through in the offseason that prepares me for the season, and I kind of just focus on one or two things to work on that summer. That works out for me. I won’t do just the generic drill that all the coaches put you through or something like that. It’s pretty much something where I know what I have to do and I know what I have to work on, so I kind of have to do it by myself. 2 choses importantes a noter, la: Danny se concentre specifiquement sur une ou deux choses par off-season. Il n’essaie pas de progresser partout, mais se focalise vraiment sur ce qu’il veut travailler. Ca c’est pour la 1e chose. Ensuite, il apprend et essaie de se connaitre en tant que joueur, d’etre objectif. Il dit plus loin dans l’article qu’il essaie de visualiser ses faiblesses grace a des videos, pour ensuite travailler exclusivement sur ses faiblesses. Ca c’est du vrai travail de pro. Et Danny nous a prouves qu’il maitrisait bien les outils pour progresser…

Voila pour SLAM. Passons au Monde. Le Monde est un journal “serieux” et pas tres oriente sport, c’est clair. Mais il y a quelques semaines j’ai trouve sur le site des articles tres, mais alors tres interessants au sujet du sport, de la motivation et des objectifs. Je conseille tout aspirant basketteur a aller jeter un oeil a ces articles qui valent vraiment le coup d’etre lus. Je ne parlerai pas d’Au Rebond, blog quotidien basketballistique. Je parlerai du blog Sport Mental  de Cecile Traverse parce que vraiment, god damn!  ce qu’elle ecrit est terriblement enrichissant et accessible a tous. Peut-etre qu’on en a deja parle sur le forum de BS, mais je me permets d’en parler encore parce que ses analyses de la concentration, de la fixation d’objectifs ou de la notion de “talent” sont excellents. Exactement le genre de choses que j’aurais aime lire et a propos desquelles j’aurais aime avoir des explications et des conseils lorsque j’etais basketteur adolescent.

Tiens tiens, j’y trouve meme un extrait qui me rappelle quelque chose que j’avais ecrit dans un de mes posts de mon blog, la ou je parlais de ma recontre avec le staff de Montpellier Basket, lorsque celui-ci avait invite des entraineurs de la region a assister a une clinic et a parler avec le coach pro. Je racontais que j’avais demande a BVB, alors coach pro, comment il abordait le travail mental avant les matchs, avec son groupe, etc. Sa reponse avait ete evasive. Mais maintenant je comprends mieux pourquoi: dans le blog de Cecile Traverse, est ecrit:

En 2005, à l’occasion de la sortie de l’ouvrage de sa préparatrice mentale, Tony Estanguet déclarait : «  En 1997, la préparation mentale était un sujet tabou. C’était comme avouer une faiblesse. On n’en parlait pas. Ni entre athlètes de l’équipe de France, ni avec les entraîneurs. On étudiait les pistes techniques, physiques, mais jamais les pistes mentales. Personne n’y connaissait rien, donc personne ne voulait s’aventurer là-dedans ».

Tu fais le lien? Moi je crois pouvoir le faire… Je vois, je vois. Moi qui avais participe a des camps aux USA a 14 et a 15 ans et qui avais recu tant de conseils sur l’aspect mental du sport, pouvais difficilement admettre qu’un coach professionnel ne sache pas quoi faire du travail mental de son groupe. Bon, maintenant, c’est clarifie.

Fermons la parenthese pour te conseiller d’aller prendre le temps de lire le blog que je viens de citer.

Voila, c’est tout. Deux liens internet, c’est bien maigre, mais je pense qu’il y a de quoi trouver beaucoup d’infos valables.

Bonne lecture.

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Pour un nouveau depart

31/12/2009 Dean27 7 commentaires

Merci a tous les commentaires qui ont ete laisses sur le dernier post relatif au basket-loisir. Je n’ai pas repondu individuellement a chaque message, mais ca m’a fait tres plaisir de lire tout ce qui te passait par la tete en lisant mon experience. Merci aussi au staff de BS d’avoir mis un lien sur la 1e page du site.

Voila donc ma situation en 1999-2000. Je suis dans une equipe de joueurs qui aiment jouer, et moi je cherche encore desesperement a etre competitif en conservant mon amie frustration a mes cotes. L’histoire de la copine qui s’est barree m’a completement casse le moral, et j’ai laisse tomber le BTS en cours de route. Je crois qu’au mois d’avril deja je n’y vais plus tellement je ne me sens plus motive par ce cursus. Mon pote Gilles dira meme de moi que pendant cette periode o combien difficile je suis abattu. Comme un chien.

Mais je coache toujours. C’est en fait le coaching qui me fait tenir la route. C’est en grande partie grace a mes jeunes cadets que je garde une once de confiance en moi: mon estime personnelle est ebranlee, mais pas completement aneantie… je n’ai pas dit mon dernier mot. Eux ne le savent pas, mais ils me soutiennent. Ils n’ont que 16 ou 17 ans, mais sont la pour me garder sur le droit chemin. Etre coach signifie responsabiliser ses jeunes eleves, mais aussi se responsabiliser face a eux, c’est indeniable.

Je suis cette annee encore en charge des cadets du club de Teyran. Thibaut et les autres, c’est-a-dire le groupe de jeunes qui avait ete champion de l’Herault en categorie minime, sont maintenant pour la plupart cadets 2e annees et ont fait encore des progres. J’ai en plus des cadets 3e annees qui remplissent bien leur role qui savent se donner; c’est un groupe de jeunes compact, pas grand, mais qui sait jouer avec sa technique et avec ses tripes.

En debut de saison, je crois que je leur annonce les espoirs que j’ai en eux, qu’il y a une chance de faire quelque chose. Nous pouvons etre champions de notre division, nous pouvons faire des “upset” en coupe, etc. D’autant plus que le format de la saison a change, et il y a une opportunite a prendre. Comme je viens de l’ecrire, je n’ai pas dit mes derniers mots, et si je n’ai plus aucune espece de flamme pour jouer, j’ai la rage pour entrainer. Moi j’ai echoue, mais je ne veux pas que mes jeunes suivent les mauvais chemins qui m’ont mene a cet echec que je suis en train de vivre.  Ils doivent etre conscients qu’il y a un vrai coup a jouer cette saison, qu’il y a une opportunite a ne pas rater. Car on ne le repetera jamais assez: la reussite c’est souvent une question de timing. Etre bon quand il le faut, saisir les occasions quand elles sont la, sinon c’est cuit. La saison cadet se deroule donc en 2 phases :

-         La 1e est la phase des « qualifications ». Nous devons jouer dans une poule contre des equipes de niveau departemental et regional jusqu’au mois de janvier environ. A la fin de cette phase, un classement est etabli.

-         La 2e phase est le replacement dans une autre poule composee d’equipes du meme niveau (les 1e et 2e des poules se retrouvent dans une meme poule, les 3e et 4e dans une autre, et ainsi de suite), et nous jouons un 2e championnat avec un nouveau classement.

Ah pour une fois le comite departemental de l’Herault a une tres bonne idee. Enfin! Ca y est, nous ne sommes plus obliges de nous soumettre a notre condition de petit club qui subit le niveau faible de ses adversaires rien que par son statut de petit club. A l’americaine! Nous allons pouvoir rivaliser avec de bonnes equipes et jouer a notre vrai niveau, et les jeunes ne vont pas devoir attendre plusieurs saisons avant de pouvoir se frotter aux bonnes equipes du departement (qui sont en general Castelnau, La Croix d’Argent, Lunel, Agde, Beziers, etc.). C’est une excellente initiative, et je demande a tous mes joueurs de vraiment prendre conscience de l’opportunite qui se presente a eux. (Peut-etre peux-tu me renseigner : est-ce que d’autres departements ont deja eu ce format de saison ? est-ce qu’il est maintenant generalise en France ? est-ce qu’au contraire il a ete abandonne ?)

Je demande a mon beau-pere de nous sponsoriser pour l’achat d’un jeu de maillots. Il me dit ok, a condition que le nom de sa boite de paysagisme soit suffisamment visible. A moi Casal Sport. Je m’occupe du design du logo de sa boite, choisis bien attentivement le design des maillots, la matiere, etc. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai toujours aime jouer en ayant de beaux maillots, en portant un equipement digne d’etre porte. Alors je choisis des maillots bleu royal avec une bande blanche sur le cote avec ecrit en gros JPL Paysagiste (nom de la boite de mon beaup, donc) dessus. Bleu royal? Parfaitement, les memes couleurs que North Carolina, je ne vais pas faire les choses au hasard. Traduction pour les non-connaisseurs: bleu royal = bleu classe. Pour les shorts, je demande a chaque joueur de se procurer un short blanc. Et voila que mon equipe est composee de joueurs que j’apprecie, en qui j’ai confiance et qui jouent avec de beaux maillots. En toute modestie, ils ont le plus bel uniforme de toutes les equipes cadettes de cette saison.

Cadets Teyran (petit)

Une grande equipe…

La 1e phase de la saison se passe tres bien, l’equipe finit 2e de sa poule. Je sens vraiment que mes jeunes ont progresse en un ete, sont devenus plus confiants, plus imposants, plus rapides et plus incisifs. 2e, cela signifie donc que pour la deuxieme moitie de saison nous allons jouer contre les meilleures equipes de l’Herault qui ont toutes le niveau excellence region. C’est bien pour mes jeunes, car il est clair que pour progresser et connaitre sa vraie valeur il faut jouer dans un niveau releve.  Je suis tres fier d’eux: ils se donnent a fond, veulent apprendre et je sens qu’ils n’ont pas de complexe. Et je le leur dis. Tres important. Quand j’etais cadet region, il arrivait tres souvent que mon coach ou mon club ne dise pas a quelle position nous etions dans le classement, ou qu’on ne nous rappelle pas non plus les objectifs de l’equipe. Incroyable, mais vrai.   

La 2e phase de la saison est plus rude, les equipes que les jeunes affrontent sont plus rodees et ont des effectifs bien plus complets et experimentes que le notre. Beaucoup de matchs sont perdus, mais il n’y a pas de honte a avoir. Les jeunes font ce qu’ils peuvent avec leurs moyens, et ca c’est tres bien. Pourtant, lors de la mi-temps de l’un des derniers matchs de la saison a Beziers, je me mets en rogne et leur dis que ca me fait chier de les voir jouer timide et petit bras; vous avez le meme age que vos adversaires, vous ne devez pas avoir avoir peur d’eux, peu importe le club pour lequel ils jouent. Je me rappelle bien evidemment un des principes appris aux camps PLU: “You meet your opponents, not their reputation”. Tu l’as compris, je suis impregne de ce que j’ai appris lorsque j’avais 14 et 15 ans. L’enseignement recu a ces camps etait tellement fort et vrai que je me base encore sur eux.

J’envoie cette annee encore Thibaut aux selections departementales, et il est logiquement pris par Pierre Galle dans son effectif. Thibaut est devenu imposant au poste de meneur. Il fait son metre 80, dunke, shoote de mieux en mieux a 3 points et semble montrer une bonne rage de vaincre. J’essaie meme de l’envoyer participer a un camp aux USA pour l’encourager a progresser, mais il n’a pas l’air embale. Un jour je rencontre Pierre Galle qui me dit beaucoup de bien de Thibaut, c’est chouette pour lui. Je l’avais deja dit, mais j’offre a mes joueurs toutes les opportunites que je voulais etant joueur, mais que l’on ne m’a jamais vraiment proposees. Je suis tres fier de Thibaut, il a ce qu’il faut pour reussir. Peut-etre qu’il lui manque encore un shoot de tueur et un vrai oeil du tigre, mais dans l’ensemble c’est bien. Quelquefois je me pose des questions quant a son jeu… et me demande s’il n’est pas devenu plus fort que moi. Je me rassure en jouant contre les cadets, en defendant et en attaquant expres sur lui, sur ses faiblesses. Je m’en sors bien, mais il y a des jours ou je doute… et si je doute, c’est que Thibaut est devenu balaise.

C’est donc clair pour toi comme pour moi: plus le temps passe, plus les saisons de basket passent, et plus mon activite de coach prend le pas sur mon activite de joueur. Je l’avais deja evoque dans un des posts precedent, mais la ca creve les yeux. En tant que coach, je continue a essayer de trouver des idees de drills, de systemes, je copie des extraits du bouquin de MJ N’abandonne jamais et je leur explique certains trucs qui me paraissent importants avant le debut de certains entrainements. Je leur copie meme des extraits de bouquins de Paolo Coelho -que je n’aime plus, mais dont les idees avaient assez de portee et de profondeur pour que je les transmette a mes jeunes a ce moment. Je leur parle des choix qu’ils doivent faire dans la vie, des relations humaines, etc. Je me vois comme un educateur, c’est-a-dire que je pense participer (meme infimement) a l’education des jeunes a qui j’enseigne le basket; je prends ces responsabilites tres au serieux.

En tant que joueur, j’ai perdu la rage de vaincre qui caracterisait mon ascension dans le basket. Je suis lasse de ne plus jouer a un niveau eleve, et j’en ai vraiment assez de ne plus prendre de plaisir a pratiquer le sport qui a tellement fait partie de ma vie pendant mon adolescence. A cette periode de ma carriere, jouer ne signifie plus progresser et prendre du plaisir, mais etre frustre et ne plus etre capable de retrouver mon bon niveau. Je sais, c’est la enieme fois que j’ecris ce genre de constat, mais cette fois-ci la situation sentimentale et scolaire batarde dans laquelle je me trouve amplifie davantage ce sentiment de degout par rapport au basket…

En bref, j’en ai tellement marre que je commence a songer a arreter le basket. Je m’absente des derniers matchs de la saison de mon equipe senior, je n’ai plus envie d’y aller. “A quoi bon?” que je me dis.

Un exemple frappant et parlant: un soir de match, nous partons jouer dans une petite ville avoisinante contre un squad que j’ai deux bonne raisons de ne pas aimer. A ce moment sensible de ma carriere, je marche beaucoup aux sentiments et mon attitude comme mon jeu sont forcement dictes par mon humeur et ce que je ressens en dehors. Alors pourquoi detester cette equipe adverse? eh bien d’une part, parce qu’une grosse partie de ce squad est composee de joueurs de mon ancien club que j’ai bien pris le temps de ne plus aimer: le fameux club du Cres, et d’autre part, parce que la ville de l’equipe en question est celle de ma desormais ex-petite amie. J’ai pris le temps de ne plus vouloir mettre les pieds dans cette ville. Bref.

J’y vais quand meme, mais a cause d’un oubli a la con (j’oublie mes shoes de match! comment est-ce possible d’oublier ses shoes de match un jour de match?! completement a l’Ouest…), j’arrive au match tres en retard, le match est deja commence depuis lontemps. Et tout d’un coup ca me fait tres bizarre de voir ces tetes du Cres… tous ces joueurs que je cotoyais avant mon depart pour les USA. Certains etaient minimes quand moi je jouais cadet, eux sont restes la, moi je suis parti, eux n’ont pas fait autant de progres que moi, moi j’ai appris plus de choses qu’en tout une carriere a Marian: c’est ce que je me dis en foulant le terrain. Je ne peux pas perdre. C’est ca: la seule motivation que je possede, c’est celle de battre les autres, de leur montrer que je ne suis pas parti aux USA pour rien. Exactement comme un vieux du club amateur du coin, un rageux qui n’a plus rien a perdre.

Car c’est toujours chiant de perdre contre des gars qu’on considere moins bon que soi. Jouer avec des a priori sur les autres est quelque chose de tout a fait courant dans n’importe quel sport; on se fait une idee de la technique qu’ils ont ou qu’ils n’ont pas, sur l’attitude passionnee ou non dont ils temoignent, etc. et on adapte son propre jeu en consequence, a ses risques et perils… En ce qui me concerne pour ce match contre mes anciennes connaissances, je prends tout le monde de haut, mais ca ne marche pas. D’autant plus que je n’ai plus de flamme pour le basket, je n’ai plus de passion positive, alors rien ne marche. D’autant encore plus que je suis degoute de tout, j’ai l’air -et je suis- abattu. Et comme ca me fait chier de quitter ce gymnase apres une sale defaite et de m’imaginer que les anciens de mon club doivent se dire que je ne suis pas aussi fort que cela, que les USA ne m’ont pas vraiment rendu fort, que si je suis capable d’aller faire les selections espoirs n’importe qui peut y aller, etc. Plus que la defaite meme, c’est l’echec de ne pas pouvoir prouver aux autres que je suis devenu ce que je suis devenu, et que je vaux mieux que ce niveau local et amateur qui me degoute et me frustre.

C’est la mort du basket-loisir. Un soir d’entrainement des seniors, je laisse tomber un match de 3×3 au milieu pour me mettre sur la touche, apres avoir joue sans envie ni passion en ratant mes shoots, en jouant volontairement lentement et en evitant de sauter pour prendre mes rebonds. Mon ami Gilles, qui assiste a mon jeu desolant, me dit que “ca fait bizarre de te voir jouer comme ca”… Moi je ne sais pas quoi lui dire, j’en ai tellement marre de tout. Je me sens coupable de laisser tomber mes coequipiers, mais j’en ai tellement assez.

Et puis merde. J’arrete de repeter sans arret  les memes choses. Je suis au niveau zero. Je vais devoir repartir de zero. Annee 2000, fin des haricots? Pas du tout, laisse-moi continuer.

Arrive l’ete 2000.

Apres avoir tente de me recadrer, de redefinir mes gouts et de m’assurer que le choix d’une nouvelle relation etait le bon, je fais un voyage de 5 semaines au Japon, histoire de voir le pays inaccessible qui m’a longtemps intrigue. Je l’avais deja ecrit: l’etranger m’appelle, alors je pars. Je ne sais pas trop ce qui m’attend, mais au moins je vais pouvoir prendre un grand bol d’air avant la rentree universitaire (j’ai laisse tomber le BTS pour une 1e annee de psychologie…).

La-bas, je decouvre Tokyo, Slam Dunk, le dynamisme de la vie et la gentillesse des gens. Je ne me sens pas depayse du tout; une des premieres impressions que j’ai est que tout ressemble a ce que j’avais vu dans les dessins animes du Club Dorothee les mercredis apres-midi de mon enfance. Les maisons sont comme dans X-Or. Je vais meme voir la Dream Team de 2000, celle de Vince Carter, Vin Baker, Alonzo Mourning et Jason Kidd au Saitama Super Arena pour un match de gala de l’equipe americaine contre l’equipe nationale japonaise en preparation aux JO de Sydney. Je passe 5 semaines tres positives.

Je rentre en France, et l’idee se dessine peu a peu. Je vais jouer une derniere saison en France, et vais partir pour le Japon. Je n’ai plus rien a perdre, et tout a gagner de ce nouveau depart.

Tekuniku

Si ma vie recommence maintenant, alors pourquoi ne pas recommencer ailleurs?

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Basket-loisir

25/12/2009 Dean27 17 commentaires

Salut a toi, jeune lecteur. Merci d’avoir repondu au quiz que j’avais propose dans mon dernier post. Comme mes propositions un peu “bateau”, la plupart des reponses etaient attendues (LeBron, Kobe, Pau…), mais certains ont donne des reponses plus originales aux miennes : Tayshaun Prince / Melo / Chris Paul. Personne n’a commente mon choix de PG: Andre Miller, le meneur le plus complet de la NBA, qui nous offre highlight sur highlight dans les videos de NBA.com… Plus je vois ces actions, et plus je me dis que le PG des Blazers est l’arriere le plus sous-estime de la NBA. Qu’en pensez-vous?

Je ferme la parenthese, et reviens a mon histoire. Tout de meme, nous sommes en 1999-2000, c’est-a-dire a l’annee du passage au nouveau millenaire, et moi je dois tracer ma route, tant bien que mal. Tu te rappelles mes 45 points? Le highlight de cette saison, sans probleme.  Seulement tout dans cette saison n’est pas rose. Mon bac en poche, et apres de longues hesitations au sujet de mon cursus superieur (STAPS ou non?), ma candidature pour un BTS a finalement ete acceptee et je me suis retrouve la, toujours a Montpellier, a faire quelque chose qui ne me branchait pas trop: le commerce international.

Motive au debut de l’annee, je decroche peu a peu et suis carrement largue a partir du 2e tiers de l’annee, la faute a certains cours que j’ai du mal a suivre et au manque d’objectifs precis dans ce domaine. Car je fais de la compensation. C’est con a dire, mais ce dont je prends peu a peu conscience, c’est que tout chemin que je prends ou vais prendre dorenavant est ou sera pour compenser mon echec de ne pas avoir reussi a integrer le monde professionnel. Dit simplement, je me dis: “Bon, ca y est, je vais pas passer pro, pfouuuh… (soupir)! Bon! qu’est-ce qu’il me reste, alors? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie, maintenant que le monde du sport est plus une utopie qu’une realite accessible (re-soupir)?” C’est vraiment dans cet etat d’esprit que j’aborde ma reconversion, si on peut appeler ca une reconversion… c’est plutot force, comme reconversion, non? Bref, je sais que maintenant, mon objectif est de trouver un cursus, puis un boulot qui vont pouvoir me faire avaler la pillule. Le basket etait l’objectif ultime, la situation professionnelle ideale, mais maintenant qu’elle n’est plus dans mes plans et qu’il n’existe plus de situation ideale comme celle-ci, eh bien le but est de trouver une situation qui s’en approche un peu. Mais que faire?

Alors le commerce international, c’est pas trop ma tasse de the. Moi qui me voyais gagner ma croute en allant bosser mes jump-shots tous les matins du lundi au vendredi et en foulant les parquets de palais des sports d’Europe ou d’ailleurs, la je me vois mal rester cloitre dans un bureau a travailler dans le vent, “avec des gens tres emmerdants” (comme le chantent genialement Les Escrocs dans leur morceau Assedic). Exactement comme pour ma grande difficulte a accepter le fait que je ne serai plus professionnel, c’est encore plus dur chiant de devoir maintenant se preoccuper de son avenir professionnel hors-basket.

Je continue dans ma saison de departementale tout de meme. Nous n’avons pas d’entraineur pendant cette saison a 45 points et a deux balles, et je prends le role problematique d’entraineur-joueur. C’est moi qui m’occupe du choix des drills a nos entrainements bi-hebdomadaires, et c’est moi qui essaie de donner quelques consignes pendant les matchs. Heureusement que le president du club du BBLV est present pour nous encourager ou porter un regard exterieur a chaque periple basketballistique dominical. Meme s’il ne connait pas grand chose au basket, il nous motive, croit en nous et est un homme tres gentil.

Vu que je suis entraineur-joueur, il est rare que je sorte du terrain… a moins que je sois dans un mauvais jour et que ce soit alors moi qui demande de sortir. Je joue meneur, je suis titulaire, et cette saison encore, c’est moi qui marque le plus de points dans l’equipe. Je ne pense pas jouer trop perso puisque je tente de distribuer le ballon et d’impliquer mes coequipiers dans le jeu. Mais je ne cherche pas a les faire progresser, je ne pense pas a mettre mes gars dans leur position preferentielle, et je ne cherche pas a developper le rythme de mon equipe. Je suis un bon gros meneur-scoreur pour qui passer signifie qu’on va me redonner la balle pour que je score.

Je rappelle que je joue toujours avec mes Jumpman Pro 2 et que nos maillots sont jaune et bleu. J’ai la panoplie d’un basketteur du dimanche aigri et frustre. Le maillot de l’equipe du village, un short Champion en mesh noir qui me rappelle mes camps a Seattle et qui fait un lien physique avec les USA et mes Jumpman, parce que quand meme je ne vais pas porter des shoes de merde pour aller jouer. Apres la douche, j’enfile ma veste rouge des Bulls (un cadeau de Noel de ma famille d’accueil de Chicago), mon jogging gris en coton, des chaussettes propres blanches et mes Birkenstock. Quoi? Parfaitement, des Birkenstock. Apres un match plein et les pieds fatigues, rien de tel qu’une grosse paire de chaussettes et des Birkies pour se reposer les pieds. Et puis en rentrant, un bain de pieds dans un appareil specialement prevu a cet effet, qui fait des bulles et tout. Le bonheur de tout vieux joueur ex-fan de Michael Jordan dans les 90’s qui se respecte et qui prend soin de lui pour repousser la date de la retraite sportive…

Du basket-loisir. Apres tout mon parcours en dents de scie, mes mauvais choix et les rencontres plus ou moins fructueuses au niveau basket, je me retrouve presque inevitablement dans un environnement de basket-loisir. Alors que je n’ai que 20 ans. Et je patis du manque de division intermediaire entre la categorie “cadet” et la categorie “senior”. A toi qui lis ce blog et qui es peut-etre  en premiere annee senior: comment vis-tu ce passage tres brutal du jeu avec et contre des adolescents au jeu avec et contre des anciennes stars, des papas, des joueurs qui veulent faire du basket pour garder la forme? Je te donne deja ma version: pour moi c’est quelque chose de tres chiant, et je regrette vraiment que dans mon departement de l’Herault il n’y ait pas de categorie “junior” de type 18-22 ans avec un niveau plus competitif. On est tous mis dans le meme panier, on devient majeur donc “senior”. Great.

En novembre de cette annee 1999, ma petite amie m’annonce qu’elle commence a se poser des questions sur nous. J’avais senti venir la chose, mais la c’est officiel: tout est parti en sucette et il n’y aura qu’une seule issue qui mettra fin a 3 petites annees de relation en mars 2000. Autant dire que je vis sur des sables mouvants, je ne suis sur de rien et ma confiance, autant que mon estime personnelle en prennent un gros coup dans la gueule. Les etudes de BTS, comme les maillots de LNB, me degoutent, le basket, comme AI, n’est plus ce qu’il etait, ma motivation, comme Georghe Muresan, peine a decoller, et ma relation, comme l’homme, tombe a pic.

3 ans, donc: retour de Chicago, poursuite difficile des etudes, echecs cuisants aux espoirs de Montpellier Basket, prise de conscience que le basket francais n’est plus fait pour moi, et relation partie en fumee.

Heureusement pour moi, cette saison 1999-2000 signifie aussi et surtout une amitie qui nait et qui s’enracine avec un coequipier du BBLV. Un soir d’entrainement, toute l’equipe est absente et je me retrouve seul au gymnase du village avec Gilles, l’ami en question qui a ce moment-la n’est qu’un “nouveau coequipier”. Nous faisons quelques shoots, puis decidons d’aller s’asseoir dans le bureau pour discuter un peu avant de partir. Nous parlons de tout et notamment de cinema: Gilles est etudiant en cinema et est apparemment fan de cinema asiatique. Lui aussi a vu et aime “Hard Boiled”, un film hongkongais qui a ce moment fait partie de mes films preferes… et une amitie est nee.

Un jour de match, on decide de venir avec les chaussettes et les shorts les plus laids que l’on possede pour passer pour des blaireaux. Gilles apporte ses chaussettes rouges et son short de plage (c’etait un short de plage?) et moi je mets mes chaussettes batardes d’Hyper U a bandes rouge et bleue, mon short gris des Bulls mal designe et un bandeau sur la tete. On rigole bien, mais a la fin du match on rigole moins, puisqu’on perd. Mais c’est quand meme cool de venir comme des tocards un jour de match. Experience que je conseille a tout joueur amateur.  

Treve de plaisanterie, cette saison 1999-2000 n’est pas drole, et moi je suis le dernier des cons avec mes ratages et autres cassages de gueule en tout genre, des etudes au basket en passant par mon inclination pour une personne qui n’a finalement plus voulu de moi.

BBLV

Voila quand meme une photo de mon equipe du BBLV. Celui qui fait un “V” avec ses doigts, c’est moi. Tu remarques que je porte (encore) mon tee-shirt fetiche de Washington State University, achete en 1995 dans le Washington apres mon camp a PLU. Et le petit gars dans le fond (3e en partant de la gauche), c’est Gilles. La photo est coole, elle montre bien que les gars etaient tous des gars biens, sympas et vrais.

Malgre tout ce qui peut m’arriver dans cette saison ou je suis plus bas que l’enfer, il y a tout de meme de nouveaux rapports qui naissent et qui vont laisser des traces. A suivre.

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La difficulte de tout concilier

11/12/2009 Dean27 8 commentaires

Juste un petit post rapide. Mon inactivite bloguistique est bien molle en ce moment, desole. C’est que tout m’arrive en meme temps, je dois penser a beaucoup de choses et me focaliser sur plusieurs aspects de ma vie a la fois; vie privee, vie professionnelle, vie familiale, vie sportive, vie future… Dur de trouver un peu de temps pour me concentrer sur quelques lignes a partager avec toi. Pourtant l’ecriture me fait du bien, et parler de basket me fait toujours du bien, peu importe les hauts et les bas que tu as pu lire depuis le debut de mon histoire.

Comme tu me l’as justement ecrit pookie_ecko, ecrire me permet de mettre a jour tout ce que j’ai vecu et de mettre en lumiere tous les moments vecus a travers le basket. Si je n’avais pas ecrit tant de lignes, le passe serait reste bien flou, et j’aurais garde au fond de moi ce melange de regrets, de bons souvenirs, de fierte, etc. etc.

Tu me dis pookie_ecko que mon blog est “prenant”, et je t’en remercie. Ca me fait toujours plaisir de lire des messages aussi positifs et encourageants de la part des basketteurs/lecteurs qui apprecient ce que j’ecris. Mais ce qui est drole, c’est que ce blog est aussi prenant pour moi, au sens propre et au sens figure. Il me prend beaucoup de temps (c’est pour cela que les periodes chargees sont difficiles pour ecrire), et d’attention: en relisant ce que j’ecris, je me replonge un peu dans mon histoire, et ce qui etait… je vais ecrire comme un universitaire, la… ce qui etait elliptique, flou et dissemine apparait sous une forme concentree et relativement plus claire pour moi.

Sans me prendre pour un vieux (je n’ai que 30 ans…), c’est drole de constater les choix aleatoires de sa memoire. Quand j’etais cadet 1e annee, je notais tout ce qui me passait par la tete apres chaque entrainement et chaque match, “histoire de ne pas oublier”; je me creais mon “basketball diary” pour suivre concretement mon evolution et pour me dire “j’ai fait ca”, ou “si j’ai fait ca, alors je peux mieux faire”. Les annees qui ont suivi l’ecriture de ce journal n’ont pas efface ma memoire… pourtant, quand il y a de cela quelques mois j’ai retrouve ce journal dans mes cartons, il m’etait pratiquement impossible de resituer ou de me revoir faire tout ce que j’avais ecrit. J’avais beau relire les “Aujourd’hui j’ai contre Julien!” ou “7 paniers a trois points a la suite, j’avais la patte!”, je n’arrivais pas a me revoir clairement.

Et quand je relis mes posts concernant mon annee a Chicago et ma saison en varsity, tout est clair (limpide a present) dans ma tete, je me revois sans probleme, j’arrive a me rappeler meme l’etat d’esprit dans lequel j’etais a certains moments de cette saison intense.

Alors tout ca pour dire que ce que tu vis, jeune basketteur, vis-le a fond, ne fais pas les choses a moitie, tu garderas des souvenirs plus forts et plus intacts. La memoire selectionne, copie, colle, formate, et simplifie beaucoup de choses.

Bref, c’etait pour dire rien du tout. Si, juste un truc pour finir: je parle au debut de ce post de la difficulte de tout faire en meme temps. En basket c’est pareil, et il y a un piege a eviter lorsqu’on est jeune joueur plein d’ambitions: c’est de vouloir tout faire en meme temps, de vouloir etre le meilleur partout et de vouloir progresser dans tous les aspects de son jeu. C’est clair qu’arrive a un certain age, quand on commence a se dire qu’on voudrait devenir basketteur professionnel, on se sent submerge par un sentiment d’urgence qui nous impose de vouloir dominer et progresser partout, vite et bien. C’est risque.

Dans toute ma carriere de basketteur, la fois ou j’ai le plus progresse est lorsque j’etais serein et patient, et lorsque j’ai su focaliser mon attention et mon energie sur un aspect particulier de mon jeu, quelque chose de tres precis et de tres concret. Donc a toi qui es presse et qui veux tout reussir et ameliorer en meme temps (un peu comme moi maintenant), je te conseille d’avancer pas a pas, de faire une chose apres l’autre, et de faire chaque chose intensement et bien. Evite de passer trop rapidement a autre chose si tu sens que tu n’as pas completement maitrise un aspect problematique de ton jeu. Tu veux devenir un meilleur rebondeur? Entraine-toi sans relache dans cet aspect de ton jeu et pendant les matchs fixe-toi des objectifs dans ce domaine que tu dois realiser. Meme si tu scores moins, meme si tu contres moins, focalise-toi sur le rebond. Et tu avanceras comme ca, sans te disperser. Cela ne signifie pas que tu dois oublier les autres domaines du jeu (le basket est un sport qui demande de maitriser beaucoup d’aptitudes a la fois), cela signifie qu’il ne faut pas se disperser.  

Merci au basket, merci au blog. En te donnant des conseils basketballistiques, je me rends compte que je me suis donne des conseils a moi aussi pour esperer d’assurer dans tout ce que je dois faire en ce moment. Bref, la prochaine fois je continue mon histoire.

Petit quiz pour vraiment finir: qui, selon toi, est le joueur NBA ou international le plus complet, qui sait faire le plus de choses, a chaque poste?

Moi: PG: Andre Miller / SG: Kobe Bryant / SF: Lebron James / PF: Dirk Nowitzki / C: Pau Gasol (choix assez “bateau”… sauf pour le meneur)

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Me, myself and I

27/11/2009 Dean27 19 commentaires

Dans la vie de tous les jours, je suis tout ce qu’il y a de plus calme. Je ne suis pas un chieur, encore moins une grande gueule, et on ne peut me reprocher d’en etre une, pour la simple et bonne raison que je ne suis pas une grande gueule. On a plusieurs fois dit de moi que j’etais “zen”, “calme”, “pose”, etc. et aux personnes qui m’ont deja fait remarquer qu’elles avaient constate ce trait de caractere, je leur dis: vous avez raison, je suis tel que vous me decrivez… sauf sur un terrain de basket.

Car, comme le dirait Michael Jordan, when I’m on my game, je suis a fond, un enrage. Tout ce qu’il y a de plus intense. Quand j’etais minime ou cadet, voire plus tard, je m’en voulais toujours des que je ratais une action, que je perdais une balle ou que je chiais simplement mon match. Je me rappelle bien cet entrainement de cadet 1e annee ou, alors que j’etais le plus jeune joueur de mon equipe (j’avais 15 ans et tous les autres en avaient 16 ou 17), que nous faisions des matchs en demi-terrain et que je voulais prouver a tout le monde ma valeur en shoot, je m’etais subitmement accroupi apres un tir a 3 points manque et avais tape le sol de ma main plate en signe d’enervement.

Je ne voulais pas rater les shoots ouverts. “Quand on veut devenir pro, on ne rate pas ses shoots ouverts” etait une affirmation a laquelle je croyais dur comme fer. Et bien evidemment, tu comprends qu’une des choses que je craignais le plus etant encore jeune adepte de la balle orange etait que mon entourage basketteur dise de moi “finalement / au fait Dean n’est pas aussi fort que cela” ou “Dean n’est/ne sera pas le joueur qu’il pretend etre/devenir”. On ne me contredira pas que lorsqu’on est adolescent on fait tres attention au regard des autres, c’est pratiquement inevitable. Moi je me foutais pas mal de ce que pouvaient penser les gens au lycee ou ailleurs, mais quand il s’agissait de jouer et de tenter de faire mes preuves, ce n’etait plus du tout la meme rengaine. Il fallait absolument que j’assure coute que coute, que je rassure, entendu: que je me rassure en rassurant les autres.

Donc ce jour-la, apres un grosse merde a 3 points, un gros “merde!” de ma bouche, et une grosse claque sur le beton froid qui faisait office de sol multisports dans la splendide salle du Cres, mon coach d’alors m’avait dit que ca ne servait a rien de se mettre en rogne parce que lui connaissait mes qualites et que je ne pouvais m’enerver des que je ratais une action. Ce coach avait trouve le mot juste au bon moment. Il n’y a que tres peu de phrases de lui dont je me souviens, mais celle-ci je ne l’ai pas oubliee. Il suffit parfois de trouver le mot juste au bon moment pour motiver un joueur, le recadrer ou le rassurer. Tout est question de timing. Pour moi cette phrase a suffit a agir sur ces 3 choses a la fois, et je crois bien que sans cette intervention j’aurais passe le reste de ma carriere a raler apres chaque tir manque. J’ai toujours ete intense, mais un peu moins raleur depuis les mots de ce coach.

Juste pour t’illustrer que depuis mon plus jeune age et mes debuts adolescents dans le basket, je ne suis pas le personnage calme et pose que je suis dans la vie courante. J’exige et j’attends de moi que je joue bien, que je reussisse, et ce peu importe le lieu ou l’adversaire. Pas de demi-mesure possible. Cela peut paraitre exagerement serieux, trop serieux, mais je suis comme ca. Autant dans la banalite du quotidien je suis tout mou contre rien, autant quand j’enfile mon short je suis tres dur contre moi-meme. C’est ce qui m’a longtemps permi de rester dans l’etat de tension dont j’avais deja parle dans un autre post, et c’est ce qui explique mon stress avant chaque match. Je me suis toujours chie dessus avant chaque rencontre: transpiration des mains, battement du coeur excessif, manque d’appetit… un chieur.

C’est aussi ce qui explique pourquoi j’ai toujours eu tendance a gueuler sur le terrain. Non pas contre les autres, mais seulement contre moi. A Marian, tous les swear words que je criais aux entrainements, ils etaient pour ma gueule. En France, au Japon, partout ou je joue, je m’engueule. A ce propos, j’ai deja eu un coequipier en France qui gueulait toujours “kole!”, “koleeeeee!”, ou “putain kole!” a chacune de ses erreurs. Comme je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire, un jour je vais le voir et lui demande ce que ca veut dire “kole”. Lui me regarde et me dit: “Collet? C’est mon nom.” PAF! Comme ca. Le mec s’engueulait aussi souvent que je dominais mes adversaires quand j’etais bon (c’est a dire souvent, merci de me le demander).

Donc moi je suis comme Collet. Pour ne pas faire de mauvais jeu de mots, je copie Collet… Je suis aussi intense que l’equipe masculine de volley-ball japonaise: je brandis le poing quand je reussis une action, je m’encourage a voix haute, je m’engueule aussi a voix haute. Ceux qui ont deja joue avec ou contre moi savent de quoi je parle.

Soit dit en passant, meme si je peux passer pour un con en ayant un tel comportement sur le terrain, c’est un tres bon moyen d’evacuer le stress ou le trac d’une situation de match. Comme l’exercice physique, la boxe, le chant, la guitare electrique, crier est un tres bon moyen d’evacuation de tensions. Moi je crie a moi-meme sur le terrain, comme ca ca m’evite de conserver tout mon stress et de crier sur la gueule des autres quand je ne joue pas.

Voila plus ou moins quel comportement j’ai toujours eu sur et en dehors du terrain, et voila pourquoi les periodes ou je suis blesse et incapable de jouer sont difficiles: je n’ai pas de moyen aussi intense pour depenser toute l’energie que j’accumule. Je suis donc toujours comme ca, et avec le temps j’ai appris a me connaitre tel que je viens de te le decrire.

La saison 1999-2000 commence, nous allons entrer dans un nouveau millenaire et moi je vais bientot prendre un grand tournant dans ma carriere.  Pour le moment, le club qui nous a rejoint et qui a fusionne avec le mien n’a pas d’entraineur avec lui, et tous les joueurs se retrouvent dans un contexte plutot solitaire. Moi je dois de plus en plus faire face a moi-meme. Personne n’est la pour m’engueuler et me dire -encore- de me secouer un peu (beaucoup) si j’espere conserver une espece de chance de devenir, si cette chance existe encore…

Qu’a cela ne tienne. Moi j’ai encore une partenaire. Cette partenaire je t’en ai deja parle dans mes precendents posts, enfin, je l’ai simplement evoquee. Je l’ai decouverte alors que j’etais aux USA, elle a pointe le bout de son nez quand j’etais a Chicago, mais la reussite de mon sejour l’a toujours empechee de venir me faire chier. En fait, j’ai vraiment appris a la connaitre quand je suis rentre en France et que j’ai ete oblige de la trimbaler a mes cotes. Meme la, en 1999, il faut qu’elle vienne avec moi aux matchs, aux entrainements, il faut qu’elle me casse les bonbons quand je veux etudier et reussir ma fin de scolarite. Que je devienne pro ou non, je n’ai pas besoin d’elle; ca elle le sait, mais elle vient toujours me faire chier et pourrir mon amour pour le basket… au point ou je ne suis plus le seul beneficiaire de cet emmerdement: mes coequipier patissent de sa presence etouffante, et moi je me sens mal a l’aise avec elle. Bon, je t’avais deja parle d’elle, mais jamais je ne te l’avais veritablement presente. Cette partenaire envahissante pour moi et pour mes coequipiers s’appelle frustration avec un grand F.

Alors moi qui ai toujours ete un joueur dur envers moi-meme, la je ressens tellement la presence de frustration que je commence a raler contre mes coequipiers et les pourrir quand ca ne va pas. Je m’en veux d’etre comme ca, car j’exteriorise tres mal mon stress. D’une personne calme et posee dans la vie mais dure contre elle-meme au basket, je deviens un jeune emmerdeur stresse et chiant autant sur le terrain qu’en dehors. La seule fois ou je ne suis pas chiant et negatif est quand je coache mes cadets.

Pourtant, je joue encore pas trop mal dans ce nouveau groupe. Nous n’avons pas d’entraineur et nous ne gagnons pas tous les matchs que nous jouons, mais j’arrive a marquer mes 30 points quand il le faut. Je n’ai pas vraiment de souvenir particulier de cette premiere saison avec le BBLV, mais je sais que je joue encore. Je n’ai pas laisse tomber, malgre la frustration, malgre mon attitude excecrable envers mes coequipiers certains jours ou malgre mes echecs precedents. Je ne baisse pas les bras, le basket fait toujours partie integrante de ma vie et moi je suis toujours basketteur. Mon identite a pris forme, s’est forgee, et continue a exister grace au basket, il n’y a pas de doute la-dessus. Et meme s’il y en avait, le basket est trop grand dans ma vie pour que je le laisse tomber du jour au lendemain, comme on pourrait laisser tomber une activite batarde… citons le skateboard par exemple, juste au hasard.

Un matin de l’hiver de cette saison, je marque meme 45 points. 45 points! Mon record de points a ce jour (a ce jour ou je joue ce match, et a ce jour ou j’ecris ce blog).  C’est un match tres serre que nous perdons de peu, mais je me souviens d’une deuxieme mi-temps de folie. A 3 points, en penetration, en contre-attaque, j’ai l’impression de marquer tout le temps. C’est drole parce que je n’avais pas specialement confiance en moi avant le match, mais quelques circonstances et quelques paniers marques me donnent petit a petit envie de marquer plus, et effectivement je marque plus. C’est un match digne du Jazz-Spurs en playoffs 1994, quand David Benoit dunke comme un fou, que Karl Malone se la joue MJ, que Dale Ellis fait taire les Jazz par ses 3s et que George Eddy assiste au match en transe.

On perd le match de peu, mais a la fin du match le president du club et en charge de notre equipe m’annonce que je finis avec cette perf de 45 points. Je suis etonne, car c’est a un moment de ma carriere ou je n’ai pas specialement confiance en moi et ou je ne crois plus trop en mes chances d’integrer le monde pro, mais rien de plus. Si cette perf avait ete reussie 3 ou 4 ans plus tot, je me serais dit: merde, quand meme, je le vaux bien! Scorer 45 points en un match, c’est pas n’importe qui qui peut le faire! Et je me serais moins inquiete pour mon avenir. En cadet 2e annee, j’avais reussi un match (gagne) a 42 points en excellence region, et la c’est donc la 1e fois depuis ce match que je depasse la barre des 40 points.

Je ne suis pas peu fier, quand meme, je dois l’avouer. Mais je reviens au calme de mon caractere de tous les jours, j’annonce ma perf a ma copine, “tu sais j’ai marque 45 points ce matin!” que je lui dis, mais elle s’en fout. “Ah oui.” Un petit highlight dans cette periode sombre, ca ne fait pas de mal, et rien de tel qu’un match intense pour se rappeler les bons moments intenses du basket, les matchs coups de poing et la fierte d’etre le meilleur scoreur du match.

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